Laetizia Bonaparte, la Marquise de Sévigné, la Duchesse d’Angoulême, Coco Chanel… De nombreuses personnalités ont fréquenté Vichy pour soigner leurs maux et participer aux loisirs festifs de la ville. L’empereur veut faire de Vichy la digne rivale des villes d’eaux allemandes alors très réputées. La ville se voit dotée d’un plan urbain en éventail, avec des avenues « thermales » qui rayonnent depuis la gare jusqu’au quartier des thermes et la rivière. Symbole de progrès, le train doit faciliter l’accès à la station thermale et encourager le tourisme. La gare facilite l’accès des curistes provenant du monde entier.

Au début du XXème siècle, la Reine des Villes d’eaux accueille de prestigieux curistes du monde entier. C’est place de la Nation, dans un espace dégagé, proche du centre ville et de la gare que s’érige l’Hôtel-de-Ville. De style néo-Renaissance, conçu par l’architecte Antoine Chanet, l’édifice est à l’image de l’Hôtel-de-Ville parisien. La première pierre est posée en février 1914 mais le chantier est interrompu en raison de la 1ère Guerre mondiale et cela jusqu’en 1923. Les services municipaux s’installent en avril 1925.

La gare de Vichy a joué un rôle central dans le développement de la ville. Lorsqu’il vient pour la première fois à Vichy, en 1861, Napoléon III doit achever son voyage en voiture à cheval à partir de Saint-Germain-des-Fossés. Mise en service dès 1862, reliée à Paris en seulement huit heures, la gare de Vichy est pourvue d’une façade néoclassique, de plusieurs salons d’attente, de marquises abritant le chargement des bagages sur les voitures des hôtels qui empruntent les quatre avenues rayonnantes depuis son parvis.
Architecture vichyssoise de la Belle Époque
Au tournant des XIXème et XXème siècles, Vichy se pare de grands hôtels et de belles villas d’architectes alliant originalité, luxe et modernisme… Point commun de ces demeures : séduire pour être louées aux habitants saisonniers venus prendre les eaux.




Représentative de la fantaisie et de l’audace des bâtisseurs de la Belle Époque, la rue de Belgique, le Boulevard de Russie présentent un ensemble architectural allant du style néo-flamand à l’Art nouveau et au néo-renaissant, flamand, Louis XIII, gothique… La plupart de leurs façades et de leurs toitures sont inscrites sur le site des Monuments historiques.
Un palais vénitien – imposante façade de briques rouges, baies ornées d’arcs en ogive, des colonnes torses, des chapiteaux sculptés de feuilles de chou, lion de saint Marc à l’angle des balcons – a été commandée à l’architecte Henri Décoret par Jean-Baptiste Lambert, marchand d’art. Avec ses pilastres, ses balustres, ses motifs floraux répartis autour des baies ou sur les garde-corps, l’Hôtel Lutetia (1912) flirte avec l’Art Nouveau. Le Castel Flamand (1898) utilise tous les codes de l’architecture flamande : briques rouges avec ornements en pierre calcaire, pignons sur rue…
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Les villas, dites anglaises,
de la Rue Alquier
La rue Alquié porte le nom du médecin, inspecteur de l’établissement thermal de Vichy, qui a veillé au bon déroulement des cures de Napoléon III. Les villas construites en 1864 par Jean Le Faure, auteur également des plans de l’église Saint-Louis et des chalets Napoléon III, faisaient partie d’un vaste plan d’urbanisation des terrains asséchés grâce à l’édification
de la digue.
Huit villas seulement seront édifiées pour des proches de l’empereur. Ces maisons toutes identiques, construites en série, bénéficient du charme des villas anglaises avec leurs courettes et leurs jardins, leurs entrées couvertes d’un auvent, leurs lambrequins et garde-corps de bois découpés. Après 1866, Napoléon III ne venant plus à Vichy, les villas ont évolué selon la fantaisie de leurs propriétaires, certaines adoptant un style anglo-normand.
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La rue Hubert Colombier
Cette rue, quant à elle, porte le nom de son créateur, un banquier vichyssois qui acheta, en 1894, les derniers terrains encore vierges à la jonction du Vieux-Vichy et de Vichy-les-Bains, alors en plein essor, afin d’y faire édifier des villas destinées à la location. Cette rue, close par des grilles fermées la nuit, restera privée jusqu’en 1956..

Une première campagne de construction de six villas fut menée par les architectes Antoine Percilly et Gilbert Décoret entre 1895 et 1898 : imposant hôtel particulier, villa Liberty, maison du gardien, seules à n’être pas destinées à la location. Cette rue constitue un exemple emblématique de l’éclectisme de l’architecture vichyssoise à la Belle Époque.
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Deux enfants du pays devenus célèbres
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Albert Londres, Prince des reporters

A droite : © Fonds patrimoniaux de Vichy

Père du grand reportage, Albert Baptiste Joseph Londres est né le 1ᵉʳ novembre 1884 à Vichy. Il est disparu en mer dans l’incendie du Georges Philippar le 16 mai 1932 au large d’Aden, dans l’océan Indien. Il passe son enfance dans une pension de famille tenue par ses parents, dévorant les œuvres d’Hugo et Baudelaire. La demeure, sise 2 rue Besse, est acquise par les grands parents d’Albert Londres. Avec ses deux tourelles et ses murs de brique, la maison Baratier édifiée au milieu du XIXème siècle, constitue le plus ancien exemple de style néo-gothique à Vichy. Albert Londres revint régulièrement rendre visite à ses grands-parents, puis à son oncle, propriétaires des lieux. Revendu en 1988, le bâtiment, passé de mains en mains, fut racheté par l’association Maison Albert Londres en 2014. Après d’importants travaux de restauration, la maison a retrouvé son lustre d’antan et abrite régulièrement expositions et évènements. Chaque année ont lieu au Palais des Congrès les Rencontres Albert Londres et un prix créé par sa fille Florine récompense des journalistes francophones.

Valery Larbaud, écrivain, poète, romancier, essayiste et traducteur
L’érivain français est né le 29 août 1881 à Vichy, ville où il meurt le 2 février 1957, sans descendance. La maison natale, rue Montaret, a vu grandir l’auteur entouré par l’influence de son père, Nicolas Larbaud, pharmacien, inventeur des eaux de Vichy Saint-Yorre. Larbaud manifeste une passion pour les langues : il parle anglais, allemand, italien, occitan, portugais et espagnol. Son roman Fermina Márquez, consacré aux amours de l’adolescence et souvent comparé au Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, obtient quelques voix au Goncourt en 1911. Visuels ci-dessous : © Musée Valery Larbaud


En 1948, ayant dépensé toute sa fortune, Valery Larbaud doit revendre ses propriétés et sa bibliothèque de quinze mille volumes, en viager, à la ville de Vichy. Reconstitution intime de son univers, la Bibliothèque-Musée Valery-Larbaud, située au deuxième étage de la Médiathèque de Vichy conserve la bibliothèque personnelle de l’écrivain : plus de 15 000 ouvrages incluant des éditions originales, des manuscrits et sa correspondance, dans son mobilier d’origine.
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L’apogée de l’hôtellerie vichyssoise
Le thermalisme vichyssois connait son apogée dans les années 1930, période à laquelle 130’000 curistes par an séjournent à Vichy. La ville se développe et de luxueux palaces sont édifiés. Les hôtels pouvaient accueillir jusqu’à 100 000 curistes par an, contribuant à faire de Vichy la capitale de l’État français. Parfois sans salles de bains, ils se distinguaient par un personnel nombreux (chasseurs, grooms, chef, maître d’hôtel, serveur, barman, liftier, voiturier). Tous les clients prenaient leur repas à une seule et même table. À Vichy, les grands palaces racontent une double histoire : celle de l’âge d’or du thermalisme et celle, plus sombre, de la Seconde Guerre mondiale. Ces hôtels sont pour la plupart, disparus ou reconvertis en appartements. La Reine des Villes d’Eaux comptait six palaces : le Carlton, l’International, le Majestic, le Parc, le Ruhl (ou Radio) et le Thermal. Devenu l’Aletti, le Thermal Palace est aujourd’hui le seul à avoir conservé sa vocation initiale.

L’Aletti Hôtel Palace,
dernier des grands palaces historiques
Propriétaire de plusieurs palaces notamment sur la Côte d’Azur, à Paris et à Alger, le célèbre hôtelier suisse Joseph Aletti a fait de Vichy un haut-lieu de la mode pour la clientèle de luxe. L’Aletti Hôtel Palace sert régulièrement de cadre aux tournages et les artistes de renom programmés à l’Opéra, ont seulement la rue à traverser pour rejoindre la scène, comme cela a été le cas pour, entre autres, Madeleine Renaud, Yehudi Menuhin ou Rudolf Noureev…



Porte à tambour en acajou, escalier dont la rampe est ornée de ferronneries d’Eugène Goujon, réputé ferronnier d’art… Les boiseries du bar l’Ascot sont d’anciennes portes d’hôtel et ses vitraux 1800 proviennent de la Maison de la Reine d’Angleterre Londonderry House.


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Des boutiques témoignent d’une florissante période vichyssoise


“Les Marocains”, véritable institution à Vichy
La devanture, les imposants comptoirs et la décoration intérieure qui semblent s’être figée au Second Empire, sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

La Boutique « Les Marocains » construite en 1866, sous Napoléon III, a toujours été « une confiserie chocolaterie ». Elle doit son nom à la fréquentation des coloniaux ou du Pacha de Marrakech qui appréciaient déjà les nombreuses variétés de chocolats noir ou au lait, nougatines,
pâtes d’amande natures ou mêlées de fruits secs ou confits, marrons glacés, amandines, noisetines, pâtes de fruits, sucres d’orge, pralinés.


Au Fidèle Berger : talents d’artisans du décor
Brasserie et salon de thé dans un décor exquis Belle Époque : banquettes confortables, plats traditionnels et délicieuses pâtisseries… L’adresse est synonyme d’une expérience charmante et gourmande, que ce soit pour un goûter raffiné, un déjeuner léger ou une soirée entre amis. Côté parc, la terrasse offre des matinées douces et des pauses gourmandes.


Pharmacie du Parc, mémoire des siècles
C’est, avec la confiserie Aux Marocains, l’un des rares commerces de la station thermale subsistante de la florissante période vichyssoise sous le Second Empire.
Créée en 1900, la pharmacie du Parc est toujours en activité. Sa devanture refaite au début des années 1960, a conservé l’essentiel de son intérieur d’origine, décors en boiserie et son mobilier : grands panneaux vitrés soutenus par deux corps sur châssis bois, frises de guirlandes sous corniche à modillons, comptoirs et présentoirs présentant des vitrines, des tiroirs, et galeries décorées de guirlandes et de feuillages sculptés.
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Parmi les usages de la cure, figuraient les offices religieux
Lors de sa première venue à Vichy en 1861, Napoléon III assiste à la messe à Saint-Blaise. Interpellé par la petitesse et la vétusté de l’endroit, il inscrit la construction d’une nouvelle église et de son presbytère dans le décret ordonnant les grands travaux de Vichy. Le chantier débute en 1862.

Eglise Saint-Louis, en l’honneur
du fils de Napoléon III

L’empereur a souhaité un édifice en l’honneur de son fils prénommé Louis Napoléon Bonaparte. Le chantier débute en 1862. Consacrée en juillet 1865. l’église présente des références à l’art roman auvergnat, au style roman bourguignon et au style gothique. Les vitraux du chœur empruntent les traits aux saints patrons des membres de la famille impériale. Eugénie, Hortense, Napoléon 1er sont ainsi représentés de part et d’autre du Christ.
En 1915, Alphonse Osbert réalise une grande toile pour le chœur, à la gloire de Saint Louis. L’église abrite un orgue remarquable de 47 jeux du facteur Bernard Aubertin.


Notre-Dame-des-Malades,
la vigie de Vichy
Lors de sa première venue à Vichy en 1861, Napoléon III assiste à la messe à Saint-Blaise. Interpellé par la petitesse et la vétusté de l’endroit, il inscrit la construction d’une nouvelle église et de son presbytère dans le décret ordonnant les grands travaux de Vichy. L’église Notre-Dame-des-Malades à l’exceptionnel décor intérieur Art Déco fut construite entre 1925 et 1931 contre l’église Saint-Blaise. Sa Vierge noire est vénérée à Vichy de longue tradition pour ses miracles. L’originalité de cet édifice est d’être composé de deux églises communiquant entre elles : l’ancienne, Saint-Blaise, bâtie en 1714, et la nouvelle, Notre-Dame-des-Malades, édifiée en 1931. Plan basilical, construction en béton armé “matériau révolutionnaire”, profusion du décor intérieur deviennent ici l’un des exemples les plus remarquables d’architecture religieuse Art déco. Sur son dôme, se dresse la statue de la Vierge mesurant 5,20 m de haut. En 1931, une nouvelle bénédiction célèbre l’église en partie achevée.La décoration intérieure (chœur, coupole, fonts baptismaux) sera exécutée dès 1935. Elle se poursuivra en 1943 par les peintures des murs de la nef. Le clocher-campanile est érigé en 1956. Sur son toit en dôme se dresse une croix en béton et verre, illuminée la nuit.




Photos sans mention : Françoyse Krier
