Mbaa Besançon triptyque de Notre-Dame des Sept-Douleurs

Après quatre années de travaux de rénovation conduits par l’architecte Adelfo Scaranello et par les équipes de son directeur Nicolas Surlapierre, le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon a rouvert ses portes au public et à ses admirateurs. L’inauguration s’est déroulée en présence du Président de la République Emmanuel Macron, le 16 novembre 2018. Un mois après sa réouverture, ce lieu de patrimoine et de culture a vu défiler 32’000 visiteurs venus admirer la richesse impressionnante des œuvres d’art et leur nouvelle mise en valeur.

C’est le musée de tous les superlatifs : plus ancien musée de France – un siècle avant le Louvre – possédant la plus ancienne collection publique française; l’une des plus belles collections de province; des œuvres célébrissimes prêtées aux plus grands musées du monde telles les scènes de cannibalisme de Goya ou les CranachC’est l’un des premiers cabinets de dessins de province avec 6’300 feuilles. C’est aussi une somptueuse collection de peintures napolitaines du 17ème siècle et la réunion exceptionnelle de 100 dessins de Fragonard.

Musée beaux arts et archéologie Besançon intérieurmbaa Besançon Lucas Cranach Courtisane et Vieillard mbaa Besançon vue d'en haut

Ci-dessus : le triptyque de Notre Dame des Sept-Douleurs de Van Orley (Visuel fk) // Vues intérieures du musée © Thierry Saillard // Lucas Cranach « Courtisane et vieillard » (Visuel fk)
Ci-dessous : le Président de la République Emmanuel Macron admirant la Déploration sur le Christ mort de Bronzino, 
en compagnie, notamment, du maire de Besançon Jean-Louis Fousseret, (Visuels Ville de Besançon–Alexandra Cordier & JF Hauser).  

mbaa Besançon inauguration 2018 E. Macron JL Fousseretmbaa Besançon inauguration 2018 E. Macron devant tableaumbaa Besançon inauguration 2018 E. Macron et JL Fousseret

Extrait de l’allocution de Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon, accueillant Emmanuel Macron, Président de la République, lors de l’inauguration du Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie, le 16 novembre 2018 : « Toutes ces œuvres accumulées demandaient depuis tout ce temps passé qu’on les présentât dans un lieu approprié. Il y allait tout à la fois des conditions de leur conservation et de l’attente impatiente d’un public qui n’en avait été jusqu’alors que trop privé. (…) A côté de ces œuvres iconiques, tous sont là, des écoles de l’Europe entière, emmenés par Courbet, Le Titien, Géricault, Ingres, David, Chardin, Boucher, mais aussi Renoir, Marquet, Signac, Matisse, tous réunis ici pour célébrer la beauté et la puissance de la main des Maîtres… ». 

Une longue et surprenante histoire

Le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon est né des collections des Granvelle  – Nicolas Perrenot de Granvelle (1486-1550) et son fils Antoine, premiers ministres de Charles Quint et de Philippe II d’Espagne –, réunies du temps où Besançon et la Franche-Comté faisaient partie de l’empire des Habsbourgs. Son origine remonte à 1694, soit un siècle avant la création des musées qui date de la Révolution française. A partir de 1843, les collections devenues publiques sont installées dans la nouvelle halle aux grains, édifice conçu par l’architecte Pierre Marnotte (1797-1882), doté d’un grand savoir de bâtisseur. Les collections d’art cohabiteront peu de temps avec les activités commerciales de la halle, avant que le bâtiment leur soit vite tout entier consacré.

Suite au dépôt du musée national d’Art moderne de Paris de la collection George et Adèle Besson en 1970, un réaménagement du musée est souhaité. Le choix se porte sur Le Corbusier, connu des Francs-Comtois pour la chapelle Notre-Dame-Du-Haut à Ronchamp. Le fameux architecte déclinant la proposition en raison d’engagements antérieurs, Louis Miquel, un de ses disciples désigné pour ces travaux, fait édifier une structure au centre du bâtiment Marnotte. Chantier qui s’ouvre en 1967 et se termine en 1970. L’ensemble, inspiré du musée à croissance illimitée de Le Corbusier, est conçu comme une spirale carrée irrégulière, ascendante par une succession de plans inclinés scandés de paliers, prenant leur origine au centre du rez-de-chaussée. Les matériaux choisis sont le béton brut pour les murs, une céramique noire pour les sols. L’éclairage, naturel et zénithal dans la partie supérieure, est artificiel ailleurs.

mbaa Besançon salle 18èmembaa Besançon peintures vues depuis la rampeCinquante ans ans plus tard, le projet du Cabinet Architectures Adelfo Scaranello prend en compte la valorisation des deux architectures historiques du musée, l’ancienne halle aux grains de Pierre Marnotte et la structure intérieure en béton de Louis Miquel. Travaux de remise en l’état d’origine de la structure, importance redonnée aux sources de lumière du jour, ce qui occasionne une véritable redécouverte du lieu et de ses collections. (Visuels Thierry Saillard  & Jean-Charles Sexe)

 Un musée de donateurs, grands amateurs d’art

« La plupart des œuvres de nos collections ne sont pas des dépôts de l’Etat mais proviennent de donations considérables », précise Lionel Estavoyer, historien en charge du patrimoine auprès du maire de Besançon.
Pierre-Adrien Pâris (1745-1819). Architecte néoclassique, Pierre-Adrien Pâris, né à Besançon en 1745, étudie l’architecture à Paris. Une pension
royale lui permet de se rendre à Rome en 1769 où il commence une collection de dessins et de contre-épreuves de sanguines de ses camarades peintres. De retour en France, il sera l’architecte des Menus-Plaisirs de Louis XVI. De 1793 à 1806, il se consacre à la rédaction d’ouvrages sur les monuments antiques, le jardinage et d’un catalogue de sa collection. De retour à Besançon en 1817, il aménage son « petit muséum » 8, rue
Charles Nodier. A sa mort en 1819, il ne lèguera à sa ville natale que des chefs d’œuvre où brillent les noms de tous ces artistes qui ont fait
la célébrité du 18ème siècle français.

mbaa Besançon Lucas CRANACH, Adam mbaa Besançon Lucas CRANACH, Evembaa Besançon La Nymphe à la source Cranachmbaa Besançon Federico BAROCCI, dit le Baroche, Tête de femmeLucas Cranach, Adam et Eve, vers 1508-1510, huile sur bois
© Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon. 
Legs Jean Gigoux. Visuel Charles Choffet. 
La Nymphe à la source – vers 1537, huile sur bois.
Legs Jean Gigoux. Visuel fk.
Federico Barocci, dit le Baroche, Tête de femme, étude pour
la Déposition de la cathédrale de Pérouse, vers 1568,
pierre noire, sanguine et rehauts de pastel. Legs Jean Gigoux.
© Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon. Visuel Pierre Guenat.

 

 

 

Jean Gigoux (1806-1894). Après des études aux Beaux-Arts de Paris, il expose ses toiles au Salon. Sa Mort de Léonard de Vinci – conservée à Besançon – acclamée par les romantiques, reçoit la première médaille de peinture d’histoire en 1835.  A partir de 1843, ce généreux mécène constitue un ensemble qu’il souhaite confier à Besançon. Dessins et tableaux achetés dans des ventes parisiennes tapissent les murs de sa demeure. A sa mort, en 1894, sa collection totalise près de 3’000 dessins et 460 tableaux formant un ensemble assez éclectique. « On dit qu’il n’avait pas un œil, mais qu’il savait acheter…», renchérit notre guide-historien en charge du patrimoine.

George Besson (1882-1971) et Adèle Besson (1884-1964). Nés à Saint-Claude où ils se connurent enfants, George Besson et Adèle Chamot ont
partagé le même amour de l’art qui devait aboutir, à la fin de leur vie, au don de leur collection aux musées nationaux, notamment au musée de Besançon. 112 peintures, 221 œuvres graphiques (dessins et estampes) et une sculpture figurent aujourd’hui au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon. Bonnard, Dufy, Dunoyer de Segonzac, Lhote, Marquet, Matisse, Rodin, Signac, Vallotton ou Picasso y sont représentés. Un choix d’œuvres traduisant une certaine audace et une grande justesse d’appréciation.

Norbert Ducrot-Granderye. Grâce à la générosité de ce donateur (né à Pontarlier en 1935, décédé en 2018), le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie ainsi que la bibliothèque municipale de Besançon conservent une exceptionnelle collection d’œuvres de Charles Lapicque (1898-1988). A travers une succession de dons s’étalant de 1994 à 2010, Norbert Ducrot-Granderye a permis au musée de Besançon d’avoir l’une des collections publiques les plus riches en production graphique de cet artiste, après le Musée National d’Art Moderne Centre Georges Pompidou à Paris. 

mbaa Besançon Ensemble momies mbaa Besançon 1. Le Triomphe de Neptune, mosaïquesmbaa Besançon Taureau d’AvrigneyEnsemble de momies © Thierry Saillard // Le Triomphe de Neptune, IIe siècle ap. J.-C., Besançon (Doubs), mosaïque, visuel fk //  Taureau d’Avrigney, Ier siècle ap. J.-C., Avrigney (Haute-Saône), alliage cuivreux, visuel fk // Oenochoé, fin du Ier siècle ap. J.-C., Besançon (Doubs), verre camée © Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, © Pierre Guenat

L’Égypte ancienne et collections d’archéologie régionale

Une salle entière est consacrée à cette discipline. Les collections égyptiennes s’organisent autour des sarcophages richement décorés et des momies de Séramon et Ankhpakhered. Ces deux momies ont révélé au scanner des amulettes cachées dont on peut découvrir des reconstitutions en résine.
Une statue polychrome d’Osiris ainsi qu’un papyrus « mythologique », objets exceptionnels déposés par le musée du Louvre, complètent cette présentation. De nombreux objets comme des momies d’animaux, des vases canopes, une barque funéraire en bois témoignent de la religion égyptienne et de sa croyance dans l’au-delà.
mbaa Besançon Oenochoé, verre camée

« Besançon est une grande capitale gallo-romaine. Au milieu du 1er siècle avant JC, les habitants appellent Jules César afin qu’il vienne les aider devant la menace grandissante des Germains. César va donc battre Arioviste et faire de Besançon la capitale de la Séquanie. Il s’engage dans la Guerre des Gaules quand Besançon entre alors dans la paix romaine et se dote d’ensembles très importants», commente Lionel Estavoyer.
La superbe mosaïque de Neptune comme celle de Méduse, présentées au musée, faisaient partie de la plus grande domus de Besançon, demeure aux dimensions hors-normes. Objets du quotidien, cachés ou enfouis, rappellent la qualité artistique et la richesse culturelle de la région, il y a plus de 2000 ans. Objet mythique, chargé de toute une symbolique, le Taureau à trois cornes, découvert dans un champ à Avrigney au milieu du 18ème siècle, a été acheté par la ville de Besançon pour 20’000 francs or, ce qui représentait une somme considérable. Un vase découvert en 1886 dans une propriété (Wilson), fabriqué en verre camée – une technique de cuisson très compliquée –, est l’un des trois plus beaux vases camées au monde dont s’enorgueillit Besançon. L’un se trouve à Naples et le deuxième à Londres.

mbaa Besançon Lion couchémbaa Besançon Gisant de Jean de BourgogneLion couché, atelier de Jean de la Huerta © Chipault & Soligny // Jean Pépin de Huy, Gisant de Jean de Bourgogne, fils de Mahaut d’Artois, 1315, marbre, traces de polychromie. Visuel fk.

Sculptures médiévales

Moyen Âge et Renaissance sont représentés par un bel ensemble de sculptures réunies autour de La Vierge et l’Enfant tenant l’oiseau, d’une rare Vierge allaitant, de l’exceptionnel Gisant de Jean de Bourgogne. « Cette statue d’un enfant gisant se trouvait dans une église du Jura. Présentée debout, elle était considérée dans le village comme un statue d’un saint. La toiture de l’église ayant dû être refaite, le gisant a été proposé à la vente et la ville de Besançon l’a acheté pour la somme de 800’000 francs. Car il s’est avéré que ce gisant commandé à Pépin de Huy par Mahaut d’Artois représentait l’un des enfants du Duc de Bourgogne ». Le Lion couché faisait partie d’un tombeau commandé au sculpteur aragonais Jean de la Huerta, en 1448, et  composé de gisants, de pleurants, de lions et chiens couchés aux pieds des effigies funéraires. Le chantier est abandonné en 1456. Outre ce lion en calcaire, il ne reste aujourd’hui qu’une pleurante conservée au musée du Louvre.

Peintures ~ XVème et XVIème siècles

Dans la salle introductive, sont présentés les portraits peints et sculptés des principaux donateurs du musée de la fin du 17ème aux années 1960.
Dès la première rampe, le parcours chronologique des collections Beaux-Arts commence par la présentation d’un bel ensemble de peintures italiennes, avec notamment La Déploration sur le Christ mort, le tableau le plus impressionnant d’Agnolo Bronzino conservé en France et qui se trouve à Besançon depuis 1545.

mbaa Besançon La Déploration sur le Christ mort Bronzinombaa Besançon Portrait d’homme Le Titien

 

Agnolo Bronzino, Déploration sur le Christ mort, 1543-1545, un des tableaux italiens les plus précieux des collections publiques françaises. Le corps inerte du Christ est mis brièvement sur les genoux de sa mère avant d’être porté au tombeau. Saint Jean et Sainte Marie-Madeleine soutiennent le dos et les jambes du Christ, entourés des saintes femmes et d’un groupe de trois hommes. 
Portrait d’homme, vers 1515-1520, par Titiano Vecellio,
dit Le Titien. 
Le visage de l’homme, aux traits nobles, semble surgir de l’obscurité. Legs Jean Gigoux lequel nourrissait une grande admiration, en tant que collectionneur mais aussi en tant que peintre, pour
Le Titien. 

 

 

Chef-d’œuvre du maniérisme florentin exécuté par le Bronzino  pour l’Oratoire d’Eléonore de Tolède, au Palazzo Vecchio à Florence, la somptueuse Déploration sur le Christ mort avait été offert en cadeau par Cosme de Médicis à Nicolas de Granvelle. « Cosme de Médicis demanda à Bronzino de refaire le même tableau. Mais sans lui en donner les moyens, par exemple le bleu obtenu au moyen de pierres pulvérisées de lapis lazuli d’Afghanistan. Le peintre mettra huit années avant de le terminer. Les Florentins ont pu découvrir pour la première fois le chef-d’œuvre original conservé à Besançon lorsqu’il fut exposé  à Florence en 2018 »,  raconte Lionel Estavoyer. Ce tableau est entouré de deux portraits d’homme du Titien (donation de Jean Gigoux) et du Tintoret et de peintures vénitiennes dont L’Ivresse de Noé de Giovanni Bellini, chef-d’œuvre absolu actuellement prêté à la National Gallery de Londres.
Les écoles française, flamande et hollandaise sont bien représentées avec les célèbres triptyque de Notre-Dame des Sept-Douleurs, La Nymphe à la source, Adam et Eve, Courtisane et vieillard, Lucrèce se poignardant de Cranach, des portraits de Dirck Jacobsz et de Hans Baldung Grien, un rare petit paysage de Patinir ainsi qu’un remarquable groupe sculpté, la Fuite en Egypte, en bois polychrome, anonyme, d’Espagne, vers 1520-1540.

mbaa Besançon vue sur Le triptyque de Notre-Dame des Sept-Douleurs

Le Triptyque de Notre-Dame des Sept-Douleurs (Huile sur bois, vers 1530), de Bernard van Orley avait été commandé par Nicolas de Granvelle et son épouse, pour leur dévotion personnelle. « Comme beaucoup de choses à Besançon, ce triptyque est là depuis la première moitié du 16ème siècle. Ce tableau un peu malmené par des restaurations et nettoyages depuis le 18ème siècle, était alors oublié dans un couloir. Une grande restauration allant jusqu’à la couche picturale d’origine fut décidée. Neuf restaurateurs ont donc travaillé pendant plus d’un an et demi, pour un coût de 150’000 mille euros. Ce tableau aujourd’hui reconsidéré à sa juste valeur par les historiens d’art, s’avère une œuvre importante pour l’histoire de la peinture septentrionale au 16ème », poursuit Lionel Estavoyer qui, désignant les tableaux de Cranach (cinq à Besançon et huit au Louvre), explique que jusqu’au 19ème siècle, la plupart des œuvres n’étaient pas signées. Les tableaux de Lucas Cranach sont reconnaissables quant à eux par un épervier peint tenant un serpent dans ses serres.

 

mmbaa Besançon Simon VOUET, Anges portant les instruments de la Passionmbaa Besançon Georges DE LA TOUR, Saint Joseph charpentiermbaa Besançon Greuze Portrait d'enfantSimon Vouet, Anges portant les instruments de la Passion, 1624 © Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, visuel Chipault et Soligny // Georges de La Tour, Saint-Joseph charpentier, après 1640, huile sur toile © Dépôt de l’État. Visuel Charles Choffet // Greuze, Portrait d’enfant. Visuel Charles Choffet. 

Peintures ~ XVIIème et XVIIIème siècles

La peinture européenne, spécialement française, flamande, napolitaine et espagnole, occupe le premier palier : natures mortes, portraits de Philippe de Champaigne, de Terborch et de Jordaens, sujets religieux et allégoriques, Le Ravissement de sainte Madeleine et Anges portant les instruments de la Passion de Simon Vouet – tableau préparatoire pour une œuvre à St-Pierre de Rome, La Fuite en Égypte de Zurbaran, Noli me tangere de Bruegel, Allégorie avec une vue d’Anvers de Rubens, Sainte Madeleine pénitente de Elisabeta Sirni, Les Enfers « chef d’œuvre visionnaire » de François de Nomé, dit Monsù Desiderio. Lionel Estavoyer : «Le Saint Joseph charpentier, de Georges de La Tour, exposé au Louvre a été donné fin des années 1940 par un collectionneur, alors que ce tableau-ci était conservé à l’archevêché de Besançon avant de gagner le musée en 1905. Si les deux tableaux n’ont pas tout à fait les mêmes dimensions, les pigments sont les mêmes, ainsi que la date. Ils viennent tous deux de l’atelier du peintre mais pour l’instant celui du Louvre est considéré comme l’original et le “premier” ».

mbaa Besançon François BOUCHER, Le Jardin chinois

Des œuvres de François Boucher, d’Hubert Robert et Greuze ponctuent ce parcours. Pierre Adrien Pâris fera don de toutes ses collections de peinture du 18ème siècle et s’impose ici par un choix d’œuvres exceptionnelles :  François Boucher, Jean-Honoré Fragonard, Hubert Robert, Barbault, Vincent. 
Lionel Estavoyer : « Nous possédons dix Chinoiseries réalisées par Boucher pour la tenture qui sera offerte à Madame de Pompadour mais également à l’Empereur de Chine. Ces peintures figurent des scènes de la vie chinoise telles que Le Mariage chinois ou L’Audience de l’empereur de Chine. Car Boucher a été un collectionneur acharné de chinoiseries, tout comme le seront plus tard Marie-Antoinette et l’impératrice Eugénie ».

A admirer également un triptyque dû à Placido Constanzi, grand peintre romain, présenté dans son entier pour la première fois depuis la Révolution, ainsi que des signatures célèbres : Van Loo, Nicolas de Largilières, David (esquisses pour le Serment du Jeu de Paume, tableau jamais terminé), un beau Portrait d’enfant par Greuze, des bustes du 18ème tous dus à Luc Breton, sculpteur franc-comtois, ainsi qu’une superbe collection d’objets.

Mascarade des 4 parties du monde (1751) par Jean Barbault : ce pensionnaire de l’Académie de France à Rome, a conçu ce projet que l’Académie de France voulait offrir au peuple de Rome. Œuvre tout en largeur, saisissants détails peints à la perfection sur papier…

mbaa Besançon Mascarade des 4 parties du monde Jean Barbault mbaa Besançon Mascarade des 4 parties du monde Jean Barbault 2 mbaa Besançon Mascarade des 4 parties du monde Jean Barbault 3

Ci-dessus : François Boucher, Le Jardin chinois, 1742, huile sur toile. © Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon. Visuel Pierre Guenat. // Jean Barbault, Mascarade des 4 parties du monde (1751). Visuel fk // Ci-dessous : Jean-Baptiste Pillement, Vue d’un port, vers 1785, huile sur toile © Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, visuel Chipault et Soligny // Luc Breton, Pietà, 1771, plâtre © Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, visuel Chipault et Soligny // Francisco De Goya Y Lucientes, Cannibales dépeçant leurs victimes, vers 1800, huile sur toile © Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, visuel Charles Choffet.
mbaa Besançon Jean-Baptiste PILLEMENT, Vue d’un portmbaa Besançon Luc BRETON, Pietàmbaa Besançon Francisco DE GOYA , Cannibales depeçant leurs victimes

 

Peintures ~ XIXème et XXème siècles

Néoclassicisme, Romantisme et Réalisme, grands moments de la peinture romantique de salon entre 1880 1910… Importantes par leur nombre et leur qualité, les collections du XIXème siècle sont regroupées dans une grande galerie d’éclairage zénithal. Les peintures des premiers grands prix de Rome faisaient accourir les foules. L’œuvre de Jean Gigoux est marquée par le succès des Derniers moments de Léonard de Vinci au Salon de 1835. On peut avoir une idée de son regard sur l’art au travers des artistes qu’il collectionna : David, Ingres, Géricault (quatre tableaux, dont un pour
Le Radeau de la Méduse), Delaroche, Granet, Goya.

mbaa Besançon Francisco DE GOYA Gustave COURBET, L’Hallali du cerf mbaa Besançon Gustave COURBET Le Retour des paysans de la foire de FlageyGustave Courbet, L’Hallali du cerf, 1867, et Le Retour des paysans de la foire de Flagey, 1850, huiles sur toiles © Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, visuels Charles Choffet.

Gustave Courbet tient une place prépondérante avec une dizaine d’œuvres exposées dont le monumental Hallali du cerf *qui fait la fierté de Besançon depuis 1882 et un magnifique Autoportrait. Dans les pas de cet artiste qui a peint la nature de sa région natale autour d’Ornans, s’est développé un courant paysagiste avec des peintres franc-comtois tels que Bavoux, Fanart, Isenbart, Pointelin, etc. Les sculptures de Clesinger, Dalou, Carrier-Belleuse, Claudet et Rodin jalonnent ce parcours  du 19ème.

Lionel Estavoyer retrace l’histoire du tableau de Courbet, Le Retour des paysans de la foire de Flagey, acquis dans les années 30 avec d’autres chefs-d’œuvre par Matsukata, richissime amateur d’art japonais. La guerre éclate. Matsukata envoie un certain nombre de pièces au Japon. Mais une grande partie de sa collection reste en France, saisie depuis que le Japon s’engage aux côtés de l’Allemagne nazie. L’affaire ne fut pas réglée avant 1959. Malraux, alors ministre de la Culture, a l’idée de suggérer au gouvernement japonais la construction d’un musée au Japon pour honorer la peinture française, l’Etat français se réservant les plus beaux tableaux. Et notamment ce Courbet déposé au musée de Besançon. C’est ainsi que naquit le Musée National de l’Art Occidental Contemporain à Tokyo.

mbaa Besançon Signac La voile jaune, Venisembaa Besançon Pierre BONNARD, Le Café du petit PoucetPaul Signac, La Voile jaune, Venise, 1904, Dépôt du musée d’Art moderne, Centre Pompidou. Visuel fk // Pierre Bonnard, Le Café du petit Poucet, 1928 // Félix Vallotton, Baigneuse assise sur un rocher, 1910. Tous deux : © Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, visuels Charles Choffet.mbaa Besançon Félix VALLOTTON, Baigneuse assise sur un rocher

 

Le parcours s’achève, en haut de la spirale, avec deux tableaux exceptionnels de Pierre Bonnard,
Le Café du Petit-poucet (1928) et La Place Clichy (1912), qui voisinent avec Marquet, Matisse, Picasso, Renoir, Suzanne Valadon, Vuillard… La Voile jaune, Venise (1904), harmonieuse et lumineuse toile du coloriste virtuose Paul Signac, est un hymne à la nature.
Ces tableaux issus de la donation George et Adèle Besson, donnent une remarquable représentation de l’art de la première moitié du XXème siècle. Une séquence est consacrée à Charles Lapicque dont les œuvres sont issues d’une donation du collectionneur Norbert Ducrot-Granderye.

Le cabinet d’Arts graphiques

A l’occasion de sa réouverture, le musée des Beaux-arts et d’Archéologie de Besançon met à l’honneur son prestigieux cabinet d’Arts graphiques.
Au sein de cette collection, les dessins italiens présentés sur deux niveaux forment un ensemble remarquable et cette exposition permet de présenter pour la première fois une sélection des plus belles feuilles de la Renaissance conservées au musée.

mbaa Besançon Anonyme, d’après Michelangelo Buonarotti, feuille d’étudesmbaa Besançon Jean-Honoré FRAGONARD, Les Grands Cyprès de la villa d’Estembaa Besançon Michelangelo Anselmi St francois tenant un crucifix

Anonyme, Ecole florentine, d’après Michelangelo Buonarotti, feuille d’études, vers 1550, pierre noire © Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, visuel Pierre Guenat.

Jean-Honoré Fragonard, Les Grands Cyprès de la villa d’Este, 1760, sanguine © Collection du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, visuel Pierre Guenat.
Michelangelo Anselmi, Saint François tenant un crucifix, visuel Chipault & Soligny.

 

Pierre-Adrien Pâris lègue à la bibliothèque municipale un remarquable ensemble de dessins des artistes français de la seconde moitié du 18ème siècle. Une partie est déposée plus tard au musée avec des œuvres prestigieuses d’Hubert Robert et de Fragonard. Le peintre Jean Gigoux lègue à la ville près de 3’000 dessins du fonds actuel qui rassemble les feuilles de toutes les écoles : Tiepolo, Vouet, Boucher, Rubens et Rembrandt. Il a également acquis des dessins d’artistes français majeurs de son siècle : David, Delacroix, Géricault.
Le musée, réputé en particulier pour sa collection d’œuvres graphiques du XVIIIème siècle, conserve des séries italiennes (Baroche, Carrache, Tiepolo) ou nordiques (Dürer, Rembrandt, Rubens) ainsi que des pièces prestigieuses d’artistes français (Poussin, Vouet, Boucher, Chardin, Fragonard, Watteau, Courbet, David, Delacroix, Géricault, Dufy, Marquet, Matisse, Renoir, etc.). C’est dans les dans les hauteurs de l’architecture en béton que les dessins du musée sont exposés (par roulement, afin de respecter les normes de conservation). De la Florence des Médicis avec Bronzino à la Rome de la Contre-Réforme représentée par Annibale Carracci, en passant par Mantoue, Parme et Venise, l’exposition qui s’y déroule pour l’instant invite le visiteur à un voyage de plus d’un siècle à travers la péninsule.

Plaisir de l’œil et culture du rêve

Au rez, un agréable espace est dédié aux souvenirs, beaux livres, catalogues, ouvrages, cartes postales et papeterie. Pendant les quatre ans de fermeture en raison des travaux à effectuer, le musée ayant été entièrement vidé, les œuvres furent stockées dans des réserves sécurisées.

Lionel Estavoyer Historien Besançon

« Cette rénovation a permis de descendre l’allège des fenêtres. Ainsi le public peut voir à l’intérieur du musée depuis l’extérieur », relève Lionel Estavoyer qui cite en conclusion ces paroles adressées par le maire de Besançon, Jean-Louis Fousseret, au Président de la République :
«Un musée est aussi ce livre de culture qui rapproche, qui enrichit, qui enseigne pour mieux nous réunir, dans l’enthousiasme comme dans le savant (…). Le grand rêve de culture pour tous ouvert ici à Besançon depuis plus de trois siècles retrouve une nouvelle et convaincante actualité ».

Remerciements à Lionel Estavoyer, historien en charge du patrimoine
auprès du maire de Besançon. (© J.C. Sexe)

 

Ouverture tout public :
En saison basse : lundi, mercredi, jeudi, vendredi / 14h-18h  // En saison haute : lundi, mercredi, jeudi, vendredi / 10h-12h30 14h-18h
Toute l’année : samedi, dimanche / 10h-18h sans interruption

Entrée gratuite le 1er dimanche de chaque mois, lors des nocturnes et des manifestations nationales
(Journées européennes du Patrimoine, Nuit européenne des musées, etc.)

Musée des beaux-arts et d’archéologie // 1 place de la Révolution, 25000 Besançon // France
Téléphone  : + 33 3 81 87 80 67

www.mbaa.besancon.fr

 

musée des beaux-arts et d'archéologie BesançonTexte Françoyse Krier  //  Visuel ci-dessus : l’horloge monumentale de Philippe Lebru sur la façade du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon © Jean-Charles Sexe

 

* Voir aussi Courbet à Ornans : 

Deux-centième anniversaire de Courbet, l’enfant du pays d’Ornans