Avec l’exposition Balthus, à admirer jusqu’au 1er janvier 2019, la Fondation Beyeler présente l’un des derniers grands maîtres de l’art du 20ème siècle, également l’un des artistes les plus singuliers et les plus controversés de l’art moderne. Balthus s’affirme comme l’artiste de la contradiction et du trouble, dont les oeuvres à la fois sereines et fébriles font se rencontrer des contraires qui mêlent de manière unique la réalité et le rêve, l’érotisme et la candeur, l’objectivité et le mystère, le familier et l’étrange. 

BALTHUS, 1948 Photo: Irving PennCette présentation d’envergure prend pour point de départ l’œuvre majeure Passage du Commerce-Saint-André (1952–1954), qui se trouve à la Fondation Beyeler depuis de nombreuses années en tant que prêt permanent d’une importante collection privée suisse. Dans son travail aux facettes et aux lectures multiples, vénéré par certains et rejeté par d’autres, Balthus – de son vrai nom Balthasar Klossowski de Rola (1908–2001) –, trace une voie artistique alternative, voire opposée aux courants des avant-gardes modernes et des représentations que l’on peut s’en faire. (Visuel : Balthus, 1948 – Photo: Irving Penn © The Irving Penn Foundation)

Dans cette voie solitaire, le peintre excentrique se réfère à un large éventail de prédécesseurs et de traditions artistiques allant de Piero della Francesca à Poussin, Füssli, Courbet et Cézanne, avec également les impulsions de certains courants artistiques modernes, notamment la Nouvelle Objectivité ou le Surréalisme. Dans ce jeu de contrastes, Balthus combine des motifs de la tradition artistique à des éléments empruntés aux illustrations populaires de livres pour enfants du 19ème siècle. Ses tableaux sont empreints d’ironie, réfléchissant et s’interrogeant sur les possibilités et les impossibilités figuratives et esthétiques de l’art du 20ème siècle et au-delà.

Les paradoxes s’étendent aussi à la personne de Balthus, qui dans un geste de modestie tenait à être considéré comme un « artisan » tout en adoptant la posture et le statut de l’aristocrate intellectuel cultivant des liens étroits avec de grands philosophes, écrivains, gens de théâtre et cinéastes de son temps. Sa longue vie, qui a coïncidé avec la quasi-totalité du 20ème siècle, a oscillé constamment entre ascèse et mondanité. L’artiste entretenait des liens étroits avec la Suisse : enfance à Berne, Genève et Beatenberg, mariage avec la Bernoise Antoinette de Watteville avec laquelle il vivra en Suisse romande et alémanique. Les dernières décennies de sa vie ont eu pour cadre l’imposant Grand Chalet à Rossinière. Depuis les années 1930, une profonde amitié le liait par ailleurs à Alberto Giacometti, artiste pour lequel Balthus avait la plus haute estime.

BALTHUS, PASSAGE DU COMMERCE-SAINT-ANDRÉ, 1952–1954BALTHUS, LA RUE, 1933BALTHUS, PASSAGE DU COMMERCE-SAINT-ANDRÉ, 1952–1954 / Huile sur toile, 294 x 330 cm / Collection privée © Balthus / Photo : Mark Niedermann
BALTHUS, LA RUE, 1933 / Huile sur toile, 195 x 240 cm / The Museum of Modern Art, New York, Légué par James Thrall Soby © Balthus / Photo: © 2018. Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence

L’exposition rétrospective de la Fondation Beyeler est la première qu’un musée suisse consacre à Balthus depuis dix ans. C’est aussi la première présentation d’envergure de son travail en Suisse alémanique. L’exposition réunit 40 tableaux clé de toutes les phases de sa carrière, des années 1920 aux années 1990. À travers cette sélection, c’est pour ainsi dire la quintessence de l’oeuvre de Balthus que découvrira le visiteur, fruit d’une carrière très longue qui n’aura pourtant produit que quelque 350 travaux. Parmi les temps forts de l’exposition figurent entre autres des toiles telles La Rue (1933), scène de rue parisienne avec des figures mystérieuses paraissant comme figées dans leurs poses sur une scène de théâtre. La Jupe blanche (1937) est probablement le plus beau portrait réalisé par Balthus de sa première épouse Antoinette de Watteville. Le Roi des chats (1935) est un rare autoportrait dans lequel Balthus, alors âgé de 27 ans, se figure avec un maintien assuré sous les traits d’un dandy élégant accompagné d’un chat. Les chats jouent un rôle important dans la vie et dans l’oeuvre de Balthus: ils apparaissent régulièrement dans ses tableaux, souvent en tant qu’alter ego de l’artiste. Avec La Partie de cartes (1948–1950), toile rarement prêtée, l’exposition présente une oeuvre à la tension ensorcelante. Le portrait Thérèse rêvant (1938), qui a récemment fait l’objet d’une attention internationale, fait également partie de l’exposition…

BALTHUS, LE CHAT AU MIROIR III, 1989-1994 BALTHUS, LA PARTIE DE CARTES, 1948 - 1950

BALTHUS, LE CHAT AU MIROIR III, 1989-1994 /bHuile sur toile, 220 x 195 cm / Collection privée, l’Asie © Balthus
BALTHUS, LA PARTIE DE CARTES, 1948 – 1950 / Huile sur toile, 139.7 x 193.7 cm / Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid © Balthus
 

Exposer Balthus est un défi particulier pour un musée. Aujourd’hui encore, l’artiste est fréquemment associé à ses représentations de jeunes filles et de jeunes femmes qui continuent à provoquer parfois un certain malaise chez les spectateurs et à susciter des débats sur les limites de la représentation artistique. En novembre 2017, l’importante toile Thérèse rêvant (1938) a provoqué un scandale public au Metropolitan Museum of Art de New York lorsqu’une pétition lancée en ligne a exigé son décrochage ou sa recontextualisation en raison des connotations érotiques de l’image. Malgré l’écho important rencontré par la pétition, le Metropolitan Museum a décidé de laisser en place l’oeuvre contestée. En pleine controverse, le tableau nous parvient donc aujourd’hui sous de nouveaux auspices en tant que symbole d’un débat culturel ravivé.

BALTHUS, LE ROI DES CHATS, 1935

 

(Visuel : BALTHUS, LE ROI DES CHATS, 1935, Huile sur toile, 78 x 49,7 cm. Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, Donation de la Fondation Balthus Klossowski de Rola, 2016 © Balthus Photo: Etienne Malapert, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne)

Programme de médiation artistique :
L’exposition est accompagnée d’un important programme de médiation artistique qui inclut entre autres une table ronde réunissant des intervenants de haut niveau et des visites guidées spéciales le dimanche suivies de discussions. Un mur de commentaires dans le musée présente les voix de défenseurs et de détracteurs de Balthus et permet aussi aux visiteurs d’y exprimer leur opinion. La rétrospective Balthus est réalisée en coopération avec le Museo Nacional Thyssen-Bornemisza de Madrid, l’un des plus prestigieux musées d’Espagne. L’exposition y sera montrée sous forme légèrement différente en début d’année prochaine.

Journée familiale Balthus : dimanche 21 octobre, 10h00 à 18h00
Une journée créative pour toute la famille. De brèves visites guidées et des stations interactives dans l’exposition Balthus, un jeu dans le musée et des ateliers invitent les visiteurs à s’impliquer et à se laisser aller à des expériences. Entre autres, les participants pourront donner vie à l’exposition dans un tableau vivant. Gratuit pour les enfants et les jeunes de moins de 25 ans. Adultes: prix du billet d’entrée.


Balthus entre Rilke, Artaud et Jouve : mercredi 31 octobre, 18h30

Robert Kopp, professeur émérite de littérature française moderne à l’Université de Bâle, met en lumière les liens qui existent entre Balthus et son oeuvre et différentes figures littéraires de son temps. En collaboration avec l’Alliance française de Bâle. La conférence se tiendra en français. L’événement est inclus dans le prix du billet d’entrée.

Exposition Balthus 2 septembre 2018 – 1er janvier 2019

Horaires d’ouverture de la Fondation Beyeler: Tous les jours de 10h à 18h, le mercredi jusqu’à 20h

Fondation Beyeler / Beyeler Museum AG Baselstrasse 77 /4125 Riehen / www.fondationbeyeler.ch