Les Chambres des Merveilles Domaine national du Château d’AngersDe passage dans cette région de France où règne la fameuse « douceur angevine », vantée par les poètes, et où l’on parle le français le plus pur, il ne faut pas manquer l’exposition itinérante du Centre des monuments nationaux : « Les chambres des Merveilles », présentée pour la première fois au Domaine national du Château d’Angers. Le visiteur est entraîné à la découverte de créatures fantastiques, d’instruments scientifiques, d’objets rapportés de terres lointaines, de petits décors composés de minéraux et coquillages ou de palais miniatures animés. A découvrir jusqu’au 31 mars 2019.

Angers. Construite au XIIIe siècle, la gigantesque forteresse de dix-sept tours de schiste et de calcaire qui s’étend sur près d’un demi- kilomètre dégage une formidable impression de puissance. Aux XIVe et XVe siècles, les ducs d’Anjou étaient de fabuleux collectionneurs. Louis Ier possédait plus de 3000 objets rares et précieux et des tapisseries, dont la tenture de l’Apocalypse, une création unique au monde. Le roi René avait accumulé une incroyable et extravagante collection de livres, oeuvres d’art, armes, instruments scientifiques ou de musique… venus de contrées éloignées et exotiques. Dans cette filiation s’inscrivent les « chambres des merveilles » ou les cabinets de curiosités, qui, de la fin du Moyen Âge au XIXe siècle, rassemblent planisphères, globes célestes, bijoux, coquillages, pierres précieuses, minéraux, statues, mais aussi dragons, sirènes ou licornes…
Détails Chambres des Merveilles Château d’AngersA la Renaissance, la conquête du Nouveau Monde et la redécouverte de l’Antiquité déversent sur l’Europe une quantité de curiosités exotiques et de trésors anciens qui viennent enrichir les collections des princes. Elles donnent naissance à partir de 1560 aux « chambres d’art et de merveilles » qui contiennent des sculptures, des tableaux, des armures, des armoires et des coffres renfermant horloges, automates, objets d’orfèvrerie ou de joaillerie, coraux, fossiles, plantes ou animaux exotiques. Signe de pouvoir et de prestige des princes, leur contenu n’est dévoilé qu’à des privilégiés. A partir du XVIIe siècle, les cabinets de curiosités, privés et publics, se multiplient dans toute l’Europe. Créés par des amateurs, des savants, des lettrés, ils rassemblent toutes sortes d’objets curieux ou étranges, rares ou précieux. Au cours du XIXe siècle, le principe du cabinet de curiosités disparaît au profit de la création des musées et des muséums.

Les collections des ducs d’Anjou
A 25 ans, Louis Ier d’Anjou (1339-1384) possède une collection de plus de cinquante tapisseries, classées dans son inventaire par dimensions décroissantes de 42 à 3,5 mètres. L’inventaire de l’orfèvrerie et des joyaux comprend plus de 3600 objets d’or et d’argent, garnis de pierreries, de perles, de cristal ou émaillés, tous fondus pour financer les campagnes italiennes du duc d’Anjou. Le roi René (1409-1480) possède plus de 200 livres aux sujets variés : théologie, droit, histoire, philosophie, littérature, sciences. Enluminés, imprimés, les ouvrages sont écrits en hébreu, arabe, allemand, italien, latin ou grec. Un inventaire du château, rédigé en 1471-72, décrit également des meubles et oeuvres d’art, médailles, boussole, échiquier, armes, pièces de harnais, gibecières, étendards, verres de Venise, tapis d’Orient, arbalètes de Catalogne ou d’Aragon…

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La chambre des muses, le cabinet des mondes cachés 
Un décor inspiré des tableaux de Rubens et Brueghel évoque les cabinets de collectionneurs de la Renaissance à travers une mise en scène d’objets précieux. Des marqueteries en trompe l’oeil ornent les murs d’une pièce reproduisant des horloges, des manuscrits précieux, des instruments de musique, des objets de culte. Les peintures allégoriques de Brueghel et Rubens de 1617 restituent l’atmosphère des cabinets de riches collectionneurs. Si les statues antiques y figurent en bonne place, on découvre également des meubles précieux d’où débordent des colliers de pierreries. Des coffres jonchent le sol et dévoilent leurs trésors, coquillages et minéraux, planisphères et tableaux… Deux boites à merveilles offrent un décor de rêve créé à partir de minéraux et de coquillages à l’image des mirabilia que les princes commandaient aux artistes. Un cabinet aux tiroirs déployés présente des planches colorées de créatures sous-marines.

La chambre des lointains
Des coffres en bois révèlent d’étranges statuettes et autres objets lointains rapportés de pays exotiques. Près d’une malle d’où s’échappent des sons provenant de contrées lointaines, des animaux apparaissent dans un décor de forêt. Après la découverte de l’Amérique, une vague d’exotisme déferle sur l’Europe. Les collectionneurs de raretés emplissent leurs cabinets de plantes, animaux, insectes, objets insolites propres à satisfaire leur fascination pour ces lointains. Oiseaux du paradis, becs de toucan, statuettes de divinités inconnues, fétiches en ossements ou plumes…, ces trésors rassemblés sous le terme d’exotica sont mis en scène de manière spectaculaire dans les cabinets et complétés par des catalogues richement illustrés entrainant celui qui les contemple vers une sorte de voyage immobile.

Coffres et autres Chambres des Merveilles Château d’Angers Meuble à secrets Chambres des Merveilles Château d’AngersPapillons, sculptures Chambres des Merveilles Château d’Angers

 

La chambre des songes
Un meuble automate, véritable palais miniature, semble habité d’étranges personnages cachés derrière des miroirs sans tain et autres alcôves communicantes tandis qu’une forêt magique apparait… La chambre des merveilles est aussi lieu de l’enfance et des songes. Nombre de créations pour les princes sont des jouets mécaniques, des boîtes à secrets, des poupées ou automates, des paysages miniatures… Comme un palais en réduction, le cabinet en tant que meuble fait son apparition à la Renaissance. Parfois surmonté d’un assemblage de minéraux et coquillages sertis d’or ou d’argent, il contient des tiroirs cachés, des miroirs dans lesquels se reflètent de petits décors peints et des marqueteries d’une grande finesse. Pièce rare, le « cabinet du Roi » conçu pour Louis XVI, s’avère à la fois commode, boîte à musique et pendule.

Le cabinet des curiosités, du bizarre et de l’étrange
Une momie aztèque trône au milieu d’objets mystérieux : petit sarcophage égyptien, boule de cristal, mandragore, oeufs, autant de curiosités évoquant différentes croyances et superstitions. Certains collectionneurs sont fascinés par tout ce que la nature peut offrir d’aberrant ou de rare et aiment à les transformer en objets précieux. Ainsi des oeufs d’autruche, des noix de coco, des cornes de rhinocéros sont gravés ou sculptés de figures mythologiques ou religieuses. La mort s’invite souvent dans ces cabinets sous la forme de crâne miniature de pierre ou d’ivoire rappelant les peintures de Vanités.

Chambres des Merveilles Château d’Angers corne de licorneChambres des Merveilles Château d’Angers globesLa chambre des monstres et prodiges
Dans un théâtre miniature, une sirène et des créatures aquatiques apparaissent dans un décor sous-marin. Des vitrines présentent des sculptures, objets, fossiles et bocaux de dragons, sirènes et autres chimères. Au fond d’une cuve apparaissent des créatures aquatiques et des images étranges. Dans les collections médiévales religieuses figuraient des objets insolites : la corne de la légendaire licorne, qui était en fait une corne de narval ; les os d’un géant, en réalité ceux d’une girafe ; ou encore un crocodile « bouilli en huile » suspendu aux voûtes des églises. Par la suite, les cabinets de curiosités rassemblent à leur tour un bestiaire fantastique composé de licornes, sirènes momifiées, squelettes de dragons, crocodiles.

Le cabinet des sciences, les collections de l’Université catholique de l’Ouest
Dans les niches d’un cabinet des instruments scientifiques, des globes terrestres, des sphères armillaires s’animent évoquant les observations des savants sur l’infiniment grand et l’infiniment petit. Les instruments scientifiques peuplent à leur tour les cabinets. Les sphères armillaires, les globes terrestres, les instruments d’optiques étonnent et émerveillent. Le globe céleste mécanique cristallise en particulier la volonté de faire du cabinet un microcosme. Celui réalisé pour les Électeurs de Saxe Auguste et Christian Ier comporte une sphère armillaire, une horloge mécanique et un disque indiquant la position de la lune.
L’Université catholique de l’Ouest (UCO), fondée en 1875 par Monseigneur Freppel, évêque d’Angers, abrite dans ses réserves de très riches et rares collections, dont celles de la Faculté des Sciences créée en 1877. Divers objets et ouvrages sont présentés : le fonds des livres anciens de la bibliothèque, les instruments scientifiques, les collections d’entomologie et celles de minéralogie.

Une bibliothèque extraordinaire
La bibliothèque universitaire de l’UCO comporte un fonds patrimonial méconnu mais remarquable. Cette collection comprend des ouvrages du XVe siècle jusqu’au début du XXe siècle, quelques manuscrits anciens, des incunables, l’édition originale de la célèbre Encyclopédie de Diderot et d’Alembert mais aussi bon nombre de curiosités, pièces uniques ou étonnantes. Certaines de ces curiosités sont présentées dans l’exposition : le carnet de voyage de Monseigneur Henri Pasquier dans lequel il a rassemblé des souvenirs originaux rapportés de Syrie, de Palestine et d’Egypte (cartes postales ou de visites, notes manuscrites sur papier d’hôtel, photographies…) ou encore une rare édition en deux volumes des Fables de La Fontaine imprimée à Tokyo en 1894 sur papier japonais et publiée par Flammarion.

Chambres des Merveilles Château d’Angers bibliothèqueChambres des Merveilles Château d’Angers côté sciences

 

De précieux appareils scientifiques
Les collections d’appareils scientifiques de l’UCO (physique, chimie et biologie) se sont constituées à partir des appareils achetés lors de l’ouverture de la Faculté des Sciences. Aux appareils devenus obsolètes s’ajoutent des appareils plus contemporains et des dons faits par des établissements secondaires. Un total de 1600 appareils a été analysé : 830 appareils pour la physique, 670 pour la chimie, 100 pour la biologie. La collection comporte une pièce exceptionnelle, présentée dans l’exposition : le microscope de « Monsieur Charles » fabriqué à la fin du XVIIIe siècle. Complet, il se range, avec ses nombreux accessoires, dans un coffret en acajou. Physicien célèbre, Jacques Alexandre César Charles (1746 -1823), a laissé son nom à une loi sur la variation de pression des gaz. Son épouse, Julie Bouchaud des Herettes (1784-1817), devint l’inspiratrice de Lamartine, désignée sous le pseudonyme d’Elvire dans de nombreux poèmes des Méditations Poétiques.

Chambres des Merveilles Château d’Angers côté animauxDes centaines de tiroirs de collections géologiques
La géologie s’est constituée en une science organisée avec une étonnante rapidité, au début du XIXe siècle. L’ensemble de la collection occupe 1400 tiroirs : 70 sont consacrés à la minéralogie,
360 environ à la pétrologie, le complément à la paléontologie. Elle est complétée par les dons de collectionneurs ou géologues renommés et passionnés qui privilégient la qualité et la rareté des pièces. Ces collections ont été inscrites en 2012 au patrimoine géologique régional.

Animaux naturalisés, herbiers et… vers marins
Les collections animales sont essentiellement composées d’animaux naturalisés, de divers spécimens conservés en éprouvettes (reptiles, animaux marins…) et de collections entomologiques (papillons, insectes…). A noter également, une importante collection de vers marins (Annélides Polychètes) récoltés par des spécialistes de l’UCO, parmi lesquels le célèbre chercheur Pierre Fauvel (1866-1958). Les collections botaniques sont regroupées sous le nom
d’«Herbier Félix Hy» en hommage au premier professeur de botanique de l’UCO. Elles se composent de divers spécimens de plantes, champignons, lichens… et d’une importante collection de characées (algues vertes des eaux continentales douces et saumâtres).

 

Galerie extraordinaire d’un collectionneur angevin
Qu’y a-t-il de commun entre un oeuf de dinosaure fossilisé, un biface de la Préhistoire, une agrafe archaïque chinoise, des bijoux antiques en or, des fibules mérovingiennes, un émail champlevé limousin, un ivoire gothique et une vanité peinte du XVIIe siècle ? Rien, sinon le fil d’Ariane qui les réunit, celui de la sensibilité d’un amateur qui a rassemblé tant d’objets dispersés, au gré de hasards, de voyages et d’échanges. Le visiteur découvre dans la galerie du 2e étage, une partie de la fabuleuse collection de cet angevin : coquillages, masque précolombien, dent d’ours des cavernes, hanap de Nuremberg, coupe Seldjoukide, ouchebti égyptien, paire de fibules mérovingiennes, miroirs en bronze chinois, burette de Venise, ivoire de Goa, médaillon romain avec Méduse, ciboire gothique, sirène en os, cristaux de roche, boîte en nacre, bouche à feu en fonte, cabinet en ivoire et ébène… Un condensé du temps et de l’espace au travers d’objets extraordinaires, dont certains ont été acquis spécialement pour cette exposition.

Affiche Chambres des Merveilles Château d’Angers L’exposition comporte aussi un cabinet de curiosité « à toucher », constitué d’objets spécialement mis à la disposition des visiteurs handicapés visuels, sur rendez-vous avec un médiateur. Il comprend une série de poids de Nuremberg, une peau de tatou, un rostre de poisson scie, un mortier, une clé, un heurtoir, un chandelier, des bifaces et des molaires préhistoriques, un oliphant en ivoire, une statue de Bouddha, des coquillages, une poire à poudre, une longue vue de théâtre rétractable…et des dents de tigre pas tout à fait comme on les imagine… (Visuels : Ariane Yadan/ CMN)

 

Exposition Les Chambres des Merveilles, jusqu’au 31 mars 2019

Logis royal du Domaine national du Château d’Angers / 2 promenade du Bout du Monde / 49100 Angers – France

www.chateau-angers.fr