Nantes, place Royale

La place Royale, reconstruite à l’identique

Située dans le centre-ville de Nantes, la place Royale a été conçue en 1786 par l’architecte nantais Mathurin Crucy. Aménagée en 1790, après la destruction des remparts médiévaux, elle constitue l’élément central d’un ensemble homogène de bâtiments d’architecture classique construits à cette occasion : symétrie des façades, rigueur du plan, ouverture des perspectives. Elle est dotée d’une fontaine monumentale inaugurée en 1865.
Vouée dès l’origine au commerce, la place a accueilli des enseignes qui ont marqué les mémoires, et conserve au XXIème sa vocation marchande. Malgré son nom, cette place n’a jamais abrité de statue de monarque, comme les autres places Royale en France. Le site, très endommagé lors de la Seconde Guerre mondiale est restauré presque à l’identique entre 1945 et 1961. La place Royale, entièrement pavée de blocs de granit, est desservie par neuf rues dont les rues Grébillon et de la Fosse…

Nantes, place Royale de jourNantes place Royale bombardée

 

 

Presqu’entièrement détruite lors des bombardements de 1943, cette place a été reconstruite à l’identique. Elle est associée à tous les mouvements sociaux et événementiels et toujours choisie comme lieu de rassemblements artistiques, festifs ou politiques.

 

« Nous sommes dans un delta. Quand vous montez en direction de l’Hôtel de France, nous sommes sur du granit, et en contrebas vous êtes sur un delta de sable, de marécages », précise la guide. « La Loire atlantique est la 2ème région de France reconnue pour ses zones humides. Cela évite les inondations puisque les marais absorbent le trop plein d’eau ».

Inaugurée en 1865, la fontaine monumentale composée de trois bassins en granit superposés – œuvre de l’architecte Henri-Théodore Driollet – symbolise la vocation fluviale et maritime de Nantes. La ville est représentée par une statue de femme couronnée, en marbre blanc, tenant un trident : Amphitrite, déesse de la mer et épouse de Poséïdon. Elle veille sur une série de statues allégoriques, en bronze. La Loire est figurée par une femme assise déversant de l’eau par deux amphores. Ses affluents – l’Erdre, la Sèvre, le Cher et le Loiret – sont représentés par deux statues de femmes et deux statues d’hommes. Huit génies de l’industrie et du commerce soufflent de l’eau à travers des coquillages, juchés sur des dauphins crachant de l’eau par les narines – rappel du rôle du port dans l’économie de la cité.

 

Les façades remarquables de l’Île Feydeau

Rattachée à la ville par le comblement des bras de la Loire, l’Île Feydeau présente un bel exemple architectural évoquant la vie opulente des armateurs du commerce maritime au XVIIIème siècle, alors que le port de Nantes était l’un des tout premiers d’Europe. A partir de 1926, près de vingt années de travaux furent nécessaires pour combler les bras de la Loire qui entouraient l’Île. « A Nantes, beaucoup de rivières arrivent dans la Loire. Un grand nombre de constructions sont construites sur pilotis », explique la guide. « La ville a décidé de faire d’énormes travaux entre 1926 et 1958. Donc un tunnel de 3 km est creusé et l’Erdre qui coulait dans le centre ville est en partie déviée. La rivière coule désormais dans un tunnel derrière la cathédrale et le château ».

Nantes, façade quai de la Fosse Nantes, façade quai de la Fosse - détail Nantes, façade quai de la Fosse - balcon

Nantes, façade maison penchée

 

Immeubles penchés : paysage urbain surréaliste

La « Fosse » est le nom donné à un chenal naturel de faible profondeur creusé par la Loire, qui court le long du quai du même nom et allait naguère jusqu’au pied du palais de la Bourse, situé place du Commerce. Le quai de la Fosse s’étend sur plus de 1 100 mètres. Les deux tiers occidentaux de sa longueur sont encore baignés par la Loire, tandis que sur ses derniers 400 mètres, le fleuve a laissé la place dans les années 1930 au « terre-plein de la Petite-Hollande » (ou « terre-plein de l’île Gloriette »), né des travaux de comblement. Sa réputation le fait appeler ironiquement « quai de la fesse » par les Nantais, en raison du nombre important de maisons closes qui s’y trouvaient, à l’époque où le port de Nantes connaissait une activité très active à cet endroit.

Nantes, façade mascarons quai de la fosse Le quai de la Fosse et le Cours des Cinquante Otages ont gardé de nombreux hôtels particuliers d’armateurs comme témoignage de l’activité portuaire florissante du XVIIIème siècle. Construits en tuffeau et granit, certains d’entre eux penchent sensiblement. Cette spécificité est due au fait que Nantes est une ville fluviale, traversée par la Loire et l’Erdre notamment, et que les monuments situés aux abords ont du sable pour fondations. Pour y remédier, de nombreux arbres ont été plantés afin d’absorber l’humidité du sol.
Le fronton triangulaire de ces demeures est typique de l’époque de construction. Le rez-de-chaussée est percé d’ouvertures à arcades de plein cintre. Un balcon sur console aux ferronneries remarquables orne le premier étage. Les mascarons affichent des thèmes tantôt marins, tantôt bachiques, inspirés par le commerce maritime colonial et la mythologie. A noter que les balcons avec phallus en fer forgés indiquaient l’emplacement des maisons closes.

Les trafics de coton, de bois exotiques et de tabac se concentrent au quai de la Fosse. Sont ainsi rapportées de la Martinique, de la Guadeloupe, de Saint-Domingue et des Amériques par les navires négriers nantais, ces marchandises tout comme d’autres produits d’importation devenus à la mode au sein de la noblesse et de la grande bourgeoisie : cacao, café, sucre, produits de luxe…

En 1785, Nantes arme jusqu’à 200 navires et devient le plus grand port d’Europe.

 

Nantes, façade de la fnac Nantes, façade moderneNantes, maison Jules Verne

Située en centre-ville, place du Commerce, la Fnac Nantes est certainement la plus belle Fnac de France, se targuent les Nantais : 3500 m² de surface commerciale établis sur 3 niveaux dans l’établissement de prestige que fut le palais de la Bourse, construit parallèlement à la Loire, et qui porte les armoiries de l’évêque de Nantes (Visuel de gauche).

Manteau métallique pour le Conseil général de Loire-Atlantique, un immeuble de bureaux située rue Sully. Les panneaux qui recouvrent la façade sont percés d’un motif graphique reflétant le ciel et l’environnement qui l’entoure (Visuel du centre).

L’écrivain Jules Verne, né quai Turenne (il n’y a plus de quai, de même qu’il n’y a plus d’écluse, Place de l’Ecluse, plus de pont, Place du Pont…), le 8 février 1828, au 1er étage de ce qui était une maison sur une île jusqu’en 1830. Il évoque ainsi en 1891 la Loire de son passé, dans son œuvre intitulée Souvenirs d’enfance : « Je revois la Loire, dont une lieue de ponts relie les bras multiples, ses quais encombrés de cargaisons, sous l’ombrage des grands ormes, et que la double voie de chemin de fer, les lignes de tramway ne sillonnaient pas encore. Des navires sont à quai sur deux ou trois rangs, d’autres remontent ou descendent le fleuve. Pas de bateaux à vapeur à cette époque, ou très peu (…). En ce temps-là, nous n’avions que de lourds bâtiments à voile de la marine marchande. Mais que de souvenirs ils me rappellent ». Ses parents déménageront une année plus tard dans un appartement situé dans une rue proche.

Les Eloges de Philippe Ramette

Nantes, cours Cambronne Nantes, cours Cambronne façades

Nantes, éloge de la transgressionNantes, éloge de la transgression - détail

 

 

La jeune écolière de bronze
est-elle en train de grimper sur le socle ou est-elle en train d’en descendre ? Comme toujours chez Philippe Ramette, tout est question de point de vue…

 

 

 

 

Le Cours Cambronne, planté de tilleuls argentés, de magnolias, de massifs fleuris, est bordé de beaux bâtiments du 19ème siècle flanqués de jolis jardins. En son centre, la statue du général Pierre Jacques Antoine Cambronne, né à Nantes, et revenu mourir dans sa ville natale, en 1842. Ce militaire avait participé à la bataille de Waterloo et fut fait prisonnier en Angleterre.

Avant la révolution, se trouvait en ces lieux le couvent des Capucins. Ce dernier disparu au 19ème, il fut décidé de construire ce parc magnifique, havre de paix dans la ville. Toutes les façades donnant sur le parc sont rigoureusement identiques, tandis que les façades donnant sur les rues adjacentes sont complètement disparates.
Reprenant les codes de la sculpture classique, Philippe Ramette propose à Nantes un ensemble de deux Éloges implantés cours Cambronne et place du Bouffay, série rendant hommage non pas à la gloire d’un homme, mais à une attitude. Les œuvres de ce dessinateur-sculpteur-photographe proposent des points de vue décalés sur le monde.
La statue Éloge de la transgression représentant une écolière grimpant sur un socle vide, s’inscrit remarquablement dans le cours Cambronne, véritable symbole du patrimoine nantais, dont à la fois elle bouscule et met en valeur l’ordonnancement… L’Éloge de la Transgression démontre un personnage, qui comme Nantes, n’est jamais tout à fait là où on l’attend…

 

Nantes, éloge du Pas de côté

Nantes, liberté bretonne

Nantes, quartier maritime

 

Importante dans le cœur des Nantais, la Place du Bouffay est l’emplacement des manifestations, des foires et marchés et également des exécutions publiques. La guillotine fut installée sur cette place pendant la Terreur, en 1793-94. Au 1er étage d’un immeuble donnant sur la place, vivait alors René Laennec, inventeur du stéthoscope. Natif de Quimper, le jeune homme faisait ses études de médecine à Nantes, pendant la Révolution. Il logeait  juste au-dessus de la guillotine…

Sur cette place, l’Éloge du pas de côté est une sculpture en bronze qui représente, sous les traits de l’artiste, un personnage masculin en costume, le regard tourné vers l’horizon. Seul un pied repose sur le socle, l’autre s’en échappe. La sculpture devient ainsi l’allégorie du pas de côté et rend hommage à l’audace de la ville, à son engagement et à son rapport étroit à la culture. Dans l’univers de Philippe Ramette, entre comédie et tragédie, tout est histoire d’acquisition de nouveaux points de vue et d’attitude contemplative du monde et de ses paysages.

Avec ces deux nouvelles œuvres, Nantes réaffirme son ambition d’être une ville où l’art et la culture sont partout, accessibles. Les œuvres de Philippe Ramette, expérimentent et proposent des points de vue décalés sur le monde. « Le Pas de Côté » parle en effet de Nantes, de cette capacité de la ville à être un peu décalée, tout en restant fermement sur ses jambes.

 

Quartier de la traite négrière 

L’histoire de la ville est étroitement liée à celle de ses ponts. Avant les travaux de comblement de nombreux bras de la Loire et d’une partie de l’Erdre, durant la période d’entre-deux-guerres, Nantes possédait de nombreux ponts aujourd’hui disparus. De nos jours, Nantes possède en tout 15 ponts au-dessus de la Loire.

Le pont Anne-de-Bretagne est un pont à deux piles enjambant le bras de la Madeleine, bras de Loire séparant le centre-ville de Nantes de l’Île de Nantes. A ses pieds, le long du quai de la Fosse, a été installé en été 2009 un nouveau ponton d’une cinquantaine de mètres destiné à accueillir les bateaux de plaisance. A ce nouveau ponton s’ajoute la plate-forme d’accostage du trois-mâts barque nantais Belem, qui auparavant accostait en aval. (Photo Brigitte Chateau/Ivan.fr). En amont, sur sa rive droite, a été inauguré en 2012, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage.

Nantes, vue sur la ville

Nantes, vue sur le portNantes, Pont Anne-de-Bretagne

Nantes, le BelemDeux grandes sources de richesse garantirent l’opulence nantaise du XVIème au début du XIXème siècle : l’Afrique et l’Amérique. Des navires construits et armés à Nantes ont assuré alors un commerce triangulaire entre le premier port de France de l’époque, les côtes de Guinée et les Antilles.
Au XVIIIème siècle, Nantes devient le premier port négrier français. En inaugurant ce mémorial unique en Europe, la ville affirme sa volonté de « garder la mémoire du passé et mettre en garde pour l’avenir ».

Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage a ouvert ses portes au public le 25 mars 2012. Ce monument est l’un des plus importants au monde consacré à la traite négrière, à l’esclavage et à son abolition. Il est composé d’une promenade extérieure longeant la Loire depuis le pont Anne-de-Bretagne jusqu’au bâtiment de l’ancienne capitainerie, et d’un passage souterrain, évoquant l’atmosphère des navires négriers. Le mémorial indique que plus de 1’800 expéditions négrières sont parties du port de Nantes entre les XVème et XIXème siècles, entraînant la déportation de 550’000 captifs africains vers les colonies d’Amérique.

Sur une esplanade végétalisée, 2 000 plaques commémoratives rappellent les expéditions négrières parties de Nantes, ainsi que les principaux comptoirs de traite en Afrique et en Amérique. Un parcours méditatif, ponctué de citations du monde entier en rapport avec l’esclavage, s’insère dans le quai de Loire.

Parcours pédagogique et didactique

Nantes, memorial abolition esclavage

Nantes, memorial abolition esclavage - détail

Nantes, memorial abolition esclavage - carte traite

Ce monument est l’un des plus importants au monde consacrés à la traite négrière, à l’esclavage et à son abolition. Le seul en France métropolitaine qui marque de manière solennelle le rapport de Nantes à son passé de premier port négrier de France au XVIIIème siècle et rend hommage à ceux qui ont lutté et luttent encore contre l’esclavage dans le monde.

Il se présente sous 2 formes, une partie extérieure, une promenade le long de la Loire avec 2’000 plaques de verre au sol et 1’710 plaques d’expéditions négrières nantaises, avec le nom des bateaux et les dates de leur expédition. Ainsi que 290 plaques de lieux géographiques concernés par le trafic concerné par le commerce triangulaire : Europe, Afrique, Amérique. La 2ème partie de ce mémo est souterraine : un parcours pédagogique et didactique qui permet de réfléchir et de comprendre ce qu’était ce commerce triangulaire.

Dans la partie pédagogique, il y est évoqué le sort des femmes que l’on prostitue…  Le mot Liberté est écrit dans toutes les langues et dialectes de pays concernés par le commerce des esclaves.

Nantes, memorial abolition esclavage - monument Nantes, memorial abolition esclavage - plaque Nantes, memorial abolition esclavage - liberté

Nantes, memorial abolition esclavage - navire négrier

Un projet politique et artistique

Les artistes concepteurs, le plasticien Krzysztof Wodiczko et l’architecte Julian Bonder, ont voulu « une évocation métaphorique et émotionnelle de la lutte pour l’abolition de l’esclavage ». Lumière et reflets du fleuve, choix des matériaux associant pierres de l’ancien quai, bois, béton brut… Cette lente immersion sous les quais porte un message universel de solidarité et de fraternité pour les générations futures en affirmant la valeur des droits de l’Homme. Dans le prolongement du parcours souterrain, un espace replace la traite atlantique dans son contexte : clés historiques et géographiques, chiffres, carte, chronologie soulignent l’ampleur des faits historiques mais aussi la lutte contre l’asservissement hier et aujourd’hui.

Krzysztof Wodiczko a reçu en 1998 le prix Hiroshima qui récompense chaque année un artiste pour sa contribution à la paix dans le monde. Julian Bonder, architecte et enseignant, est reconnu pour ses travaux mêlant espace public, mémoire et traumatisme des populations.

En 2018, un projet de réaménagement du quai est retenu qui propose de transformer celui-ci en promenade paysagère constitué d’un chapelet de jardins maritimes ponctués de petits kiosques ou pavillons proposant des activités artistiques et culturelles en lien avec le fleuve.

ww.levoyageanantes.fr

(Texte & Photos : Françoyse Krier)

Voir aussi : 

Nantes – Le sublime passage Pommeraye chef-d’œuvre architectural du XIXème