gare de Chamonix

Le trajet en train depuis Martigny (Suisse) jusqu’à Chamonix à bord du Mont-Blanc Express est des plus agréables. Paysages magnifiques, villages haut perchés, arrêts dans des petites gares dont les toits en ce mois de mars sont surmontés d’une belle épaisseur de neige. Couchées dans l’herbe, des biches regardent sereinement passer le train, lequel roule à flanc de montagnes, longeant parfois de très près les corniches escarpées et le vide de l’autre côté…

A l’arrivée, le regard s’attarde sur la gare de Chamonix-Mont-Blanc mise en service en 1901, reconnaissable aux lucarnes boisées donnant sur les combles et à sa belle horloge. En face, presque cachée, une chapelle protestante construite en 1860 à la demande des alpinistes anglais nombreux à séjourner dans la vallée. Et puis il y a la montagne, omniprésente tout autour : l’Aiguille du Midi, le glacier des Bossons, les Drus, l’aiguille Verte, le Mont-Blanc et le dôme du Goûter…

église anglaise de Chamonix église catholique St Michel de Chamonix Chamonix AU cristal de roche

Au XVIIème siècle, Chamouny est un petit bourg où les habitants vivent de l’élevage, de cultures mais aussi des cristaux trouvés sur les montagnes environnantes appelées alors “Monts maudits”. Chasseurs et cristalliers s’y aventuraient prospectant dans la vallée de la Mer de Glace, riche en cristaux de quartz, et vendaient leur récolte aux joailliers de Genève ou de Milan. Ces mêmes hommes deviendront les premiers guides de haute montagne. Au fil du temps, les cristaux sont devenus objets de curiosité, de souvenirs, de collection. Un musée des Cristaux fait la part belle à une collection de minéraux venus du monde entier et à ceux provenant  du massif du Mont-Blanc.

En 1741, William Windham et Richard Pococke, deux Anglais en visite à Chamonix. Impressionnés par les paysages, ils racontent dès leur retour,  leur expédition vers un immense glacier baptisé alors la Mer de Glace. La curiosité amènera les premiers touristes qui se lancent alors dans ce qui deviendra l’alpinisme. En 1760, le naturaliste genevois Horace-Bénédict de Saussure, promet une forte récompense au premier qui atteindra le sommet du Mont Blanc. Le 8 août 1786, Jacques Balmat et le docteur Michel Paccard, deux Chamoniards, y parviennent. Marie Paradis sera la première femme à gravir le Mont-Blanc vers 1808.
Ecrivains, peintres, scientifiques, militaires et curieux se rendent au pied du Mont-Blanc, visite qui devient très vite un passage obligé dans leur “Grand Tour”, périple obligatoire englobant l’Europe, nécessaire à la bonne éducation des jeunes gens issus de l’aristocratie mais aussi aux amateurs d’art, collectionneurs et écrivains, tel Goethe, Alexandre Dumas…

Lancement des voyages au pied du Mont-Blanc
Le 1er août 1818 eut lieu la première ascension de l’Aiguille du Midi. Pour conduire tous ces visiteurs sur la montagne, les Chamoniards se regroupent, dès 1821, au sein de la Compagnie des Guides de Chamonix. En 1824, a lieu la première Fête des guides.

 Chamonix Le relais de posteLe 24 mars 1860, Nice et la Savoie sont cédés à la France par Victor-Emmanuel II de Savoie. Le 4 avril 1860, la ville de Chamonix devient française. Napoléon III viendra en visite début septembre 1860 et pour cette occasion, une route carrossable est construite entre Chamonix, Sallanches et Genève. Dès lors, les diligences peurront accéder au centre de Chamonix. L’Impératrice Eugénie se rendra au glacier des Bossons le 2 septembre et le lendemain, le couple royal montera à dos de mulet jusqu’à la Mer de Glace, faisant même quelques pas sur le glacier…

Le 29 août 1879, Jean Charlet-Straton parvint à atteindre le premier le sommet du Petit Dru à une altitude de 3 733 mètres, en compagnie des guides Frédéric Folliguet et Prosper Payot. En 1890, le professeur-astronome- glaciologue- naturaliste-collectionneur-météorologue-photographe-topographe Joseph Vallot installe un observatoire scientifique et un refuge situés sur le Rocher des Bosses, à 4’362 m d’altitude.

Chamonix vit alors au rythme de deux saisons touristiques : l’été et l’hiver, et devient l’une des premières stations de sports d’hiver en France.mEn janvier 1920, à la demande du conseil municipal, la commune est baptisée Chamonix-Mont-Blanc afin d’éviter l’exploitation de la renommée du Mont Blanc par la Suisse voisine.

Les jeux Olympiques d’hiver de 1924 ont eu lieu à Chamonix. Il fallut créer une piste de bobsleigh, une patinoire et un tremplin de saut à ski. Cet événement a offert aux sports d’hiver une promotion extraordinaire : le ski rejoindra dès lors l’alpinisme…

1957 voit la création du Triangle de l’amitié entre Chamonix, Martigny et Aoste, symbole des relations fraternelles qui perdurent au-delà des frontières étatiques entre ces trois communes.

Chamonix statues de Balmat et De SaussureChamonix Maison de la montage et des guides Chamonix statue de Michel Gabriel Paccard

Depuis la gare, on peut admirer avenue Michel Croz la maison Alpine de photographie Tairraz, dynastie chamoniarde comprenant 4 générations de montagnards photographes. Joseph Tairraz (1827-1902), guide de montagne, réalise en 1861 la première photographie du Mont-Blanc, malgré la contrainte de la préparation et du développement sur place, sous une tente obscure.

Chamonix maison du photographe Tairaz Son fils Georges (1868-1924) devenu guide et photographe de montagne, comme son père, constitue une collection de négatifs au bromure d’argent sur plaques géantes, au rendu de détail remarquable. Son fils Georges (1900-1975), s’essaie dès 1920 à la pratique du cinéma. Il réalise un premier documentaire en 1934 avant d’entamer une longue collaboration avec Roger Frison-Roche qu’il accompagnera dans ses expéditions dans le Hoggar et en Antarctique. Avec le guide et écrivain Gaston Rébuffat, il réalise deux films sur la face nord des Alpes.

Au centre de Chamonix, les statues de Balmat montrant une direction 
à De Saussure. Signé Jules Salmson, réalisé en 1887, ce bronze magnifie les alpinistes pionniers du Mont-Blanc, Bénédict de Saussure et Jacques Balmat. Le premier avait promis une importante prime à celui qui atteindrait le premier le sommet du mont Blanc. Le second, un cristallier chamoniard, remporta la cagnotte le 8 août 1786 en compagnie du docteur Michel Paccard. L’exploit lança le tourisme à Chamonix et dans sa vallée. D’abord les romantiques, fascinés par les séracs de la Mer de Glace, alors nommées « glacières de Savoye ». Puis les touristes de la Belle Époque, venus par la route, ces dames en jupes longues et chapeaux, parfois transportées en chaise à porteurs. 

Rénové en 2003, le bulbe du clocher de l’église Saint- Michel, de style sarde, brille de toutes ses écailles de titane ! A l’intérieur, deux vitraux célèbrent les métiers de la montagne.
Chamonix à la Maison des guidesD’un côté l’Office du tourisme, de l’autre, la Maison de la montagne, dans l’ancien presbytère, qui abrite l’école de ski et le bureau des guides. C’est le quartier général des montagnards lesquels y préparent leurs ascensions et retrouvent leurs clients. Chaque 15 Août, sur le parvis de l’église, est célébrée la Fête des Guides. Journée solennelle et émouvante qui attire une foule de passionnés, venus découvrir le travail des guides revêtus pour l’occasion de leur habit traditionnel : démonstrations de secours héliporté, bénédiction des cordes et des piolets, expositions sur le thème de la montagne, concert de cor des Alpes, spectacle d’escalade, son et lumière…

 

Chamonix maison avec balcon en fer forgé Chamonix maison Au cristal de Roche Chamonix maison typique avec mont-blanc Chamonix La Terrasse

Vestiges de l’âge d’or
Au Cristal de Roche : cet immeuble Art déco est encore orné de mosaïques vantant les cristaux de roche vendus par un riche boutiquier.
Le rez abrite la banque de Paul Payot, maire de Chamonix de 1888 à 1901.
Bâtiment insolite et très prisé, au centre ville, “La Terrasse” et son balcon en façade : en 1880, le bâtiment initial est une auberge. Dans les années 1896, le couple Bossoney, alors propriétaire des lieux, rapporte un pavillon Art Nouveau d’une exposition universelle à Innsbruck et transforment le bâtiment pour y aménager leur restaurant. La couleur entre rose et mauve rappelle la couleur d’origine.

Chamonix boutique A la ville de Venise Chamonix Vue depuis l'hôtel des AlpesChamonix A la ville de Venise 1928Les années entre 1830 et 1848 voient s’ériger de grands établissements : l’Hôtel Impérial de style sarde, aux beaux balcons de fer forgé, qui deviendra l’Hôtel de ville. Les têtes couronnées descendaient à l’Hôtel Royal, actuellement casino et le Chamonix Palace, transformé en résidences, abrite le superbe Musée Alpin.
En 1866, la rue centrale est créée avec un alignement de maisons, mais après le grand incendie de 1855,  le centre s’élargit. On construit également un casino et un théâtre.

Fin 19ème siècle, des immeubles sont construits sur le modèles des hôtels. On peut admirer au fil des rues l’architecture chamoniarde : facades enduites de crépi ocre jaune, encadrement des fenêtres et consoles des balcons en granit; balcons, lucarnes et éléments de décoration en fer forgé; enseignes, garde-corps, mosaïques dans les entrées d’immeubles et escaliers remarquables…
L’Arve divise la ville en deux et huit ponts permettent le passage d’une rive à l’autre.

Chamonix fresque cinéastes LelouchChamonix grand fresque en l'honneur des guidesFresques aux personnages mythiques
En face de l’office de tourisme, un grand trompe-l’oeil représente les acteurs et réalisateurs ayant participé à des films tournés à Chamonix : Claude Lelouch à la caméra (« Si c’était à refaire » (1976) et « Tout ça pour ça » (1993); Bernard Giraudeau (« La face de l’ogre » 1987); Sami Frey (« La voie Jackson », Gérard Herzog -1980); Gérard Depardieu (« Dites-lui que je l’aime », Claude Miller, 1977);Catherine Deneuve (« Si c’était à refaire » 1976);  Jean-Paul Belmondo et Jean Rochefort (« Les tribulations d’un Chinois en Chine », Philippe de Brocca, 1965); Pierce Brosnan pour « The world is not enough », Michael Apted, 1999)

En ville, au 76 rue du docteur Paccard, une fresque monumentale de 160 mètres carrés, regroupe les 20 personnages illustres, guides et alpinistes, qui ont marqué l’histoire de l’ascension du Mont-Blanc depuis 1760. On y retrouve Marie Paradis, première femme ayant atteint le Mont-Blanc; Michel-Gabriel Paccard, Jacques Balmat, Henriette d’Angeville, deuxième femme à accéder au Mont-Blanc, Horace-Benedict de Saussure, Joseph Vallot, Jean-Esteril Charlet Stratonet, sa compagne Isabelle, Alfred Couttet, Michel Payot, Louis Lachenal, Maurice Herzog, Lionel Terray, Roger Frison-Roche, pionniers de l’alpinisme. Horace-Benedict de Saussure, physicien-alpiniste, Joseph Vallot, astronome-géographe, François Devouassou, instituteur, Joseph Ravanel, Michel Croz et Michel Payot, guides.

 

Chamonix le marché et le pôle sportif et culturel Chamonix vue sur le mont blanc depuis le marché

 

 Un grand marché se tient
tous les samedis matins sur
la Place du Mont-Blanc qui
attire touristes, et les voisins
suisses et italiens.
On y trouve toutes sortes
de produits locaux et
régionaux, des fruits frais,
légumes de saison,
fromages et charcuterie
de Savoie.
Belle ambiance garantie…

 

 

 

 

Sous l’égide de Maurice Herzog, alors maire de Chamonix, est créé un pôle sportif et culturel réunissant un centre nautique, une école de ski et d’alpinisme, un collège avec secteurs Sports-études de ski et de hockey. Bâti en limite du centre, conçu par Roger Taillibert, l’architecte qui a réalisé le Parc des Princes à Paris, ce lieu de culture est composé de deux grandes tours et de voûtes de béton. Le tout dans un écrin de verdure, le bois du Bouchet.

La ville de Chamonix est jumelée avec Aoste (Italie) Martigny (Suisse),  Courmayeur (Italie), Garmisch Partenkirchen (Allemagne), Fujiyoshida (Japon) et Aspen (États-Unis).

Différentes institutions sont implantées au cœur du massif alpin : le Centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie (CNISAG), l’Institut de formation et de recherche en médecine de montagne (Ifremmont), l’École nationale de ski et d’alpinisme (ENSA) qui forme notamment les guides de haute montagne et les moniteurs de ski, l’École militaire de haute montagne (EMHM), école militaire de formation des cadres des troupes de montagne.

Chamonix et vue sur le Mont-Blanc

Le massif du Mont-Blanc transfrontalier
A cheval entre la France, le Valais et la vallée d’Aoste italienne, le massif du Mont Blanc culmine à 4810 mètres, ce qui en fait le plus haut sommet d’Europe occidentale. Fréquenté par environ 6 millions de personnes chaque année, le massif du Mont-Blanc est le troisième site naturel le plus visité au monde. Une déclaration d’intention vise à engager «les démarches préalables et nécessaires au lancement conjoint d’une procédure de classement du Massif du Mont-Blanc au patrimoine mondial de l’Unesco».
Pour figurer sur la liste du patrimoine mondial, les sites doivent notamment démontrer leur valeur universelle exceptionnelle. L’élaboration d’un cahier des charges est prévue pour ce premier semestre 2018. Une grande étape, mais les trois côtés du Mont-Blanc sont partants pour lancer ce gros chantier. A savoir que le classement par l’Unesco prend entre cinq et dix ans…

Office du Tourisme / 85 Place du Triangle de l’Amitié /  74400 Chamonix-Mont-Blanc / France

www.chamonix.com

(Texte et photos : Françoyse Krier)

 

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