Située sur la route de Saint Jacques de Compostelle, Villeneuve d’Aveyron est l’une des cinq bastides – « villes neuves » médiévales caractérisées par un plan d’urbanisme novateur – construites aux XIIIème et XIVème siècles, près du département voisin du Lot.

Construite à l’initiative du comte de Toulouse, bastide comtale avant de devenir bastide royale, Villeneuve va devenir bientôt une ville importante mais sera dépassé par la création, quelque temps plus tard, de la bastide de Villefranche.

Fortifiée au XIVème siècle, Villefranche conserve de cette époque deux vestiges importants : la Tour-porte Cardalhac, appelée aussi Tour Savignac, et la Porte haute, fermée par deux herses, qui a servi de prison.

L’église du Saint-Sépulcre, construite dès la fin du XIème siècle, est un bel édifice roman en forme de croix grecque. Au XIVème siècle, son abside orientale a été détruite pour faire place à une nef gothique pleine de lumière. On peut admirer des peintures murales et un orgue remarquable (jeu d’anche en chamade) par ses sonorités, sur lequel des musiciens renommés sont invités à se produire pour le plus grand plaisir du public.

La place centrale de la bastide, place des Conques, est entourée d’arcades et de très belles maisons, témoins de l’architecture du XIVème siècle.

Le célèbre photographe de «Salut les copains»
Le photographe Jean-Marie Périer est un habitué de la place des Conques. L’exposition permanente de ses photos réalisées depuis les années 60 est présentée dans une belle demeure médiévale du 13ème et 15ème siècles. Soit 183 tirages originaux de portraits mythiques des stars des années 60/70 photographiées pour « Salut les Copains », ornent les murs de sept salles, sur trois niveaux. Ainsi, les visiteurs – la plupart du temps venus là par hasard, aucun panneau n’indiquant la présence de ce point d’intérêt – retrouvent avec émotion Françoise Hardy, Sylvie Vartan, France Gall, Johnny, Dutronc, Polnareff, les Beatles, les Rolling Stones et bien d’autres stars des sixties.

Installés à la terrasse du café-restaurant d’à côté, sous les marronniers, nous commençons le jeu des questions/réponses.

Comment et pourquoi avez-vous choisi de vivre dans ce bourg labellisé site remarquable ?
Jean-Marie Périer – Je suis venu ici là il y a 20 ans, ne supportant plus l’esprit de Paris. Trop de voitures, de prétention, d’arrogance. Et le Paris que j’ai connu n’existe plus, donc je suis parti et me suis acheté une maison. Ici c’est la vraie campagne, comme avant… Au départ, plutôt bien accueilli par les Aveyronnais – car il faut se faire accepter – j’ai donc fait allégeance et ai commencé par rédiger quelques portraits, textes et photos, pour le journal local.
Il se trouve au coeur du village une magnifique bâtisse, musée somptueux créé par un couple de la région qui y présentait des objets du quotidien utilisés en France depuis le Moyen-Age jusqu’à nos jours. Le musée fermera faute de visiteurs… D’où l’idée d’en faire un lieu où exposer les tirages du photographe lequel a commencé sa carrière alors qu’il avait un peu plus de 20 ans.
Les officiels n’étaient pas vraiment enthousiastes, toute la région était contre, mais le maire s’est battu pour que cette Maison de la Photographie existe. Cela a pris un an mais nous y sommes arrivés et finalement, tout le monde est content. Les restaurants, les chambres d’hôtes…
Les gens viennent de partout et la première année, le chiffre de fréquentation est passé de 1’000 à 12’000 personnes. Un ami a ouvert plus loin la Galerie du Causse. J’y ai mis tous les clichés des années 90. Lagerfeld, YSL en Aveyron, je trouve ça drôle, mais cela m’a permis de renvoyer l’ascenseur à ceux qui m’avaient accepté. Aucun fond retouché via Photoshop ou autre. Mick Jagger assis dans une fraise ? Ce dont personne ne se doute : tout est réalisé aux ciseaux. Ce ne sont pas les originaux qui se trouvent ainsi exposés, mais des tirages d’art qui sont dans le marché de l’art. Epreuves d’artiste signées, numérotées.  J’ai fait ça pour mes enfants. La mairie de Villeneuve est prévenue : le jour où je disparaîtrais, mes trois enfants récupèreront le tout.

Françoise – Johnny – Sylvie  /  Photo Jean-Marie Périer

Jean-Marie Périer expose partout en France et dans le monde des photos non signées, « juste pour montrer » : Albi au musée Toulouse-Lautrec, Londres, Moscou, Paris. L’exposition de Marseille a dû être prolongée d’un mois.
Il relate ses changements de vie, de métiers, parfois de pays, voire de femmes, et ce, tous les 10 ans (rires). « Je vais avoir 78 ans bientôt. Comme on ne vit qu’une fois, il faut vivre le plus possible… »

Un monsieur s’avance vers notre table et demande l’autorisation à Jean-Marie de le prendre en photo. “Il faut voir avec à mon agent“, s’exclame-t-il en me désignant et en riant… Puis de continuer notre conversation en évoquant son départ vers les USA. Dix années pendant lesquelles il tournera des films publicitaires.

JMP – Un jour, las de Los Angeles, je téléphone à ma sœur Anne-Marie, directrice du magazine Elle, qui me dit ‟ Je dirige un journal, redeviens photographe‟… En fait ce qui m’intéressait, c’était de créer du spectacle. La vérité ne m’intéresse pas ce qui m’intéresse c’est faire rêver. Dans les années 6o, je faisais de la mise en scène avec les chanteurs rock stars, photos que toutes les ados punaisaient sur les murs de leur chambrette. Là, je me suis retrouvé avec Anne-Marie en train de mettre en scène et photographier l’univers des couturiers devenus les rock stars d’aujourd’hui… Dix ans plus tard, Michel Sardou m’a piqué ma sœur. Ils sont partis et ceux qui ont remplacé  Anne-Marie m’ont viré… Finalement, j’étais plus rock que couture ! J’avais déjà acheté la maison ici où j’allais venir et écrire des livres. C’est donc ma 6ème vie !

Impossible de ne pas mentionner Dutronc. Tombé « fou de Jacques » dès la première rencontre, il le fera tourner dans deux longs métrages et des documentaires sur lui pour la TV.
JMP –  ­Je vivais avec Francoise (Hardy) avant. On s’est séparé gentiment et on se voit toujours. Elle est et sera toujours ma meilleure amie.

Mais qu’est-ce que Jacques avait de plus que vous ?
JMP Le charme… J’étais aussi amoureux de lui que de Françoise. D’ailleurs, dans ma vie, j’ai passé beaucoup plus de temps avec lui qu’avec elle. C’est le seul que je vois tout le temps. Parfois Johnny lorsque je me rends à Los Angeles mais je n’y vais plus beaucoup. Sylvie n’a pas changé, c’est la plus fidèle. Elle m’a appelé récemment pour la réalisation d’une affiche pour annoncer son spectacle à l’Olympia. J’ai créé sa première affiche en 1963 et celle-ci, maintenant en 2017…

Françoise Hardy – Mick Jagger  /  Photo Jean-Marie Périer

Retour sur Françoise. Récemment, dans plusieurs émissions, des séquences télévisées montraient la jeune Françoise découvrant une ville – Londres ou New York – en compagnie de son compagnon, le tout aussi jeune Jean-Marie. Il arrange une mèche de ses cheveux avant de la prendre en photo. Elle lui demande de se dépêcher, il fait froid…
JMPEnfermée dans un corps magnifique, Françoise n’avait aucune idée de sa beauté et de l’intérêt qu’elle suscitait. C’est ce qui fait qu’elle était plus intéressante que la plupart des filles qui, elles, en sont conscientes. Quand Mick (Jagger), Bob (Dylan) et David (Bowie) souhaitaient la rencontrer, elle ne comprenait pas pourquoi. C’était la femme d’un seul homme. Quand elle vivait avec moi il n’y avait que moi qui comptait, idem avec Dutronc. C’est une femme extraordinaire qui est tombée sur des mecs compliqués ou qui n’étaient pas très présents. Elle a beaucoup souffert, ce qui lui a permis de créer de magnifiques chansons. Si elle avait vécu avec un mec formidable, elle n’aurait peut-être écrit que des mièvreries… (grands rires).

Il dépeint Thomas Dutronc, fils formidable qui n’a pris que les qualités de ses deux parents, qui écrit des paroles comme sa mère, et des musiques comme son père.

« Unique dans les annales, c’est la première fois qu’un ‟fils de‟ fait quelque chose sans rien dire à personne. Il est arrivé un jour leur a donné à chacun son premier CD, alors qu’ils ne savaient même pas que leur môme chantait ! J’adore ce gosse, et il est comme moi, il… n’aime plus Paris…* »

Jean-Marie Périer évoque également Julie Andrieu qu’il a eu la chance d’avoir comme compagne durant plusieurs années : « Elle avait 18 ans quand je l’ai rencontrée. C’était une beauté mais très mal à l’aise vis à vis du regard que les hommes portaient sur elle ».

 Jean-Marie mentionne sa future propre maison d’édition « Les Editions loin de Paris » qu’il a l’intention de fonder avec Dominique Auzel à Mayrinhague. Et son livre à paraître en octobre sous le label Calmann-Lévy, dont le thème annoncé est : J’ai horreur d’être vieux…

« En France, ce sont les femmes qui lisent et elles ne vont peut-être pas apprécier, ni les critiques parisiens ! Ce livre est écrit uniquement pour passer un message à des gens qui ne le liront jamais : les jeunes ! Et ce, afin de leur dire d’arrêter de croire ceux qui écrivent des bêtises du style : la vie commence à 60 ans, on peut tomber amoureux à 75 ans… Ce n’est vrai que pour un pour cent de la population… Si l’on vit 90 ans, ce qui est déjà beaucoup, on passe les 30 premières années à ramer pour monter et les 30 dernière à ramer pour ne pas descendre… Donc ne perdez pas de temps ! Dans ma tête j’ai 25 ans, mais quand je me réveille j’ai mal à des muscles que je ne connais même pas… ! »

Entre ses maux plus ou moins doux et ma cheville foulée, nous voici, deux éclopés devisant joyeusement devant des cafés offerts par le patron du bar. Entretien très agréable sous un soleil de fin d’été avec un “jeune homme” de presque 78 ans – D’ailleurs, ça commence quand la vieillesse ? – malicieux, lucide, fidèle à ses rêves… Jean-Marie Périer est à coup sûr le confident idéal, l’ami que l’on aimerait avoir, écouter, et garder. Je lui demande s’il m’autorise moi aussi à immortaliser ce moment agréable avant que je ne reprenne la route : « Il faut demander à mon agent, mais mon agent… c’est vous !! » (éclats de rire).

Son livre « Près du ciel, loin du Paradis »**, est en librairie. L’auteur relate quelques histoires de vieux qui « m’aideront peut-être à m’habituer à l’avenir, loin d’un temps où je me voyais jeune… pour toujours ». Prostate blues, Valse à trois temps, La belle de l’île des Pins, Le pharmacien d’Arnac-la-Poste, Bruno le bienheureux, Talk-show, L’escalier, Constance… Autant de nouvelles fort bien écrites sorties de l’imagination et nourries de l’expérîence d’un homme ayant la nostalgie de son séjour dans le placenta chaud, doux, peinard, de sa mère. Histories de solitude, de retrouvailles décevantes, de hasards et d’ombres…

Quelques heures et kilomètres plus tard, Benoit Livertout, directeur de la structure thermale de Cransac, me demandera si j’ai constaté un fait spécial lors de ma visite de la Maison de la Photographie. Et de narrer que dans cet endroit captivant, en arrêt devant les clichés des années sixties, des gens qui ne se connaissent pas, se parlent, échangent leurs souvenirs, des anecdotes, des émotions ressenties. Fait assez rare pour être mentionné… (Texte et photos sans signature : Françoyse Krier)

* Allusion à la chanson de Thomas : “J’aime plus Paris”.

** https://www.fykmag.com/jean-marie-perier-pres-du-ciel-loin-du-paradiscalmann-levy/

 

Jacques Dutronc – Affiche 2017  Sylvie Vartan à l’Olympia / Photos Jean-Marie Périer
En ouverture : Brigitte Bardot et Sylvie Vartan / Photo Jean-Marie Périer

 

Maison de la Photo – Jean-Marie Périer
Place des Conques – 12260 Villeneuve d’Aveyron / France

www.maisonphotovilleneuve.com

www.tourisme-aveyron.com