
A Paris, le Musée Jacquemart-André consacre une exposition inédite à Georges de La Tour (1593-1652) offrant un regard renouvelé sur l’œuvre rare et lumineuse de l’un des plus grands peintres français du XVIIème siècle. Sublime écrin pour un hommage très attendu à ce peintre lorrain.
A admirer jusqu’au 25 janvier 2026.
Musée Jacquemart-André : un lieu d’histoire
A quelques pas des Champs-Élysées, la demeure des époux Jacquemart-André, édifiée à la fin du XIXème siècle dans le nouveau Paris d’Haussmann présente la plus belle collection privée d’œuvres d’art de Paris.
Dès 1860, Napoléon III a confié au préfet Haussmann la réalisation d’un vaste plan d’urbanisme qui modifie profondément la physionomie de Paris : des quartiers sont détruits et des axes rectilignes sont tracés de la périphérie vers le centre. Au début du XIXème siècle, Dominique André s’établit à Paris et s’associe à François Cottier, qui le seconde dans les affaires de la banque André. Les deux hommes resserrent leurs liens par le mariage de leurs enfants : Ernest André et Louise Mathilde Cottier. Edouard est le seul enfant né de cette union.
1869 : construction de l’hôtel particulier – Sur le boulevard Haussmann nouvellement tracé, Edouard André achète un terrain pour se faire bâtir un hôtel. La construction est confiée à Henri Parent lequel, écarté de la construction du nouvel Opéra au profit de Charles Garnier, va se surpasser dans la conception de cet hôtel. Il réalise, de 1869 à 1876, une vaste et belle construction inspirée des modèles classiques par son plan symétrique et le décor de ses façades. En 1876, lors de l’inauguration de l’hôtel, les invités découvrent la rampe à double révolution de l’escalier et la somptuosité des matériaux qui le composent.




Un couple hors du commun – En 1881, Edouard André épouse Nélie Jacquemart, une artiste réputée pour ses portraits. Ce mariage de raison – lui protestant bonapartiste, elle catholique vivant dans un milieu royaliste – se révèle très réussie. Ils se consacrent entièrement à leur collection d’œuvres d’art. Une série de voyages à travers l’Italie, plusieurs voyages au Proche-Orient sont autant d’occasions de visites dans les salles de vente et chez les antiquaires. Les pièces somptueusement meublées de l’hôtel particulier accueillent objets d’art et tableaux de maître.
Demeure de collectionneurs devenue musée – Edouard André s’éteint en 1894, à l’âge de 60 ans. Sa veuve continue d’enrichir les collections et entreprend un tour du monde, en 1902. Nélie décède le 15 mai 1912. L’hôtel particulier devient alors propriété de l’Institut de France, par un legs fait par sa propriétaire quelques mois plus tôt. Dans son testament, elle affirme son souci d’ouvrir les collections au public, stipulant l’endroit précis de chaque œuvre et le respect des aménagements. Le 8 décembre 1913, le musée est inauguré en grande pompe par Raymond Poincaré, président de la République. Le succès est immédiatement au rendez-vous. L’Institut de France confie à Culturespaces la charge de valoriser et animer le patrimoine du Musée qui réouvre ses portes la même année. La société organise tous les ans deux grandes expositions temporaires.



Le vestibule pavé de marbre, aux murs revêtus de miroirs, donne accès à l’étonnant escalier à double révolution. Les salles, toutes magnifiques,
se visitent : cabinet de travail, salle à manger, boudoir, bibliothèque, fumoir et superbe jardin d’hiver, caractéristique de l’art de recevoir qui se développe sous le règne de Napoléon III. Cette innovation, venue de Grande-Bretagne, consiste à disposer, sous le couvert d’une verrière,
des plantes en pots, le plus souvent exotiques.
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Georges de La Tour, magnifique sculpteur de lumière lorrain
La très attendue et superbe exposition qui met à l’honneur Georges de La Tour, offre l’occasion de redécouvrir toute la richesse et la complexité de l’œuvre de cet artiste fascinant. Rencontre inspirée de 25 œuvres de celui qui a figuré parmi les plus grands maîtres français du XVIIIème siècle.

Né le 14 mars 1593 à Vic-sur-Seille, dans le duché indépendant de Lorraine, Georges de La Tour mena une brillante carrière, travaillant pour
de prestigieux mécènes et collectionneurs, comme les ducs de Lorraine, le cardinal Richelieu. Sa maison et son atelier à Lunéville ayant été détruits en 1638, dans le contexte de la guerre de Trente Ans, Georges de La Tour choisit de se rapprocher de Paris et du pouvoir. Selon l’anecdote, son tableau nocturne représentant Saint Sébastien (aujourd’hui perdu), offert au roi Louis XIII, plut tellement que le souverain fit retirer tous les autres tableaux de sa chambre pour ne conserver que celui-ci. La Tour fut nommé “peintre du roy” en 1639, un honneur qui lui permit d’accéder à une clientèle parisienne.

Redécouverte dans le Sud de la France en 1973, l’œuvre est conservée au Tokyo Fuji Art Museum ©Tokyo Fuji Art Museum Image Archives/DNPartcom

Musée départemental d’art ancien et contemporain, Épinal – Photo FK

de Lorraine-Musée lorrain) – Photo FK
Deuxième d’une fratrie de 7 enfants, Georges de La Tour a grandi au sein d’une famille de boulangers. A 24 ans, il épouse Diane Le Nerf et le jeune couple s’installe à la cour du Château de Lunéville, sous le règne d’Henri II de Lorraine (grand admirateur du Caravage). Le peintre qui connaît
un certain succès devient un des habitants les plus fortunés de la ville. Les commandes affluent : œuvres à sujets religieux, scènes de genre et toiles réalistes que la bourgeoisie et la noblesse de Lorraine apprécient.
Si l’œuvre du peintre milanais Le Caravage influe largement l’œuvre de Georges de La Tour, il semble que ses tableaux soient inspirées des maîtres hollandais rencontrés lors d’un voyage effectué en 1616. Le peintre lorrain a inventé un “ténébrissime” d’un genre nouveau, où la lumière devient le véritable sujet du tableau. L’artiste explore les effets de la lumière sur les formes révélées : le visage, le corps, les vêtements…
La guerre de Trente ans fera fuir Georges de La Tour et sa famille en direction de Paris où il sera logé au palais du Louvre et nommé “peintre ordinaire du roy”. Il rentre à Lunéville dès la reconstruction de sa maison, en 1641.
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Le Nouveau Né, tableau le plus populaire et le plus admiré
Dans une quasi obscurité, les petites salles toutes de foncé revêtues, accueillent un public venu très nombreux. L’ambiance est presqu’au recueillement.
Des estampes de Jacques Callot et de Jacques Bellange, figures majeures de l’art lorrain du XVIIème siècle, qui figurent dans une pièce de l’exposition, témoignent de la vogue d’alors des motifs à l’éclairage à la bougie, à la chandelle invisible ou une flamme dissimulée.

Clou de l’exposition, Le Nouveau-Né ne révèle aucun signe de connotation religieuse. Il ne s’agit pas d’une Nativité mais la douce lumière émanant du nourrisson confère au tableau une aura mystique. Si cette lumière particulière à La Tour donne aux tableaux du peintre une dimension spirituelle, la stylisation des formes se distingue par des accents presque modernes :
pas de trace de pinceaux mais
de lisses aplats.


vers 1632-1635, Huile sur toile,
Nancy, Musée lorrain – Palais des ducs de Lorraine © Palais des ducs de Lorraine – Photo Thomas Clot

National Gallery of Art, Washington National Gallery of Art,
Ailsa Mellon Bruce Fund Courtesy National Gallery of Art, Washington
De la lumière à l’ombre : après sa mort en 1652, Georges de La Tour tomba dans l’oubli pendant près de trois siècles, avant d’être redécouvert par les historiens de l’art au XXème siècle. Des zones d’ombre subsistent : les sources sur sa vie sont rares, aucun voyage en Italie attesté, aucun dessin préparatoire, aucune des choses personnelles appartenant au peintre ne furent retrouvés. Quelque vingt années de sa vie demeurent énigmatiques. De plus, Georges de La Tour ne signait pas souvent ses tableaux et ses œuvres furent attribuées à d’autres peintres, hollandais pour la plupart ainsi qu’à des artistes espagnols ou italiens.
La lumière à nouveau : Georges de La Tour sera redécouvert en 1915 par un historien d’art allemand, Hermann Voss (1884-1969) à partir de deux tableaux du musée de Rennes : L’Apparition de l’ange à saint Joseph et Le Reniement de saint Pierre, signés et daté pour l’un d’eux. Le Nouveau-né, alors attribué à Le Nain, sera reconnu comme étant peint par l’artiste lorrain. Une exposition organisée au musée de l’Orangerie en 1934-35 a permis au public de découvrir le peintre et son œuvre : treize des quinze tableaux attribués à La Tour sont alors réunis. Des écrivains tels René Char, André Malraux, Pascal Quignard l’ont fait revivre…


Georges de La Tour peignait plusieurs versions d’une même scène : il les retravaillait, supprimait ou ajoutait des détails, comme le linge enveloppant le personnage et le chapeau de cardinal pour une version du Saint Jérôme probablement destinée au cardinal Richelieu, en geste de courtoisie.
La Tour représente les apôtres du Christ comme des gens simples et pauvres et les saints comme des gens humbles et droits. Avec les peintures de La Tour, on assiste à des scènes de vie intérieure.
Le peintre supervisait les terres, les activités agricoles, les entrepôts qu’il avait hérités de son père et trouvait ses modèles parmi
les paysans.

Exposition Georges de La Tour, entre ombre et lumière
Jusqu’au 25 janvier 2026
Musée Jacquemart-André, propriété de l’Institut de France
158, Bd Haussmann – 75008 Paris Tél. : 00331 1 45 62 11 59
www.musee-jacquemart-andre.com
Horaires : Ouvert tous les jours de 10h à 18h. Nocturnes les vendredis jusqu’à 22h en période d’exposition. La librairie-boutique est ouverte tous les jours : horaires d’ouverture du musée.
Le Nélie Restaurant – Salon de thé : Ouvert tous les jours de 9 h à 18 h. Le samedi et le dimanche : de 11 h à 19 h. Jusqu’à 22h les vendredis pendant les expositions. Brunch samedi et dimanche, de 11 h à 14 h 30.
