Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) fut l’auteur de chevet et le mentor du grand collectionneur zurichois Martin Bodmer (1899-1971). Celui-ci réussit à rassembler le plus important fonds d’archives et de documents Goethe existant hors d’Allemagne. Cette collection, d’une richesse incomparable, conservée jusqu’à ce jour dans la discrétion à la Fondation Martin Bodmer de Cologny, fait pour la première fois l’objet de la grande exposition publique attendue depuis longtemps. A découvrir jusqu’au 23 avril 2017.

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Johann Wolfgang von Goethe : Paysage, dessin à l’encre brune et aquarelle sur papier beige, vers 1788, avec inscription au verso « Handzeichnung meines Grossvater Johann Wolfgang von Goethe. Dresden 18ter September 1836. Wolfgang Maximilian von Goethe.» Fondation Martin Bodmer. Durant ses deux voyages en Italie, entre septembre 1786 et juin 1788 (assisté par le peintre Tischbein), et puis encore durant le printemps 1790, Goethe cherche à concilier ses recherches d’une loi universelle avec la réalité tangible et empirique du paysage italien. L’Italie, source d’inspiration pour son Faust (il avait emporté avec lui le manuscrit durant son premier voyage) devient le lieu de représentation du beau.

L’exposition Goethe et la France se répartit par thèmes. Sont notamment traités la querelle sur l’architecture, Voltaire et les deux Mahomet de Goethe, le Goethe rousseauiste des Souffrances du jeune Werther, le lien entre le marginal imaginatif genevois et le Tasso que Mme de Staël fut la première à reconnaître. De riches vitrines documentent la relation extraordinairement précoce entre Goethe et l’oeuvre de Diderot, qui permit à Weimar de connaître les ouvrages majeurs de l’Encyclopédiste de Langres longtemps avant la France.

Le rapport de Goethe à la Révolution française est une section exceptionnellement bien dotée. À travers différentes fictions très variées, Goethe exprime sa réprobation et son trouble, de Hermann à Dorothée à La Fille naturelle (mais aussi par d’autres productions étonnantes qui sont moins connues).

De nombreux documents visuels agrémentent la visite, telles des aquarelles réalisées par Goethe lui-même, des gravures figurant dans les éditions rares, des ouvrages de l’art des jardins et de la botanique, des dessins de Claude Gellée dit Le Lorrain ou de Delacroix, un portrait peint de Goethe par Kolbe ou même la tête monumentale de Goethe du sculpteur David d’Angers, montrée en Suisse pour la première fois.

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Heinrich Christoph Kolbe (1771-1836) Portrait de Goethe, huile sur toile, vers 1826- Fondation Martin Bodmer. Ce portrait de Goethe, propriété de Martin Bodmer, fut réalisé vers 1826. Il s’inscrit parfaitement dans la tradition allemande de l’art du portrait.
Pierre-Jean David (1788-1856), dit David d’Angers Portrait de Goethe, [vers 1829-1831], plâtre, moulage patiné – Château-Musée de Saumur, en dépôt au Musée d’Orsay, Paris Photo © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Gérard Blot Christian Jean. Dans le courant de l’été 1829, lors d’un séjour à Weimar, David d’Angers parvint à rencontrer Goethe et à le convaincre de poser pour lui. Le sculpteur nourrissait une véritable fascination pour les êtres de génie et se faisait gloire d’immortaliser, par ses bustes, la «lumière du cerveau de l’homme», pour en faire un «flambeau éternel qui éclaire les âges». Achevé en 1831, le buste original en marbre fut offert au modèle, qui l’apprécia beaucoup : il est exposé à la Anna Amalia Bibliothek de Weimar. Des copies originales d’atelier, en marbre ou en plâtre, sont toutes également de grande valeur expressive.

 

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Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) et Albert Stapfer (1802-1890) (trad.), Faust, tragédie de Mr. De Goethe, traduite en français par M. Albert Stapfer, ornée d’un portrait de l’auteur et de dix-sept dessins composés d’après les principales scènes de l’ouvrage et exécutées sur pierre par M. Eugene Delacroix, Paris, Motte et Sautelet, 1828 Fondation Martin Bodmer / Johann Wolfgang von Goethe Farbenlehre, 1810, édition originale avec 16 planches aquarellées, Planche I -Fondation Martin Bodmer. Passionné par la théorie des couleurs dès sa jeunesse et jusqu’à la fin de sa vie, Goethe révèle ici la véritable nature des couleurs physiologiques – autrement dit celles qui naissent en nous lorsque nous percevons une surface colorée et que les couleurs complémentaires jaillissent, par contraste, à la rétine.

D’autres documents de grande rareté sont montrés telles que la Croix de la Légion d’honneur donnée à Goethe par Napoléon, ou des manuscrits autographes du Tasse, de Rousseau, de Diderot, de Napoléon, des manuscrits autographes de lettres de Goethe que l’on croyait perdues, des poèmes majeurs de Goethe et du Faust de la collection de Martin Bodmer ou prêtés par Weimar, ou encore des imprimés qui n’ont pas survécu ailleurs.

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Voltaire (François-Marie Arouet, dit) (1694-1778), Tancrède, Tragédie, en Vers Croisés, Paris, Prault, 1761. Avec un portrait de Voltaire par Delatour et deux planches gravées par Tardieu, édition originale, exemplaire sur grand papier, reliure de Belz-Niédrée. Représentée pour la première fois au Théâtre à Paris en 1760, cette pièce inspirée de La Jérusalem délivrée du Tasse connut d’emblée le succès. Les aventures et amours du chevalier Tancrède sous le soleil de Syracuse donnèrent l’occasion de représenter pour la première fois au théâtre les combats de la chevalerie médiévale. Goethe traduisit la pièce en allemand en 1802 : lui-même était un adepte enthousiaste de la réhabilitation du Moyen-âge.

 

Commisssaire : Prof. Jacques Berchtold, Directeur, Fondation Martin Bodmer
Né à Genève, Jacques Berchtold est un professeur et écrivain suisse. Il dirige la Fondation Martin Bodmer (Cologny, Genève) depuis février 2014. Ancien élève du collège Calvin et de l’Université de Genève, il enseigna (1984-2000) la littérature française de la Renaissance au XIXe siècle dans les Universités de Berne, Genève, Yale et Johns Hopkins avant de devenir pensionnaire de l’Institut suisse de Rome. Professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris III (2001-2008), il obtient une chaire dans la même discipline à l’Université de Paris-Sorbonne (2008-2014). Il fut notamment professeur invité à Harvard en 2011, et accéda à la Classe exceptionnelle des Professeurs des Universités en 2012. Prof. Jacques Berchtold fut président de la Société Française d’Étude du XVIIIe siècle de 2008 à janvier 2015 et corédacteur responsable des revues Dix-huitième siècle (2004-2008) et Annales de la Société J.-J. Rousseau (1996-2013). Aux Éditions Classiques Garnier, il est codirecteur de la collection L’Europe des Lumières et codirige la nouvelle édition (en cours) des OEuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau. Depuis 2004, Jacques Berchtold fait partie du Comité de la Fondation Pittard de l’Andelyn qui décerne chaque année un Prix littéraire à Genève. Il a consacré de nombreuses études portant sur divers auteurs, et principalement sur l’oeuvre de Jean-Jacques Rousseau.

Entre 1994 et 2016, il a rédigé ou participé à la rédaction de plus de 60 ouvrages et catalogues et a reçu de nombreux prix et distinctions et a collaboré à des films documentaires sur Jean-Jacques Rousseau en Suisse et en France.

 

Exposition Goethe et la France
Fondation Martin Bodmer  Cologny (GE) jusqu’au 23 avril 2017
http://fondationbodmer.ch

Affiche de l’exposition : Graphisme: Alain Julliard, Genève