Babel : chance ou malédiction? La diversité des langues a longtemps été envisagée comme une malédiction lancée par Dieu pour punir la vanité des hommes, et non comme une richesse. De ce brouhaha babélique ne pouvait naître que l’incompréhension, le rejet et la haine. La seule passerelle apte à réunir peuples et civilisations séparés par leur idiome a donc pour nom traduction. L’exposition Les Routes de la Traduction / Babel à Genève regroupe une centaine d’objets issus des collections de la Bodmeriana, mais également d’institutions prêteuses prestigieuses. A voir jusqu’au 25 mars 2018.

Cette exposition exceptionnelle aborde plusieurs thèmes : le retour aux origines de la traduction envisagée principalement à travers les berceaux de l’écriture ; la circulation des langues, ou comment l’Occident retrouva l’héritage culturel grec sauvé par les traducteurs arabes; la manière dont certaines oeuvres littéraires ont été «ingérées» par d’autres cultures ; la traduction des grandes religions et spiritualités ; mais aussi l’acte créateur d’un Dante ou d’un Shakespeare dans l’émergence des langues modernes.

Entre respect des textes et «belles infidèles», la question n’est toujours pas réglée, surtout en une époque où le traducteur humain est désormais concurrencé par la machine…

Une part importante de l’exposition est consacrée au « cas » suisse, pays situé au carrefour de l’Europe géographique, qui a fait du plurilinguisme une part essentielle de son identité. Certains trésors nationaux sont à découvrir, tels que la Bible de Zurich, la chanson de l’Escalade (Cé qu’è lainô) en arpitan, le Ranz des vaches en dialecte fribourgeois, Boccace en dialecte de Bellinzona ou Tintin en romanche.

Exposition étonnante, invitation au voyage…
Par son intitulé de Routes de la traduction / Babel à Genève, l’exposition est une invitation au voyage et à la rencontre de nombreuses civilisations et d’êtres humains, sur des points de contact et d’échange : les livres.

Les routes de la traduction sont aussi les routes du pouvoir – grec, latin, arabe, vernaculaires. C’est de politique qu’il s’agit avec la pratique des traducteurs, un savoir-faire avec les différences qui accueille la langue de l’autre et se transforme en retour. La Suisse, Genève sont des Babel qui parlent quotidiennement plus d’une langue – à moins que ne triomphe une seule, plus pauvre, l’anglais mondialisé…

Cette exposition étonnante rend sensible la différence des langues comme autant de points de vue sur le monde. Elle en joue, avec Goethe et Diderot ou avec Tintin et Heidi, elle met en scène la diversité, celle des idiotismes ou celle des langues des signes.

La Fondation Bodmer – l’une des plus riches bibliothèques privées contemporaines – présente des pièces rares permettant de suivre les trajets en langues d’oeuvres essentielles, tels que des manuscrits précoces ou des éditions originales de la Commedia de Dante, de la Bible de Luther, de l’Iliade d’Homère ou des oeuvres de Shakespeare. Des ouvrages exceptionnels rassemblant une grande variété de langues vivantes ou mortes, des plus connues aux plus rares : cherokee (USA), nahuatl (Mexique), bugi (Indonésie), susu (Guinée), sanskrit (Inde), tibétain… Et aussi :

  • La présence de la littérature jeunesse traduite dans une myriade de langues et appartenant de plein droit à la Weltliteratur, avec les exemples iconiques de Heidi (1880) et Tintin (1929).
  • Des portraits de grands traducteurs de la Bible : Saint Jérôme par George de La Tour (prêté par le Musée lorrain de Nancy), Martin Luther par Cranach, ainsi qu’une magnifique Tour de Babel par Grimmer.
  • Un dispositif interactif, pédagogique et ludique pour visualiser les Routes de la Traduction, à la manière du P.I.L.I. (Plan Indicateur Lumineux d’Itinéraire) du métro parisien.
  • Une exploration sonore de la diversité des langues dans l’espace genevois, proposée par ledépartement cinéma de la HEAD.
  • Un livre-catalogue richement illustré, publié aux Editions Gallimard.

Autour de l’exposition : à suivre également un cycle de conférences.
En collaboration avec la Faculté de traduction et d’interprétation de l’Université de Genève

Audioguides
Les audioguides de l’exposition sont disponibles (en français, anglais et polyglotte) à l’accueil du Musée et sur izi.travel/fr

Mardi 12 décembre 2017 dès 18 h : soirée spéciale Escalade – Cé qu’è laino

Nocturnes culturelles :
ouverture gratuite tous les premiers mercredis du mois de 18 à 21 h, et visites guidées offertes à 19 h.

Le musée est ouvert du mardi au dimanche, de 14 à 18 h. Fermé le lundi et les jours fériés

Affiche de l’exposition – Graphisme : Alain Julliard, Genève

Informations pratiques et renseignements : 
Fondation Martin Bodmer / Route Martin-Bodmer 19 / 1223 Cologny (Genève), Suisse
Tél. +41 (0)22 707 44 33          fondationbodmer.ch

 

VISUELS : Dante Alighieri, La Commedia, Foligno, Johann Neumeister et Evangelista Angelini, 1472, édition princeps. Première édition. Cologny, Fondation Martin Bodmer, Inc. B 82 / Denis Diderot, Le Neveu de Rameau, dialogue. Ouvrage posthume et inédit par Diderot, Paris, Delaunay, 1821, première édition française. Fondation Martin Bodmer / Das Newe Testament, traduction allemande par Martin Luther Wittemberg. Hoirie Bodmer, en dépôt à la Fondation Martin Bodmer / «Air suisse appelé le Rans des Vaches», Partition gravée. Dans Jean-Jacques Rousseau, Dictionnaire de la musique, Londres, 1764, « édition revüe et corrigée», pl. N – Cologny, Fondation Martin Bodmer / Johanna Spyri, Heidi, traduction japonaise par Yaeko Nogami, Tokyo, Seika Shoin, 1920, première édition japonaise. Fondation Martin Bodmer / Atelier de Georges de La Tour, Saint Jérôme lisant, Huile sur toile, premier quart du XVIIe siècle. Dépôt du musée du Louvre, © Palais des ducs de Lorraine – Musée lorrain, Nancy (photo. P. Mignot) / La Tour de Babel, Abel Grimmer, 1604, Grande-Bretagne, collection particulière. © Galerie De Jonckheere, Genève – Monaco / Fragment du Coran, sourate IV, An-Nisâ’, Orient ou Maghreb, IXe siècle, Manuscrit arabe sur parchemin, en écriture coufique. Fondation Martin Bodmer / Nabuchodonosor II, Discours de fondation, Babylonien tardif, vers 605-562 av. J.-C. Cylindre d’argile avec inscription cunéiforme évoquant la grande Ziggourat de Babylone (Tour de Babel) Fondation Martin Bodmer, Inv. 48 / Entrée de la Fondation Martin Bodmer. © Naomi Wenger /