A Cransac-les-Thermes, petite ville aveyronnaise, survit depuis des siècles une tradition de thermalisme. Un souffle qui descend de la colline, traverse la forêt pour se fondre dans un établissement thermal grandiose, tout de bois, de zinc et de verre revêtu…  

Déjà le parking est agréable et esthétique, ce qui est assez rare pour le souligner. Les voitures stationnent entre des poutres de bois, habillées par des plantes grimpantes. Difficile de détacher les yeux du superbe bâtiment des thermes auquel on accède par un vaste escalier de pierre, entouré de massifs fleuris : trois étages aux balcons en bois foncé protégés par une rangée de toits pointus. Ces studios et appartements ont accès directs aux thermes. Le rez-de-chaussée de forme arrondie est couronné  par une élégante marquise étalant tout autour ses délicates feuilles de verre, ce qui confère à l’entrée et aux salles de soins une grande luminosité, avec vue à 360°. Un décor époustouflant, sur fond de ciel bleu… Le bel établissement thermal imaginé par Luc Demolombe, – architecte de Toulouse  intervenu sur une quinzaine de stations thermales – situé au cœur de la plus grande forêt européenne de robiniers – faux acacias -, surplombe la vallée de l’Enne, offrant un large panorama sur Cransac et ses environs. Richesse du silence, sentiment de paix simple…
On pourrait se croire du côté de Deauville ou en Savoie… Nous sommes en Aveyron, entre Rodez et Figeac, à 292 mètres d’altitude, « La Montagne qui brûle », en occitan « Lou Puech que ard » laisse échapper des gaz naturels chauds puissants pour le traitement des rhumatismes. Grâce à ses effluves, Cransac est l’unique station en Europe à pratiquer un thermalisme à base de gaz naturels chauds, porteurs de principes rares.

Il est à peu près certain que du temps des Romains, le thermalisme existait avec pavillons, eaux thermales, fontaines, et sans doute des bains…
On estime à 3’000 ans la présence du thermalisme à Cransac – nom dérivé du celte caranciago. Jusqu’à la fin du 19ème siècle, les eaux étaient exploitées à Cransac, sous forme d’établissement thermal. L’eau coulait depuis des sculptures de têtes romaines datant de l’antiquité.

Les archives du début du 19ème siècle mentionnaient que 4’000 personnes environ venaient prendre les eaux à Cransac, vers 1805-1810. Quelque 120’000 litres de ces eaux, réputées pour traiter les maladies parasitaires du système digestif, étaient mis en bouteilles annuellement, et exportés vers la France et l’Europe.

A l’époque, les soldats du roi puis de l’empereur venaient se faire soigner à Cransac et si certains événements ne s’étaient pas produits, les thermes de Cransac seraient aussi réputés que ceux de Vichy et autres villes d’eaux.

A partir de 1850, l’exploitation minière qui commençait dans la région, a compliqué la situation. Les galeries de mines, très proches des sources, ont fini par les détourner, rendant impossible toute cohabitation entre eaux et mines. Les dernières cures thermales à Cransac datent d’environ 1896.

Thermes de Cransac Aveyron marquise en verre Thermes de Cransac Aveyron vue de côtéThermes de Cransac Aveyron l'entrée

L’exploitation du gaz
Benoit Livertout, directeur de la structure thermale, commente la visite de l’établissement : « L’originalité de Cransac, ce sont les gaz qui sortent de la colline du Montet, située en haut du bourg. Colline de roches très anciennes qui datent de la même époque que le charbon, ère du carbonifère, schiste, pyrites et marcassite… L’air humide qui s’engouffre à travers les failles de ces collines va oxyder ces roches. Des combustions spontanées produites s’entretiennent depuis des milliers d’années. L’humidité de l’air va se charger de nombreux minéraux et gaz. Ces derniers ressortent en haut de la colline, naturellement, à peu près à 120°. Nous les captons depuis le haut de la colline pour les amener vers l’établissement thermal.
On trouve les premières traces des étuves bâties en bois, dans les cadastres du 14ème siècle. Déjà à l’époque, on se servait des gaz à Cransac. Jusqu’à la fin du 19 ème, les patients venaient y faire une cure thermale en rhumatologie.

L’année 1896 vit la fin du thermalisme institutionnel. Les gens venus de toute la France continuaient à monter sur la colline où les petites cabanes en bois étaient déplacées au gré des sorties de fumerolles de gaz. On “prenait les étuves”. En cas de bronchite, de coqueluche, les enfants étaient envoyés en haut de la colline, par mesure préventive.

En 1962, fin de l’exploitation minière, et dès 1963, les Cransacois décident de revenir… aux sources, soit rétablir le thermalisme. Quelques hommes de bonne volonté ouvrent un établissement thermal, bâtiment octogone, encore visible aujourd’hui.

Dans un caisson individuel, le patient est assis sur un banc percé de trous qui permettent à la chaleur des gaz de l’envelopper. L’arrivée des gaz chauds est à la base, une manette de réglage individuelle qui permet de moduler la chaleur, selon la prescription médicale, afin d’obtenir une abondante sudation. / Table thermo massante /  Confortablement installé, le dos, la nuque, les épaules sont parcourus par de multiples mini-jets de gaz thermal. Idéal pour dénouer les tensions et les contractures du rachis en complément de la cure. (Photos Corentin Mossière)

 

Afin de capter les gaz sur la colline, ils décident d’installer un appareil, la “soufflante” qui pousse les gaz vers l’établissement thermal, et des canalisations qui arrivent jusqu’à cet établissement en passant par la forêt : ils rouvrent donc l’établissement thermal avec des étuves de gaz. Uniquement les gaz, et pas d’eau, car les sources ont totalement disparu.

Les thermes de Cransac sont rachetées par une entreprise de thermalisme, puis le groupe est repris par la Chaîne Thermale du Soleil, numéro 1 du thermalisme en France. Son créateur, Adrien Barthélémy, possède  des établissements thermaux un peu partout en France. En 1996, désireux d’acquérir Cransac – sa mère est  d’origine aveyronnaise – il parlemente avec les élus locaux et se fait fort de leur amener 5’000 curistes, soit le double des personnes fréquentant alors l’établissement thermal. Il fallait néanmoins concevoir un nouveau bâtiment.

A sa mort, en 2001, sa fille Mme Guérard reprend le groupe. C’est un magnifique bâtiment tout neuf, de style contemporain qui est inauguré en 2003. Là encore il n’y a que les gaz. En 2010, après plus de 100 ans de disparition des eaux thermales à Cransac, une source thermale minérale est remise en exploitation : la source Geneviève, agréée par l’Académie de médecine dans les années 80 et jamais utilisée.

En 2010, afin d’amener l’eau jusqu’à l’établissement thermal des réseaux inox furent créés et de nouveaux soins innovés : vaporarium – salle collective avec diffusion de vapeurs thermales chaudes –, cataplasmes de kaolin, cabines de berthollaix – fauteuil de gaz multidouches ».

Installations dernier cri
Aujourd’hui, deux produits thermaux arrivent dans cet établissement thermal : les gaz thermaux secs, uniques en Europe, qui traitent spécifiquement les rhumatismes, et l’eau thermale de Cransac, eau sulfatée, bicarbonisée, calcique, sodique et magnésienne qui coule à 24 °. « On s’en sert pour une cure de boisson qui permet de profiter de tous ses bienfaits. En haut de la colline, une grosse turbine, “la soufflante”. Des canalisations qui traversent la forêt jusqu’à l’établissement thermal. Le gaz sort à 120°, on le pousse vers l’établissement thermal, où il sort à aux alentours de 100° et par les derniers méandres des canalisation arrive dans les cabines de soins à 42-43°, sans aucun refroidissement, ni stockage, ni réchauffement. Gros volume de gaz, puisqu’on arrive à obtenir un mètre cube par seconde.
Ce sont donc entre 3’600 et 4’000 m3 par heure qui arrivent à l’établissement thermal. C’est un gaz sec thermal. Si vous mettez la main devant le gaz, vous éprouvez une sensation de gaz totalement sec. Cette chaleur et surtout le soufre vont ouvrir les pores de la peau et de ce fait, le gaz va pouvoir pénétrer dans l’organisme. Comme un gaz ne peut pas transporter des minéraux, c’est l’humidité du gaz qui transporte les minéraux : dérivés de soufre, carbone, azote, oxygène… ».

En haute période d’activité, les thermes de Cransac accueillent environ 700 curistes par jour. La Résidence Les Logis des Boisements***, située directement au-dessus des thermes, en pleine nature, propose de lumineux studios ou appartements en duplex, de très grand confort.

Thermes de Cransac – Chaîne thermale du Soleil
12110 Cransac-les-Thermes / France –
 Informations : www.chainethermale.fr
Thermes ouverts du 1er mars au 28 novembre 2017. Horaires : de 06 h 45 à 13 h.
Spa ouvert toute l’année et en saison 7 jours sur 7.

A voir dans la région :
CRANSAC : Pour les amateurs d’histoire, visite du Musée de la Mémoire de Cransac où sont retracées les transformations radicales qu’a connues la ville au lendemain de la révolution industrielle et plus récemment grâce au thermalisme.

AUBIN : à 4 km, située au carrefour du Lot, du Cantal et de l’Aveyron, Aubin est l’une des plus anciennes villes du Rouergue. La légende raconte qu’un général romain, Claudius Albinus, installa sur le piton rocheux une garnison, vers 193 après JC. Au Moyen Age, les seigneurs d’Albin édifient une forteresse militaire. Au pied de la forteresse érigée sur le piton rocheux se développpera la ville d’Aubin,  véritable ville commerçante avec 6 foires par an et 3 marchés par semaine.
On peut aujourd’hui y découvrir 5 “pierres foirales” anciennes mesures à grains, spécifiques à la ville, ainsi que  la halle aux grains, le site du fort, l’église Notre Dame d’Aubin.
Grâce à la qualité de son travail de restauration, l’association Les Amis du Vieil Aubin a obtenu en 2003, le premier prix du Conseil général pour la restauration du patrimoine. Au XIXème siècle, la ville sera profondément transformée par l’exploitation minière et s’installera dans la vallée.

DECAZEVILLE : à 8 km, fondée au 19ème siècle, sous l’impulsion du Duc Decazes pour l’exploitation du charbon et le développement de la sidérurgie, cette ville est située sur le chemin de St-Jacques-de-Compostelle.

FIGEAC : à voir également, dans cette jolie ville, sur les bords du Lot, le Musée Champollion installé dans la maison natale de Jean-François Champollion. A partir des travaux du célèbre déchiffreur des hiéroglyphes, les collections racontent la fabuleuse aventure de l’écriture et invitent à un voyage à travers les cultures du monde entier.

Incontournable, la ville de Conques, à 24 km, pour son héritage culturel en matière de sculpture et de vitraux.
Voir sous : https://www.fykmag.com/conques-joyau-roman-sur-la-route-de-compostelle/

Texte et photos sans mention : Françoyse Krier