l’alpinisme inscrit à l’UNESCOLes États soumissionnaires : France, Italie, Suisse
Les municipalités de Chamonix, Courmayeur, Orsières
Les Clubs Alpins français (FFCAM), italien(CAI) et suisse (CAS-SAC)
Les Associations de guides des trois pays ont l’honneur d’annoncer qu’à l’issue du vote ayant eu lieu le 11 décembre 2019, l’alpinisme est désormais inscrit à l’Unesco sur la liste représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité.

C’est un grand jour pour l’alpinisme qui se voit décerner une reconnaissance prestigieuse, obtenue au terme d’une démarche initiée en 2011. Elle débouche sur un texte qui le caractérise et le documente, grâce aux travaux de scientifiques et d’universitaires. L’inscription au PCI est un moment heureux, mais il n’est que l’aboutissement d’une première étape. Défini comme une activité qui s’appuie sur une tradition, une transmission, l’alpinisme est une activité vivante, qui a évolué au cours de son histoire et continuera d’évoluer. (Visuel ci-dessus : @ Claude Gardien)

Le volumineux dossier élaboré pendant huit années par le comité de pilotage de la candidature, a été évalué par les experts mandatés par le comité pour la sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) à l’automne 2019, il a donné lieu à un avis où figure une belle définition de l’alpinisme : « L’alpinisme est l’art de gravir des sommets et des parois en haute montagne, en toutes saisons, en terrain rocheux ou glaciaire. Il fait appel à des capacités physiques, techniques et intellectuelles et se pratique en utilisant des techniques adaptées, du matériel et des outils très spécifiques (…) Il s’agit d’une pratique physique traditionnelle qui se caractérise par une culture partagée, regroupant la connaissance de l’environnement de la haute montagne, l’histoire de la pratique et des valeurs qui lui sont associées, et des savoir-faire spécifiques (…) ».

Alpinisme inscrit à l’UNESCO - une alpiniste en action Alpinisme inscrit à l’UNESCO - alpinistes en action

Ce long travail a permis d’identifier les caractéristiques qui font de l’alpinisme une activité spécifique et pointer celles qui en font un sport à forte composante culturelle et sociale (les liens qu’elle tisse entre ses adeptes et sa faculté à ignorer les frontières). Les valeurs de l’alpinisme y sont citées, parmi lesquelles la solidarité – entre membres d’une cordée mais aussi envers d’autres praticiens – et un profond sentiment de la nature qui imprègne les alpinistes, en constante interaction avec les éléments. L’isolement, la prise de risque se chargent de rapprocher les hommes. Ils ont en commun l’amour des montagnes, et partagent un bien précieux : la confiance. L’esprit de cordée transgresse les frontières et les cultures. L’entente est rapide, la solidarité totale. (Visuels ci-dessus : @Pascal Tournaire)

Patrimoine culturel immatériel…  qu’est-ce que c’est ?

Le PCI résulte d’une convention de l’UNESCO de 2003, signée depuis par 178 pays. Le patrimoine culturel ne s’arrête pas aux monuments et aux collections d’objets. Il comprend les traditions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, les connaissances et pratiques concernant la nature et les savoir-faire nécessaires à ces activités traditionnelles, comme l’alpinisme.
A ce jour, sont inscrits 429 éléments, portés par 117 pays, parmi lesquelles l’équitation française (représentée par le Cadre noir de Saumur), le compagnonnage, la gestion du danger d’avalanches (Autriche/Suisse), le yoga (Inde), le reggae (Jamaïque), le tango (Argentine/Uruguay).

L’alpinisme a été pratiqué à des époques différentes, dans des lieux différents. Le massif du Mont-Blanc est l’un de ceux-ci. La première ascension du point culminant des Alpes, en 1786, par deux Chamoniards, a lancé une mode, soutenue par la publication des écrits d’Horace-Bénédict de Saussure, naturaliste genevois, sponsor de l’expédition et auteur de la troisième ascension en 1787. La candidature au PCI est partie des vallées du Mont-Blanc, massif qui reste un des plus fréquentés par les alpinistes. Les Alpes jouent, depuis plus de deux cents ans, un rôle central dans la pratique et l’évolution de l’alpinisme.

Histoires de piolets

L’alpinisme a si profondément colonisé les vallées alpines que les forgerons locaux se sont vite mis à fabriquer des outils destinés aux alpinistes. Leurs premiers « conseillers techniques » étaient les guides locaux. Ainsi, dès 1818, le fils du forgeron de Courmayeur, Dominique Grivel, forge ses premiers piolets. La marque se développe de façon spectaculaire, et si l’usine a déménagé plus bas dans la vallée, l’Espace Grivel attend toujours les visiteurs, face au mont Blanc. A Chamonix, les frères Simond fabriquent des cloches et de l’outillage agricole. Cristalliers, ils créent aussi des équipements nécessaires à leur activité. De là à la fabrication de piolets, il n’y avait qu’un pas… En Suisse, à Grindelwald, dominé par le Wetterhorn, un des plus importants sommets gravis à l’époque, Karl Bhend ouvre une forge en 1870. L’alpinisme bat son plein, il se tourne vers la fabrication de piolets. La marque est toujours installée à Grindelwald, au pied des montagnes qui l’ont vu naître.

Alpinisme inscrit à l’UNESCO - alpinistes et neige

Alpinisme inscrit à l’UNESCO - alpinistes

Tradition, tradition…

La tradition est vivace chez les alpinistes, qui connaissent les hauts faits de leurs anciens. Cet attachement se révèle dans le plaisir qu’ils trouvent à faire les grandes ascensions des siècles précédents. La plus belle tradition héritée des paysans montagnards reste la solidarité. La vie alpestre était rude et soudait les populations. On réalisait des travaux en commun, on gérait les alpages d’altitude. Les voyageurs qui passaient les grands cols des Alpes, dès le début de notre ère, étaient confronté à des dangers immenses, entre lesquels les guides locaux trouvaient le chemin. Et ils pouvaient, déjà, compter sur la solidarité des habitants des hautes vallées. Ainsi furent construits les Hospices, ces ancêtres des refuges. (Visuels ci-dessus : à gauche @Pascal Tournaire – à droite : @Eric Courcier.)

Avec le développement de l’alpinisme, la nécessité de porter secours a rarement été discutée, et seulement dans des cas où les sauveteurs prenaient de trop grands risques. Cette solidarité montagnarde s’affirme dans une entité particulière, celui de la cordée, cette équipe qui révèle des forces étonnantes, du fait de la complémentarité des talents de ses membres et de la confiance qui naît d’une telle association. Un compagnon de cordée est bien plus qu’un équipier. C’est un alter ego qu’on n’oublie pas, et surtout, qu’on n’abandonne pas quand il est en difficulté.

Alpinisme inscrit à l’UNESCO - varappe

L’alpinisme, en quelques chiffres

Union Internationale des Associations d’Alpinisme (UIAA) : 90 associations, venues de 69 pays, plus de trois millions de membres. Club Alpino Italiano (CAI) : 311 000 membres ; Club Alpin Suisse (CAS/SAC) : 150 000 ; Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne (FFCAM) : 100 000. Chacun des organismes publient des revues, de mensuelles à trimestrielles. Union Internationale des Associations de Guides de Montagne (UIAGM) : 6600 guides, venus de 25 pays, dont 1700 en France. Dans les Alpes, on compte plus de 1100 refuges, gérés principalement par les clubs alpins : 150 refuges du CAS, 774 refuges et bivouacs du CAI, 140 refuges et chalets d’accueil de la FFCAM. (Visuel ci-dessus : @Pascal Tournaire)