Le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, en collaboration avec le Musée d’Art Moderne de Paris, présente la première exposition monographique de l’artiste Otobong Nkanga en Suisse. À partir de son histoire personnelle et de recherches, l’artiste crée des réseaux et des constellations entre êtres humains et paysages, tout en abordant la capacité réparatrice des systèmes naturels et relationnels. Elle réunit des installations emblématiques, des séries de photographies, et un grand nombre de dessins, dont certains datent des premières années de création et jamais exposés jusqu’à ce jour. Les quelque 140 oeuvres présentées proviennent de collections publiques, de fondations privées, de collections particulières, ainsi que du studio de l’artiste. A ne pas manquer – jusqu’au 23 août 2026. 

Otobong Nkanga Colour Study
Colour Study, 1992

Otobong Nkanga est une enchanteresse généreuse. Sa magistrale présentation de ses œuvres à la presse a été fort appréciée. Figure majeure de la scène artistique contemporaine, Otobong Nkanga, née
à Kano au Nigeria en 1974 et installée aujourd’hui à Anvers (Belgique), s’est formée à l’université Obafemi- Awolowo d’Ilé-If , au Nigeria,
puis à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et à la Rijksakademie d’Amsterdam. Ses œuvres sont nourries de son histoire, de recherches attentives aux liens entre écologie, mémoire et circulation des ressources. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions, notamment lors des biennales de Venise (2026 et 2019), São Paulo (2025), Lyon (2024), et Charjah (2019).  

Dessins-évènements marquants de ses jeunes années 

L’exposition s’ouvre avec des œuvres sur papier réalisées alors que Nkanga est étudiante au département des Beaux-Arts de l’université Obafemi-
Awolowo d’Ilé-If, au Nigeria. Au cours de sa première année de formation, elle étudie la peinture, et notamment la palette de couleurs dont la gamme chromatique marque toute sa production, et qui se déploiera plus tard dans le chatoiement de ses tapisseries monumentales. 

Otobong Nkanga Blooming Home,
Blooming Home, 2006. Acrylique sur papier. Coll. C. Mallard
Otobong Nkanga Social Consequences V : The Harvest
Social Consequences V : The Harvest, 2022.
Acrylique sur papier. Coll. Wim Waumans
Otobong Nkanga Pointe-Noire Fragments -Black Home,
Pointe-Noire Fragments -Black Home, 2009. Acrylique sur papier. Coll. particulière
Otobong Nkanga Looking out of the window I think of you,
Looking out of the window I think of you, 2006. Acrylique, gouache

« Dès ma plus tendre enfance, je me rappelle avoir dessiné, y compris par terre et pour jouer. […] Le dessin est un espace de libération qui rassemble les pensées, l’imaginaire, les conflits, la colère et toutes sortes d’émotions et de sentiments. Mais c’est aussi un moyen d’extérioriser des esquisses et des plans, parce qu’il n’y a qu’en dessinant que je peux progressivement approcher ce que je cherche à transmettre. » 

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Unearthed : Abyss, Sunlight, Midnight, Twilight

Le plateau du deuxième étage s’ouvre sur quatre immenses tapisseries présentées en enfilade. Médium central dans le travail de l’artiste, la tapisserie s’inscrit chez elle dans un double héritage : celui de l’Afrique de l’Ouest, dans lequel les tapisseries sont des moyens de communiquer un message, et celui de la tapisserie paysagère flamande qui permettait aux riches familles de raconter leur histoire et d’exposer leur vision du monde. 

Otobong Nkanga  Unearthed - Midnight
Unearthed – Midnight, 2021
Otobong Nkanga  Unearthed - Sunlight
Unearthed – Sunlight, 2021
Otobong Nkanga  Unearthed - Abyss
Unearthed – Abyss, 2021
Otobong Nkanga  Unearthed - Twilight
Unearthed – Twilight, 2021 (détail)

Avec les quatre tapisseries Unearthed (2021), conçues à l’origine pour les quatre étages du Kunsthaus Bregenz, Nkanga présente une narration qui part des grands fonds océaniques (Abyss) pour atteindre la lumière d’un paysage ensoleillé (Sunlight), en passant par les eaux moins profondes (Midnight) et le littoral (Twilight). Nkanga relie les récits de l’exploitation minière à la question du changement climatique, associant les mondes visibles comme invisibles, et évoque le commerce triangulaire ainsi que les millions de vies perdues en représentant des parties de corps échouées sur le rivage, transformées en minéraux contenant les substances mêmes qui alimentent nos technologies. D’une tapisserie
à l’autre, on suit une ligne verticale orange qui part de Abyss, monte jusqu’à Midnight,
puis Twilight, traversant une constellation différente de minéraux. De plus en plus de méduses : signe que la température augmente, la couleur évolue vers une tonalité plus chaude et, arrivée à Sunlight, la ligne se fond dans le paysage. Des poches contenant du lierre, des fougères, de la bruyère sont intégrées à cette tapisserie ″ au beau milieu de cette tragédie, d’autres éléments survivent, qui ont eux-mêmes survécu à d’autres catastrophes au fil du temps. ″

Les rocher-tapis, lieux de douceur, espaces de répit

Otobong Nkanga  Carved to Flow,
Installation Carved to Flow, 2017, fabrication et distribution de savons : “Les savons noirs sont plein de contradictions”
Otobong Nkanga  Leaving trails in the distance
Leaving trails in the distance, 2021 
Tapis en laine, cordes en coton nouées à la main, sculptures en bois de hêtre pleureur, sculptures en verre soufflé à la main..
.
Otobong NkangLeaving trails in the distance 2
…sculptures en argile, métal, son, matériaux organiques et huiles diverses 
Dimensions globales définies par l’espace 
Collection de l’artiste 
Otobong Nkanga  In pursuit of Bling
In pursuit of Bling, 2014.
Recherche sur une ancienne mine de cuivre à Tsumeb. Namibie

Au centre du grand plateau se déploie un réseau de tapis disposés au sol, dont l’horizontalité contraste avec la verticalité des tapisseries.
Leurs formes sont inspirées des structures agrandies de roches et de minéraux : le quartz pour le tapis Leaving trails in the distance (2021),
la malachite et l’azurite pour Lined with shivers sprouting from the rock (2021), et la pyrargyrite pour We Come from Fire and Return to Fire (2024). La laine teintée à la main est tuftée pour donner aux surfaces volume et texture, soulignant ainsi leur tridimensionnalité. 
Les tapis sont accompagnés d’éléments sculpturaux : du bois de hêtre avec des formes creusées, des récipients en verre rappelant des gousses,
des boules et des hexagones en céramique reliés par des cordes tissées à la main. Ensemble, ils révèlent un vaste réseau qui reflète l’imbrication des paysages et des continents. Nkanga imagine les rocher-tapis comme des lieux de douceur, des espaces de réparation et de répit, où les sens sont exacerbés. L’installation comprend également des éléments olfactifs fabriqués à partir de matériaux organiques tels que des plantes médicinales et des gouttes d’huiles essentielles.

Otobong Nkanga The Weight of Scars

La tapisserie The Weight of Scars (2015) explore elle aussi les paysages meurtris, la question de la reconstruction et le poids des héritages coloniaux et extractivistes. Les photographies circulaires – quatre panneaux composés de 10 images photographiques aimantées sur la tapisserie – documentent les vestiges de divers sites miniers abandonnés de Namibie : sol fissuré, béton négligé, pipelines et espaces vides clôturés. L’artiste établit un état des lieux des activités industrielles et de leurs conséquences aussi bien géologiques qu’humaines. Textile tissé, viscose, mohair, polyester, coton biologique, lin, acrylique… The Weight of Scars, 2015

Otobong Nkanga Vue d'installation
Vue d’installation – plusieurs dessins
Otobong Nkanga Soft Offerings,
Soft Offerings, 2022. Oeuvre pour la Biennale de Busan (Corée du Sud). Rite d’offrande au paysage
Otobong Nkanga  Contained Measures of Land,
Contained Measures of Land, 2008

L’exposition s’ouvre et se clôt avec Soft Offerings (2022), une œuvre destinée à être activée par un couple de porteurs qui distribue des offrandes,
des fleurs ou des chants afin de rendre hommage à toutes les formes de vie non humaines – pierre, vent, fourmis, oiseaux, eau, plantes –, invitant
à penser l’interconnexion entre les humains et le monde naturel. 

Musée cantonal des Beaux-Arts PLATEFORME 10 
Place de la Gare 16 // 1003 Lausanne Suisse
T + 41 21 318 44 00
www.mcba.ch

Horaires : mardi – dimanche 10h – 18h // Jeudi 10h – 20h // Lundi fermé 
Visites commentées : jeudis 23 avril, 7 mai, 2 juillet et 20 août à 18h30.
Chaque dimanche à 11h (sauf le 23 août) 
Visites par la commissaire de l’exposition : Jeudi 18 juin à 18h30 et dimanche 23 août
à 15h Conférence : jeudi 28 mai à 18h30 – Otobong Nkanga en conversation avec Odile Burluraux (Musée d’Art Moderne, Paris) et Nicole Schweizer (MCBA).
Auditoire MCBA. Gratuit 

 

Otobong Nkanga portrait lausanne
Photos fk

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