Jean-Etienne Liotard (1702-1789), l’un des portraitistes favoris de Marie-Thérèse d’Autriche, réalise en 1762 des portraits de membres
de la famille impériale dont celui de Marie-Antoinette, future reine de France. Onze dessins, considérés comme des chefs-d’œuvre dans ce domaine, sont aujourd’hui conservés au MAH. Pendant des siècles, une confusion a régné entre les visages de Marie-Antoinette et de sa sœur aînée. Une étude historique combinant l’intelligence artificielle et l’analyse de détails (notamment une broche de l’ordre de la Croix étoilée) a permis de rétablir la vérité : la jeune fille tenant une rose à la main est bien la véritable Marie-Antoinette, alors âgée de 7 ans.
L’exposition Liotard & Marie-Antoinette. Visages sous enquête propose de découvrir – jusqu’au 7 février 2027 – dans une présentation intimiste déployée sur trois cabinets, de découvrir de récentes investigations menées sur l’identité exacte de ces visages et sur le parcours de ces œuvres à travers le temps. Cette présentation dévoile le fruit de récentes investigations pluridisciplinaires menées en partenariat avec l’Université d’Oxford, l’Université de Lausanne et l’Institut de recherche Idiap.

Portrait de Maria Elisabeth (1743-1809), archiduchesse d’Autriche, future abbesse à Innsbruck, 1762. © MAH, photo : Flora Bevilacqua

Portrait de Marie Anna, (Marianne) (1738-1789) archiduchesse d’Autriche, future abbesse à Prague, 1762.
© MAH, photo : Flora Bevilacqua

Portrait de Maria Amalia (1746-1804), archiduchesse d’Autriche, future duchesse de Bourbon-Parme, 1762.
© MAH, photo : Flora Bevilacqua

Portrait de Maria Christine (1742-1798), archiduchesse d’Autriche, future épouse du
duc Albert de Saxe, 1762.
© MAH, photo : Flora Bevilacqua
Le parcours montre comment l’examen des documents historiques peut s’associer aux méthodes de la science forensique et aux outils de l’intelligence artificielle pour faire parler l’art du XVIIIe siècle. Une occasion de découvrir les multiples facettes de l’activité du musée et
de poser un nouveau regard sur les visages de l’histoire.

Portrait de Johanna Gabrielle (1750-1762), archiduchesse d’Autriche, écrivant, 1762.
© MAH, photo : Flora Bevilacqua

Portrait de Maria Josepha (1751-1767), archiduchesse d’Autriche, au clavecin, 1762.
© MAH, photo : Flora Bevilacqua

Portrait de Marie-Antoinette (1755-1793), archiduchesse d’Autriche, future reine
de France, 1762. © MAH, photo : Flora Bevilacqua

Portrait de Marie-Caroline (1752-1814), archiduchesse d’Autriche,
future reine de Naples et de Sicile, 1762. © MAH, photo : Flora Bevilacqua
Marie-Antoinette, l’archiduchesse à la rose…
Les apparences peuvent-être trompeuses et la tradition erronée. En voyant le visage supposé de Marie-Antoinette, d’aucuns lui donnaient plus
de sept ans. La preuve de l’erreur vient de la décoration portée par la fillette à la navette : la Croix Étoilée. Marie-Antoinette adulte et parfois figurée
avec cet ordre de chevalerie qu’elle obtient plus de trois ans après la réalisation par Liotard des portraits des enfants Habsbourg-Lorraine. En revanche, sa sœur Marie- Caroline reçoit la Croix Étoilée pendant le séjour de l’artiste à Vienne. Les identités des archiduchesses avaient été interverties.
D’autres éléments, outre son air plus jeune, viennent consolider l’idée que la fille à l’aigrette est Marie-Antoinette : elle porte des boucle d’oreille semblables à celle de la Dauphine sur un portrait ultérieur et tient une rose à la main. C’est l’ornement de prédilection de Marie-Antoinette tout au long de sa vie, en témoigne le pastel de Ducreux, un prêt exceptionnel du château de Versailles, réalisé au moment de ses fiançailles.
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La présente exposition au MAH qui s’appuie
sur des recherches interdisciplinaires récentes permet de voir Marie-Antoinette et Marie-Caroline sous leurs vrais noms, à côté du
dessin du père des enfants, François-Étienne de Lorraine (1708-1765), entré au MAH grâce à la SAMAH et montré ici pour la première fois.

Portrait de François Ier, 1762.
© MAH, photo : Bettina Jacot-Descombes
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Jean-Étienne Liotard est l’un des meilleurs portraitistes du XVIIIème siècle. Né à Genève
en 1702 et mort dans cette ville en 1789,
il séjourne dans l’Empire ottoman et fréquente les plus grandes cours européennes, effectuant notamment trois séjours marquants à Vienne. En 1743, il arrive de Constantinople, avec sa barbe et ses robes.
Surnommé le « peintre turc », Jean-Étienne Liotard fait sensation. Séduits par la vérité de ses portraits, l’empereur François et l’impératrice
Marie-Thérèse lui commandent de nombreuses œuvres, dont cette célèbre série de 1762. Séduits par la vérité de ses portraits, l’empereur
François et l’impératrice Marie-Thérèse lui commandent de nombreuses œuvres, dont cette célèbre série de 1762.
En 1947, la série est acquise par la Fondation Gottfried Keller et la Société auxiliaire du musée de Genève puis déposée au MAH. On découvre
que le dessin représentant Joseph est bien de Schmutzer et que certains des enfants ont été mal identifiés. Considérés par Renée Loche et
Marcel Roethlisberger, dans leur publication de référence sur Liotard (2008), comme « le sommet de l’art du dessin », les portraits des enfants de
Marie-Thérèse par Liotard continuent de susciter émotions et découvertes.

Portrait de Ferdinand (1754-1806), archiduc d’Autriche, futur gouverneur de Lombardie et duc de Modène, en pose militaire, 1762.
© MAH, photo : Flora Bevilacqua

Portrait de Peter Leopold (1747-1792), archiduc d’Autriche, empereur en 1790, dessinant le plan d’une fortification, 1762.
© MAH, photo : Flora Bevilacqua

Portrait de Joseph de Habsbourg-Lorraine (1741-1790), futur Empereur Joseph II, vers 1777.
© MAH, photo : Yves Siza

de Cologne, 1762.
© MAH, photo : Flora Bevilacqua
Estime réciproque entre l’artiste et l’impératrice
Dans sa correspondance, l’artiste rapporte que « l’Imperatrice cherit extremement ces desseins » et les emporte «avec elle dans tous ses voyages ». Retrouvée à Londres au début du XXe siècle, la série est alors attribuée à Schmutzer, un contemporain de Liotard, et compte douze dessins. Acquise par une famille autrichienne, elle retourne à Vienne et est présentée pour la première fois au public, désormais attribuée à Liotard, lors de l’exposition Maria-Theresia (1930).
Une relation unique s’instaure avec Marie-Thérèse, qui devient la plus importante cliente de la carrière de Liotard. L’impératrice accepte même d’être la marraine de la fille de l’artiste. Gravures dédiées, envois de portraits et correspondances nourriront au fil du temps ce lien fondé sur une estime réciproque entre l’artiste genevois et « cette incomparable impératrice ».

© Birgit Schmidt-Messner, septembre 2025
Techniques d’identification, recherches historiques
Pour poursuivre ces investigations, le projet s’est interrogé sur le recours aux technologies d’intelligence artificielle (IA) dédiées à la reconnaissance faciale. A l’instar des outils utilisés pour comparer la photo d’un document d’identité lors du passage d’une frontière ou pour effectuer un vieillissement facial lors d’une recherche de personnes disparues, les algorithmes de l’IA permettent de comparer le visage du sujet à un ensemble d’images le représentant. Pour identifier qui est présent sur différents tableaux historiques, il faudrait disposer d’un corpus de portraits réalisés du vivant de leurs sujets et, en leur présence, utiliser les algorithmes de l’IA pour proposer des rapprochements avec d’autres œuvres. Ces algorithmes ne peuvent pas remplacer les recherches historiques mais offrent des pistes et étayent une proposition d’identification.
Musée d’art et d’histoire Rue Charles-Galland 2 CH–1206 Genève
T +41 (0)22 418 27 04
Ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 18h, le jeudi de 12h à 21h
jusqu’au 7 février 2027
Prix d’entrée libre : Paie ce qu’il te plait !
