



Le Musée d’art de Pully consacre une exposition au peintre soleurois Cuno Amiet (1868-1961) en explorant son œuvre de paysagiste au prisme de quatre saisons. Une soixantaine de peintures et de nombreuses œuvres sur papier – issues notamment de la collection du musée – retracent la richesse de sa production paysagère. A voir jusqu’au 10 janvier 2027.
Figure majeure de l’art suisse du tournant du XXème siècle, Cuno Amiet se classe, avec Ferdinand Hodler et Giovanni Giacometti, parmi les précurseurs de l’art moderne suisse. Membre du groupe d’artistes allemand Die Brücke, ce peintre, graveur et sculpteur a joué un rôle prépondérant dans la diffusion du post-impressionnisme français en Suisse. Le rythme des saisons constitue pour cet artiste une source d’inspiration intarissable. Dans le hameau bernois de la Oschwand, il observe au jour le jour, dans le jardin qu’il aménage autour de sa maison,
les transformations de la nature.

Est peintre celui qui de prime abord ne regarde pas seulement avec les yeux, mais envisage immédiatement aussi le moyen dont il se servira pour reproduire sa vision.
Cuno Amiet
Diversité des formes et des couleurs de la nature
La plupart des œuvres de Cuno Amiet ont été réalisées à la Oschwand, un hameau du canton de Berne où l’artiste s’était établi et disposait d’un grand atelier. La nature, ses formes et ses couleurs, a été pour lui l’occasion d’expérimentations audacieuses, de capter les variations de lumière et de matière, avec une liberté toujours réinventée.
Formé à Munich, à Paris, Cuno Amiet fait de la couleur le cœur même de l’expérience picturale. A l’été 1892, Cuno Amiet séjourne à Pont-Aven.
Il n’y rencontre pas Gauguin mais se lie d’amitié avec le peintre irlandais Roderic O’Conor. Tous deux partagent une vision de l’avant-garde qui marquera durablement l’évolution stylistique d’Amiet avant son retour en Suisse. Installé dès 1898 à la Oschwand, dans le paysage vallonné de l’Emmental, Amiet trouve dans la nature un motif inépuisable de création : printemps éclatants de floraisons, étés baignés de lumière, automnes embrasés de rouges et d’ocres, hivers aux reflets bleutés ou rosés… Jusqu’à la fin de sa vie, Amiet revient sans cesse à la thématique des arbres en fleurs, émerveillé par une nature qui, chaque année, renaît avec la même force. Peignant souvent les mêmes vues au fil du temps, il en transforme les harmonies chromatiques, les structures formelles et l’intensité émotionnelle. Le jardin occupe une place singulière dans l’œuvre de Cuno Amiet qui en fait l’image d’un lieu idéal, où la nature, les fleurs et les figures humaines vivent en parfaite harmonie.
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Le printemps incarne pour Cuno Amiet la promesse d’un renouveau perpétuel, l’éveil de la nature que l’artiste célèbre tout au long de son œuvre : prairies de pissenlits, magnolias, forsythias, arbres fruitiers en fleurs, vergers qui comptent parmi les motifs les plus chers à l’artiste. Le jaune – couleur de la lumière, de la joie et de l’énergie vitale – occupe de tout temps une place essentielle dans la vision du printemps. Cette vision du printemps, symbole du renouveau de la nature et de l’humanité se prolonge dans Mère et enfant (1901) et dans le Double portrait de Cuno et Anna Amiet (1903). La maternité, l’union du couple et les fleurs y deviennent les métaphores d’une nature féconde et d’une vie en devenir.



Collection privée © SIK-ISEA, Zurich Ô D. Thalmann, Aarau, Switzerland

Zurich Ô D. Thalmann, Aarau, Switzerland

Du printemps éclatant à l’hiver subtil
et silencieux
Au Musée d’art de Pully, chaque salle présente des chefs-d’œuvre absolus, prêtés pour la plupart par des musées ou provenant de collections privées. Cuno Amiet est un artiste qui a la cote, qui compte deux participations à la Biennale de Venise en 1934 et
en 1954, et dont les œuvres – 3000 tableaux répertoriés – sont
de qualité. En 1921, un tragique incendie survenu au Palais
de verre de Munich détruisit une cinquantaine
de ses œuvres majeures réunies en une grande rétrospective.



Après 1904, les figures disparaissent peu à peu de ses paysages d’Amiet , tandis que les arbres en fleurs, la lumière et la couleur portent désormais,
à eux seuls, l’idée du printemps. L’été est pour lui un véritable laboratoire pictural : paysages agricoles et scènes de moisson s’inscrivent encore
dans une esthétique naturaliste. Le peintre joue sur les contrastes de couleurs pour marquer les volumes. En cinq ans, ce coloriste, cloisonniste, pointilliste, passe d’un style naturaliste à une utilisation des techniques picturales les plus modernes de son temps.
À partir de 1905, sa peinture de Cuno Amiet atteint une nouvelle maturité teintée d’une remarquable liberté. Il privilégie des aplats colorés, des formes simplifiées et une organisation renouvelée de l’espace. Les paysages d’été deviennent alors un espace d’exploration de la couleur, de la matière et des sensations qu’elles suscitent. L’éclat des verts, des jaunes et des rouges traduit l’abondance de la nature et l’intensité de la chaleur.
Succession de rythmes colorés et de formes simplifiées
Associé aux récoltes, aux vergers et aux fruits, l’automne est la saison de l’abondance et de la maturité qui symbolise l’accomplissement du cycle de la nature comme celui de la vie humaine. Pour Cuno Amiet, l’hiver est option à exploiter sa palette. Il représente les collines de l’Emmental, les vergers enneigés et, exceptionnellement, les sommets alpins. Car, bien qu’il apprécie les excursions dans les Alpes et le ski et contrairement à ses contemporains suisses, il peint rarement la haute montagne. La neige, loin d’être uniformément blanche, révèle une étonnante richesse chromatique : bleus, violets, jaunes ou verts modulent les ombres et les zones lumineuses. L’artiste cherche à traduire une sensation :
celle d’une nature silencieuse où la lumière révèle, derrière l’apparente monochromie de l’hiver, une palette de couleurs d’une infinie richesse.

Gravure sur bois. Soleure, Kunstmuseum,
legs Frieda Liermann, 1958


Musée d’art de Pully

Œuvres graphiques, dessin, gravure, lithographie
En parallèle de son activité picturale, Cuno Amiet a développé une pratique riche et constante des arts graphiques. L’exposition invite à découvrir deux salles consacrés à ses œuvres sur papier ainsi qu’un ensemble de lithographies et d’aquarelles qui constituent un espace d’expérimentation où l’artiste transpose, simplifie et renouvelle ses motifs favoris. L’aquarelle lui offre la spontanéité nécessaire pour retranscrire les paysages
qu’il observe dans son jardin ou lors de ses voyages. Cette pratique trouve un prolongement dans les vœux de bonne années (Neujahrsblätter). De 1921 à 1960, Amiet réalise chaque année une lithographie – saisons, paysages ou grands moments de sa vie – qu’il fait imprimer à plusieurs centaines d’exemplaires avant de l’adresser à ses proches, collectionneurs et amateurs.
L’exposition Cuno Amiet – Les Quatre Saisons propose d’apporter un nouvel éclairage sur un artiste encore trop peu exposé en Suisse romande. Le Musée d’art de Pully, à la fois ouvert sur son jardin et tourné vers le lac, offre un cadre sensible à ces paysages baignés de lumière.
Exposition Cuno Amiet – Les Quatre Saisons
Jusqu’au 10 janvier 2027
Musée d’art de Pully, Ch. Davel 2, CH-1009 Pully
Ouvert du mardi au vendredi de 14 h à 18 h. Le samedi, le dimanche et les jours fériés de 11 h à 18h.
www.museedartdepully.ch
Tous les premiers samedis du mois, des médiatrices culturelles sont présentes dans l’exposition pour répondre à vos questions.
Profitez de leurs connaissances pour bénéficier d’éclairages particuliers sur les œuvres exposées.



