Heidi, a girl of the Alps – Décors Masahiro Ioka, 1974

Le Mudac accueille une exposition présentant l’œuvre d’Isao Takahata, co-fondateur du studio japonais Ghibli. A travers une muséographie magnifiquement mise en scène, cette rétrospective du travail du grand maître de l’animation mondiale, retrace le parcours passionnant de ce cinéaste, de la série “Heidi” (1974) aux films d’animation “Le tombeau des lucioles” (1988) et “Le conte de la princesse Kaguya” (2013), en près de soixante ans de carrière.

Après plus d’une année et demie de discussions, de tractations, de voyages, de diplomatie, l’ensemble du matériel de l’exposition a été acheminé avec beaucoup de précautions depuis le Japon, explique Marco Costantini, directeur du mudac. Les oeuvres d’Isao Takahata étant considérées comme des pièces d’art exceptionnelles, seule l’équipe japonaise a pu les manipuler et les accrocher.

C’est avec Hayao Miyazaki, réalisateur, producteur, scénariste, écrivain japonais et Toshio Suzuki, producteur, qu’Isao Takahata fonde le studio Ghibli à Tokyo en 1985. Au fil de l’exposition, le public est invité au coeur de son oeuvre et dans le processus de création même d’un dessin animé : esquisses, dessins originaux, schémas expliquant la psychologie des personnages, story-boards, celluloïds, mises en couleurs, extraits de films, bandes-annonces… A découvrir jusqu’au 27 septembre 2026.

L’exposition retrace la découverte d’Isao Takahata du réalisme poétique de Prévert, source de son engagement esthétique comme politique, présente ses recherches approfondies sur La Bergère et le Ramoneur (Grimault, 1953), à travers divers documents originaux, puis le défi d’adapter en animation des récits classiques occidentaux (Heidi, Marco, Anne des Pignons-Verts), alliant rigueur

Paysages d’après des villages suisses et croquis pour le visage de Heidi

ethnographique et ambition documentaire. 
L’exposition met en lumière les liens privilégiés qu’Isao Takahata avait tissés avec l’Occident, en particulier francophone, tout au long de sa vie. Pour le dessin animé “Heidi”, lui et son équipe avaient effectué plusieurs voyages aux Grisons pour documenter
au plus près les paysages et
la vie locale.

Takahata ouvre de nouveaux horizons avec plusieurs séries télévisées devenues des classiques : d’abord Heidi (1974), puis Marco (1976) et Anne… la maison aux pignons verts (1979). Malgré les contraintes de planning imposant de finaliser un épisode chaque semaine, l’équipe a déployé des trésors d’ingéniosité sur le plan formel afin de décrire avec minutie tous les aspects de la vie quotidienne – usages vestimentaires, alimentaires, résidentiels, mais aussi liens avec la nature – et ainsi créer un récit dramatique vibrant d’humanité à travers plus de 50 épisodes par série sur un an de diffusion. 

Dessin pour Hols, prince du Soleil
Dessin pour Pompoko, 1994

Tout au long du parcours, le public découvre une filmographie exigeante et novatrice, à la fois réaliste et poétique. Le cinéaste se préoccupait de la psychologie des personnages, leurs nuances, leurs contradictions, leurs névroses. Il aimait sonder la personnalité humaine au-delà des archétypes et du manichéisme à la Disney. Autre exigence : la cohérence du récit et des décors pour donner un effet vrai et puissant du réel.

Le Roi et l’Oiseau, Paul Grimault, 2006
Panda Petit Panda, 1972
Hols, prince du Soleil, 1968
Le Tombeau des lucioles, 1988

Horus Prince du Soleil, réalisé en 1968 montre les prémices du film d’animation à message qu’imagineront désormais Takahata et Miyazaki. En effet, le long-métrage distille des métaphores très fortes de la condition du peuple Aïnou au Japon, ainsi que de la position de la population japonaise en regard des actions américaines pendant la guerre du Viêtnam.

La Grande aventure de Hols, prince du soleil. Little Norse Prince Vaillant
Illustration de Hilda. Yasuji Mori

À partir des films Kié la petite peste (1981) et Gauche le violoncelliste (1982), Takahata se concentre sur des récits situés au Japon, pour saisir dans leur réalité le milieu naturel et le quotidien des petites gens de ce pays. Au sein du Studio Ghibli, cette démarche aboutit à un ensemble de films portant un regard sur l’histoire contemporaine du Japon : Le Tombeau des lucioles (1988), Souvenirs goutte à goutte (1991) et Pompoko (1994). 

Takahata était un inlassable explorateur des formes animées. Dans les années 1990, il s’est plongé dans l’étude des anciens rouleaux peints (emakimono), remettant en lumière la tradition de toute une culture visuelle japonaise, et n’a cessé de chercher un nouveau style d’animation où personnages et décors seraient intégrés en une seule entité. Mes Voisins les Yamada (1999) et Le Conte de la princesse Kaguya (2013) constituent l’aboutissement de ses recherches. 

Anne… La maison aux pignons verts, série d’images illustrant le trajet suivi par la carriole entre la gare et les Pignons-Verts. Isao Takahata, 1979.

Contes et histoires chers à l’enfance : avec ses histoires pleines de vie, poétiques et oniriques, ainsi que des regards croisés sur la culture japonaise et occidentale, l’oeuvre d’Isao Takahata continue d’enchanter les petits comme les grands.

La Tortue rouge, deux roussettes, Michael Dudock de Wit, 2016, crayon de graphite et au fusain sur papier
La Grande aventure de Hols, prince du Soleil, story-board
Le chat, visiteur de Gauche, le violoncelliste
Trophée du Léopard d’or remis à Takahata à Locarno en 2009
“Isao Takahata. Pionnier du dessin animé contemporain, de l’après-guerre au studio Ghibli”
mudac, Lausanne, jusqu’au 27 septembre 2026.
Place de la Gare 17
CH – 1003 Lausanne 
+ 41 21 318 44 00 
mudac.ch 

Le petit-fils de Takahata et sa traductrice

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