
Voilà une exposition très attendue : celle qui fut surnommée La Divine (bien avant Greta Garbo), la Voix d’Or (par Victor Hugo), le Monstre sacré (expression inventée pour elle par Jean Cocteau), la Scandaleuse (en raison de sa vie extravagante et hors normes)… Cent ans après sa disparition, Sarah Bernhardt reste l’une des plus grandes actrices de l’histoire. Et ce, Pierre-André Hélène, commissaire d’exposition, historien de l’art et collectionneur passionné et passionnant, ne pourra que le confirmer, dévoilant moultes anecdotes, lors de la visite guidée : ” 103 ans après sa mort, celle qui fut la première actrice de la terre, est totalement insurpassée. Impossible de faire quoi que ce soit en 2026 qu’elle n’a pas fait il y a 100 ans. Même Michael Jackson qui dormait dans son caisson à oxygène, la grande Sarah l’avait fait avant lui, avec son cercueil : des photos ont paru dans la presse du monde entier. On ne parlait que d’un seul et unique sujet sur la planète : elle même… “
Le Palais Lumière rend hommage au personnage mythique et magnétique de Sarah Bernhardt (1844-1923) avec Sarah Bernhardt. Le mythe vivant. Une exposition près de 250 pièces mises en scène qui mêle peintures, gravures, photographies, affiches, souvenirs, sculptures de sa création et bijoux de scène que la comédienne a portés. Des meubles et objets Art nouveau ainsi que d’exceptionnelles robes du créateur Ollivier Henry, cousues main, recréent l’atmosphère de la “Divine” Sarah , l’actrice la plus célèbre de la fin du XIXème siècle et du début
du XXème siècle.

Gravure Charles Albert Waltner,
épreuve sur parchemin, 1896
L’exposition aborde différentes périodes de la vie de Sarah Bernhardt : sa jeunesse, sa famille et ses débuts, sa carrière d’artiste dans la sculpture, la peinture et bien sûr le théâtre. Mais aussi les artistes qu’elle a inspirés, ceux dont elle a propulsé la carrière, sa vie amoureuse, ses tournées sur les cinq continents et son rôle d’ambassadrice de la culture de la culture à travers le monde. Star absolue de la Belle Époque, Sarah
Bernhardt maitrisait les codes pour promouvoir son image et se mettre en scène : particularité qui sert de fil rouge à l’exposition du Palais Lumière.



Photographie Napoleon Sarony, 1880

Photogravure,
Paul Nadar, 1868
Née le 22 octobre 1844 à Paris, Sarah Bernhardt, de son vrai nom Henriette-Rosine Bernardt, a ébloui le monde par son talent, sa détermination
et son charisme indéniable. Fille de courtisane, Sarah Bernhardt est placée en nourrice à Quimperlé, en Bretagne, avant d’être confiée à l’âge de
sept ans, au couvent de Grandchamp, à Versailles, où elle bénéficie d’une excellente éducation. Elle révèle déjà une personnalité affirmée, apprend le dessin et vit ses premières émotions théâtrales… A quinze ans, lors d’un conseil de famille où se décide son avenir, le duc de Morny – demi-frère
de Napoléon III et protecteur de sa mère – propose de l’inscrire au Conservatoire. Commence alors pour le jeune fille une carrière exceptionnelle, dont la renommée ne cessera de grandir.

Sarah Bernhardt vivait dans un somptueux hôtel particulier situé au 37 Rue Fortuny, à Paris, construit en 1881, à la décoration inspirée de l’Art Nouveau : table Emile Gallé, chaise néo-gothique, fauteuil de rotin, guéridon mauresque… Ambiance théâtrale, velours, fourrures et peaux de bêtes… Elle possédait également une propriété à Belle-Île-en-Mer.


Figure singulière et exceptionnelle, Sarah Bernhardt tire parti de sa silhouette atypique pour s’affranchir des modes, imposer la sienne, et jouer les travestis. Elle adore les fourrures et en porte… 365 jours pas an ! Souffrant d’une hernie, elle abandonne le corset et portera toute sa vie une ceinture, élément emblématique de la diva. En 1880, elle se fait faire aux USA un premier lifting et un second en 1910, par Suzanne Noel, spécialiste de la chirurgie réparatrice, notamment auprès des Gueules Cassées (Première Guerre mondiale).
Sarah Bernhardt découvre et soutient de nombreux artistes : Alphonse Mucha, les peintres Louise Abbéma – sa grande amie, Gustave Moreau, Edward Burne-Jones ainsi que le joaillier René Lalique. Elle devient ainsi l’une des figures associées à l’Art Nouveau. Dès les années 1875, elle s’initie au modelage, développant parallèlement une activité de peintre et de sculptrice, aujourd’hui considérée comme exceptionnelle. Ereintée par Rodin, mais défendue par Zola, elle participe à de nombreux Salons et y présente certains de ses bronzes.


Paul-Emile Berton, 1901


papier gaufré, 1900



Les mille et unes vies, portraits, caricatures de celle qui fut comédienne adulée, femme d’affaires avisée,
décoratrice, peintre, sculptrice, mannequin, muse, inspiratrice, actrice hors pair, patriote engagée, globe-trotter, voyageuse infatigable,
figure médiatique, brillante amoureuse, agent d’artistes…



La Divine multiplie les tournées pendant plus de trente ans : en Europe, en Amérique, jusqu’en Australie. Elle porte haut le théâtre français et attire des foules fascinées, qui découvrent souvent la France à travers elle et sa démesure. Elle incarnait l’Histoire de France dans le monde entier : il faut reconnaitre que dans 95% de la planète on ne connaissait de la France qu’un seul et unique nom : Sarah Bernhardt.
Entre 1880 et 1916, elle se rend neuf fois aux États-Unis, jouant dans plus de soixante-quinze villes, dans des conditions souvent extrêmes, face aux chutes du Niagara ou dans le Midwest, sous un chapiteau de 4 000 places, transporté par train spécial. Des voyages exceptionnels nourrissant anecdotes, réelles ou embellies, qui contribuent à construire sa légende… C’est au cours de ces tournées qu’elle mesure pleinement le pouvoir de la publicité. Elle développe alors une diffusion de son image à grande échelle, devenant l’une des premières artistes à maîtriser sa présence médiatique, assurant aussi un succès commercial considérable. Une influenceuse avant l’heure…


Caricature de Louis Moyano, 1900


Sarah Bernhardt excelle à incarner reines, princesses, impératrices ou saintes, des rôles où son sens du grandiose, son goût de la démesure et sa vision très personnelle de la mise en scène trouvent pleinement à s’exprimer, fascinant les publics du monde entier. Elle est rapidement surnommée «la Reine des attitudes» et «la Princesse des gestes», portée par une «voix d’or» dont le phrasé singulier, à mi-chemin entre parole et chant, évoque aujourd’hui autant l’opéra que le conte musical. Elle incarne ainsi Phèdre, Ruy Blas, Cléopâtre, La Dame aux Camélias, Frou-Frou… Victorien Sardou écrit pour elle : Tosca, Gismonda, Théodora, Fédora…Elle interprète également des rôles masculins dont Hamlet ou Lorenzaccio, sans oublier le triomphe de L’Aiglon qu’Edmond Rostand, compose pour elle.
Tout au long de sa vie, Sarah Bernhardt entretient des relations avec de nombreuses figures marquantes de son époque, issues des milieux artistiques, politiques et mondains, qui contribuent à son rayonnement et à la place singulière qu’elle occupe dans la société de son temps. Sa vie sentimentale, souvent commentée, participe à la construction de sa notoriété et de son image publique. Selon
Pierre-André Hélène : «Avant Maria Callas, il y a eu Sarah Bernhardt qui savait mourir sur scène : à l’instant fatal, elle se mettait devant la scène et regardait les gens du premier rang dans le blanc des yeux. Dès qu’elle les sentait prêts, dans le creux de sa main, elle les fixait, ouvrait grand ses yeux puis les faisait se révulser, si bien qu’on ne voyait plus que le blanc… C’est pour cela que la planète se déplaçait. Des journalistes racontent qu’on a même observé des personnes reculer au fond de leur fauteuil… Lorsque ses proches ou son personnel n’obtempérait pas sur le champ à ses desiderata, la diva menaçait de s’arrêter de mourir sur scène. Elle était la seule au monde à pouvoir émettre cette sentence : ″J’arrête de mourir″…»
Le génie de Sarah Bernhardt, sa voix d’or, son caractère bien trempé,
sa détermination sans faille, son charisme et son audace ont marqué son époque et dépassé les frontières.
En 1915, Sarah Bernhardt est amputée de la jambe droite, à l’âge de 70 ans, en raison d’une tuberculose osseuse du genou. Cela ne l’empêche pas de continuer à jouer assise – elle refuse de porter une jambe en bois ou une prothèse en celluloïd – ni de rendre visite aux poilus au front en chaise à porteurs, lui valant le surnom de « Mère La Chaise ».


Encre sur papier, Coemedia, 1923

Sarah Bernhardt meurt d’une crise d’urémie
le 28 mars 1923. Le journal Bonsoir titre alors :
« Sarah est morte, vive Sarah ! ». Si le gouvernement ne décide pas de funérailles nationales, des centaines de milliers de personnes accompagnent son cortège, du boulevard Pereire à église de la Madeleine, puis jusqu’au cimetière du Père Lachaise, en passant devant son théâtre.
Après sa mort, elle continue effectivement de vivre à travers des écrits, romans, essais et témoignages auxquels s’ajoutent de nombreuses expositions, adaptations au cinéma, au théâtre, à la télévision et en bande dessinée. Sarah Bernhardt demeure une icône intemporelle du théâtre et de son imaginaire Sarah Bernhardt et qui a mené sa vie avec une liberté démesurée.
Admirée, souvent controversée, elle a su cultiver son image avec une modernité qui résonne encore aujourd’hui. Sa vie, aussi riche que ses talents, continue de fasciner.
Sarah Bernhardt n’a eu qu’un seul enfant, Maurice Bernhardt (1864-1928), né de sa liaison avec le prince belge Henri de Ligne. Il était l’amour de sa vie et a eu deux filles Simone et Lysiane. La descendance de l’illustre tragédienne se perpétue aujourd’hui à travers sa lignée : Lysiane Bernhardt (1896-1977) a écrit une célèbre biographie intitulée Sarah Bernhardt, ma grand-mère. Emma Gross (arrière-petite-fille de l’actrice, issue de Simone) a épousé en 1931 Pierre Clemenceau, qui n’est autre que le petit-fils de Georges Clemenceau. La descendance actuelle compte plusieurs membres impliqués dans la culture et les arts, à l’image de l’arrière-arrière-arrière-petit-fils de l’actrice, dont Sébastien Azzopardi, qui est le directeur du Théâtre du Palais-Royal à Paris.


Commentaire de l’exposition du Palais Lumière, Pierre-André Hélène a réuni depuis plus de 20 ans, un ensemble d’environ 300 objets ayant appartenus à Sarah Bernhardt ou la représentant. Passionné par la personnalité de cette artiste multi-facettes, il lui a consacré un livre paru en 2024 : Sarah Bernardt. L’influenceuse de la Belle Epoque ou l’imaginaire du mensonge ainsi que des expositions à Paris, Bretagne et dans les musées de beaux-arts des six plus grandes villes du Japon (2018-2020).

Palais Lumière Evian
Quai Charles-Albert Besson 74500 Évian- France
A découvrir jusqu’au 3 janvier 2027.
Ouvert du mercredi au dimanche 10h-18h, mardi 14h-18h (10h-18h pendant les vacances scolaires) et jours fériés en France.
Visite commentée avec le commissaire d’exposition 12 et 26 juillet / 25 octobre / 8 novembre / 6 décembre à 16 h (durée 1 h 30) sur réservation 4 € + entrée.
Conférence – 8 octobre : La vie de Sarah Bernhardt : glamour et aventure au théâtre, par Pierre-André Hélène
Auditorium 19 h gratuit. Riche programmation culturelle du 4 juillet 2026 au 3 janvier 2027.
www.palaislumiere.fr

