Château de Saint-FargeauSituée dans l’Yonne (Bourgogne–Franche-Comté), à 45 km d’Auxerre, la charmante commune de Saint-Fargeau, au coeur la Puisaye, mérite le détour. Le magnifique château appartenait à la famille de Jean d’Ormesson, du côté de sa mère. Le jeune Jean y venait tous les étés, jouant dans le vaste parc du château, faisant le tour du lac, parcourant à bicyclette la région, se rendant à Saint-Sauveur, la patrie de Colette…  

Jean d'Ormesson« Les splendeurs de Saint-Fargeau réclamaient de l’argent. Il venait de la terre. Mieux encore : des forêts. Les forêts avaient quelque chose de plus profond que le blé ou les vignes. les briques roses sous le soleil, les ardoises sous la pluie étaient nourries des chênes qui nous appartenaient. La forêt s’étendait usr trois départements : un bon bout ‘Yonne, un bout de Nièvre et un bout de Loiret. Elle entretenait les jardiniers, les cuisiniers, les marmitons, les écuries, les chevaux, les valets de chiens, les fêtes, les chasses à courre. Quand le malheur des temps a rompu l’équilibre, il a bien fallu vendre. Si on vendait la forêt, le château s’écroulait. On a vendu le château. Et la forêt aussi, par-dessus le marché. Dieu nous abandonnait : il nous enlevait nos biens. Mon père était déjà mort. Ma mère allait mourir de la mort du château. Rompre avec les choses réelles, ce n’est rien. Mais rompre avec les souvenirs !… Le coeur se brise à la séparation des songes ».
Ainsi écrivait le charmant, charmeur et si regretté homme de lettres, immortel écrivain, romancier, chroniqueur, académicien, dans son livre Le Rapport Gabriel. « C’est ici que j’ai commencé à lire : Bibi Fricotin, Arsène Lupin, Mauriac, Hegel, Sartre. Il y a une partie de moi-même qui est et restera toujours attachée à cet endroit », racontera l’écrivain, lequel se plaisait à dire qu’il avait eu beaucoup de chance et “traversé le monde en première classe”… 
« Notre second grand terrain de jeu était la forêt. A partir d’octobre, il y avait les chasses à courre. Je me rappelle de cérémonies très belles, même si elles étaient un peu rudes. Au flambeau, on ramenait les cerfs. Toute la famille aimait beaucoup la chasse. Moi, je préférais la forêt » (Le Rapport Gabriel).

Château de Saint-Fargeau les tableaux de chasse Château de Saint-Fargeau armures et trophées Château de Saint-Fargeau salle des trophéesClassé Monument Historique, le château de Saint Fargeau est le “personnage” central du roman de Jean d’Ormesson Au plaisir de Dieu, publié aux éditions Gallimard en 1974. En 1976, le roman est adapté pour une série télévisée en six épisodes. Il est tourné au château de Saint-Fargeau. Au plaisir de Dieu est également la devise de la famille de l’auteur.

En 1979, le château est acquis par Michel et Jacques Guyot, dans le but de le restaurer et de le faire connaître en l’ouvrant à la visite. Certaines chambres de la partie privée du château, qui ont conservé leur décor ancien, sont proposées à la location.

Un riche patrimoine culturel
Le château forme un pentagone flanqué de six imposantes tours de briques roses dont cinq sont surmontées de lanternons rappelant celles de Chambord. Rendez-vous de chasse fortifié construit en 980, son histoire s’étend sur 10 siècles…
En 1652, Anne-Marie Louise d’Orléans – duchesse de Montpensier et de Saint Fargeau, née au Louvre le 29 mai 1629, et appelée la Grande Mademoiselle –, cousine germaine de Louis XIV, condamnée à cinq ans d’exil à la suite des évènements de la Fronde s’installe à Saint-Fargeau, un des châteaux dont elle a hérité.
Tout au l,ong de son séjour, elle entreprend des travaux considérables, faisant intervenir François Le Vau sur les façades de la cour intérieure et fait dessiner les plans d’un Jardin à la Française.
Château de Saint-Fargeau salle à manger Château de Saint-Fargeau Chasse à courreChâteau de Saint-Fargeau entrée Elle y fait aménager de somptueux appartements et construire un théâtre. Elle épousera secrètement le duc de Lauzun à qui elle cède le duché de Saint-Fargeau. Elle meurt en 1695 à l’âge de 66 ans.
Lauzun vendit terres et château de Saint-Fargeau au grand financier Antoine de Crozat. La famille Lepeletier acquiert le château en 1713. Louis Michel Lepeletier, conventionnel célèbre, vota la mort de Louis XVI et mourut assassiné par un garde du roi.
En 1752, un grave incendie a ravagé les trois quarts du château ainsi qu’une partie de la ville. La partie XVème, est atteinte la première, puis les flammes envahissent les combles, les toitures et les aménagements intérieurs XVIIème. Les murs restent debout et l’aspect extérieur du château ne changera pas. Mais il ne reste plus rien des luxueux appartements de la Grande Mademoiselle. Une des tours, dite du Moulin, pleine à l’origine, fut reconstruite creuse. Dans la salle à manger, on devine l’épaisseur des murs : plus de 3 mètres.

Promenade dans les combles
750’000 ardoises et des clous en cuivre ont été indispensables pour refaire la toiture.
L’itinéraire libre dans les combles s’avère un incroyable parcours. On y imagine le jeune Jean  jouant à cache-cache, au fantôme ou aux mousquetaires avec son frère (Henry Olivier Jacques François de Paule Lefèvre d’Ormesson, marquis d’ Ormesson, futur haut fonctionnaire français), et leurs camarades, à travers ce labyrinthe de bois… Ce bois utilisé pour la charpente représente l’équivalent de 60 hectares de la forêt de Tronçais, l’un des plus beaux massifs forestiers de France !

On découvre également des chambres sous les toits, destinées au repassage, réservées aux domestiques, et même un musée de jouets…

Château de Saint-Fargeau les combles Château de Saint-Fargeau charpente dans les combles

Château de Saint-Fargeau chambre de bonne dans les combles Château de Saint-Fargeau salle de repassage dans les combles 
« La cuisine, gigantesque, souvenir lointain des splendeurs de la Grande Mademoiselle, était installée au rez-de-chaussée et, même avec un monte-charge qui datait de Mac-Mahon, à la rigueur de Gambetta ou de Clemenceau, et fonctionnait avec des ficelles, les plats mettaient une bonne dizaine de minutes à parvenir, déjà froids (…) » (Le Rapport Gabriel). Château de Saint-Fargeau la cuisine Château de Saint-Fargeau cheminée et armures Château de Saint-Fargeau bibliothèque Château de Saint-Fargeau salon

Spectacle historique, au plaisir des yeux …
Le château de Saint-Fargeau est ouvert à la visite, pour les parties restaurées tout au moins. Le vaste et magnifique parc héberge également le spectacle historique de Saint-Fargeau, un son et lumière organisé par l’association « Les Amis du château de Saint-Fargeau ». Pendant plus d’une heure et demie, 1’000 ans d’histoire défilent sur un rythme époustouflant, sollicitant la mobilisation généreuse de plus de 600 acteurs bénévoles, d’une centaine de cavaliers venus de quatre départements, 60 cavaliers, et présentant des milliers de costumes de toutes époques et de tous genres…

… Et en sortant, ne pas manquer de goûter les fameux « Coups de soleil », à la Pâtisserie Fléchais, située en face du château : une couronne de pâte à choux sur fond de pâte brisée, un cœur de cerise (ou de myrtilles, selon la saison) et une crème légère caramélisée… Un régal !

(Texte – Photos : Françoyse Krier)

Le Château, 89170 Saint-Fargeau, France           www.chateau-de-st-fargeau.com

Château de Saint-Fargeau la COur d'honneur

Saint-Fargeau vue et maisons à colombages Saint-Fargeau le lavoirSaint-Fargeauchapelle du château et deviseJean d'Ormesson, livre dédicacé