Le mariage de Figaro Jouy, manufacture OberkampfLes travaux de la manufacture JouyLe tombeau de Jean-Jacques Rousseau Munster

 

Le mariage de Figaro Jouy, manufacture Oberkampf, 1788. Impression à la plaque de cuivre. © Musée national suisse  // Les travaux de la manufacture Jouy, manufacture Oberkampf, 1783-1784. Impression à la plaque de cuivre. Dessin de Jean-Baptiste Huet. © Musée national suisse // Le tombeau de Jean-Jacques Rousseau Munster, manufacture Soehnée l’Aîné & Cie, après 1796. Impression à la plaque de cuivre. © Musée national suisse

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’Europe entière s’enthousiasme pour des toiles de coton imprimées appelées « indiennes ». Cet engouement sans précédent pour ces tissus aux motifs nouveaux va marquer durablement la société, l’économie et la mode pendant près de deux siècles. Pour la première fois, la participation de nombreux Suisses à cette industrie extrêmement lucrative est décrite en détail. L’exposition inédite à admirer jusqu’au 14 octobre 2018 au Musée national suisse de Prangins, plonge le visiteur dans l’histoire des indiennes, de leurs origines en Inde jusqu’à leurs nombreuses imitations européennes, en passant par la période de la prohibition française (1686-1759).
Des chefs-d’oeuvre issus des meilleurs ateliers indiens et des plus célèbres manufactures françaises et suisses permettent de découvrir les secrets de fabrication ainsi que les arcanes d’un commerce florissant et si étendu qu’il fait des indiennes le premier produit mondialisé.

Une histoire passionnante !
Evoquant le savoir-faire et l’apport en capitaux des fabricants et négociants helvétiques, l’exposition montre comment des Suisses se sont retrouvés au coeur d’une économie mondiale. Des indiennes de Neuchâtel, Genève ou Bâle côtoient les plus belles toiles de Jouy et de Nantes, mais aussi d’opulentes créations de la côte de Coromandel en Inde, des livres d’échantillons, des reçus de capitaines de navire, des planches à imprimer ou une rarissime indienne destinée à la traite.

Indienne fleurie Neuchâtel

Caraco à la française France

e ballon de Blanchard Normandie

 

Indienne fleurie Neuchâtel, Fabrique-Neuve de Cortaillod, après 1796. Impression à la planche de bois. © Musée de l’impression sur étoffes, Mulhouse // Caraco à la française France, manufacture non identifiée, vers 1775. Impression à la planche de bois. © Musée national suisse // Le ballon de Blanchard Normandie, manufacture non identifiée, après 1784. Impression
à la planche de bois. © Musée national suisse

Diane chasseresse Jouy, manufacture OberkampfLa beauté guidée par la prudence et couronnée par la perfectionPalempore aux ambassadeurs. Inde, côte de Coromandel

 

Diane chasseresse Jouy, manufacture Oberkampf, 1802. Impression à la plaque de cuivre. Dessin de Jean-Baptiste Huet. © Musée national suisse // La beauté guidée par la prudence et couronnée par la perfection Nantes, manufacture Petitpierre & Cie (?), vers 1795. Impression à la plaque de cuivre et planche de bois. © Musée national suisse // Palempore aux ambassadeurs. Inde, côte de Coromandel, première moitié ou milieu du XVIIIe siècle. Peint et teint par mordançage et réserve, avec poncif pour les bordures. © Musée national suisse

 

Ces toiles aux motifs dessinés par des artistes talentueux jouent un rôle dans l’habillement et l’ameublement, et servent surtout de monnaie d’échange dans le commerce triangulaire et la traite des esclaves. Suivant de près l’actualité – vols pionniers en montgolfière, prise de la Bastille –, les motifs des toiles relaient tour à tour le soutien apporté par la France à la guerre d’indépendance de l’Amérique, la mort de Jean- Jacques Rousseau ou la popularité de Jacques Necker. Plusieurs personnalités, qui ont joué un rôle clé dans la saga des indiennes, sont présentées dans l’exposition, comme le Neuchâtelois Jacques- Louis de Pourtalès ou le Bâlois Christophe

La Collection Xavier Petitcol
Le Français Xavier Petitcol, expert en étoffes anciennes et collectionneur de tissus imprimés, a réuni en plus de quarante ans une collection de près d’un millier d’indiennes. De renommée internationale, elle rivalise avec les ensembles conservés dans les plus prestigieuses institutions du monde (Victoria & Albert Museum à Londres, Cooper Hewitt Museum à New York, Musée de l’impression sur étoffes à Mulhouse, Musée de la toile de Jouy à Jouy-en-Josas). Contacté par Xavier Petitcol, le Musée national suisse a sélectionné quelque 150 toiles de première qualité notamment de nombreuses pièces attribuées avec certitude à des manufactures dans lesquelles ont travaillé des Suisses. D’autres indiennes encore témoignent de la popularité de thématiques en lien avec la Suisse : des toiles entières sont ainsi consacrées à Jean-Jacques Rousseau, à Jacques Necker, à Guillaume Tell. Plusieurs toiles achetées par le Musée national suisse sont accompagnées des gravures qui ont servi de modèle aux dessinateurs.

Jupe à bordure rocaille Inde Fleurs et oiseaux Jouy, manufacture Oberkampf,

Jupe à bordure rocaille Inde, côte de Coromandel, vers 1750. Peint et teint par mordançage, avec poncifs. © Musée national suisse // Fleurs et oiseaux Jouy, manufacture Oberkampf, de 1778 à 1797. Impression à la planche de bois. © Musée national suisse

Une importante publication de 240 pages, éditée par La Bibliothèque des Arts, accompagne l’exposition. Après une interview du collectionneur Xavier Petitcol, elle propose un article de fond sur l’histoire des indiennes signé par le professeur d’histoire Patrick Verley, professeur d’histoire économique en retraite, Université de Genève. Extrait : “Si l’indiennage a commencé modestement à Genève peu avant 1686, il doit surtout son essor à l’arrivée des huguenots qui s’installent dans la cité de Calvin après cette date, à la suite de la prohibition française : entrepreneurs, négociants, techniciens se réfugient en Suisse où ils reprennent leur activité. Cette prohibition leur offre un immense et lucratif marché de contrebande vers la France jusqu’à la fin de ladite prohibition en 1759 […]. Ce n’est donc pas un hasard si l’indiennage s’installe le long de l’arc jurassien, à Genève, à Neuchâtel, à Bienne, à Bâle et à Mulhouse, cette dernière étant suisse jusqu’en 1798 : les tissus imprimés y gagnent le royaume de France, principal marché européen, par des voies illégales“.

Carnet d’un représentant en indienne Recueil de maquettes et d’échantillons Neuchâtel

Carnet d’un représentant en indienne. Echantillons d’étoffes imprimées de provenances diverses, 1821-1822. © Musée national suisse // Recueil de maquettes et d’échantillons Neuchâtel, Fabrique-Neuve de Cortaillod, 1810-1820. Étoffes imprimées et dessins à la gouache sur papier. © Collection particulière, Suisse.

 

Bernard Jacqué “Les travaux de la manufacture”. Extrait : “En 1790, [à Nantes] neuf indienneurs emploient quatre mille cinq cents ouvriers et impriment cent vingt mille pièces de toiles par an. Petitpierre, le plus important d’entre eux, change à plusieurs reprises de raison sociale et réussit à se maintenir jusque vers 1840. Quasiment toutes ces entreprises sont fondées par des protestants suisses qui fournissent aussi, comme dans les autres centres d’indiennage, la main-d’oeuvre qualifiée : ils viennent pour la plupart des régions de Neuchâtel et de Genève, où ils ont appris le métier. À Nantes, ce lien avec la Suisse est plus marqué qu’ailleurs, car des négociants helvétiques s’y sont établis dès la première moitié du XVIIIe siècle“.

La majorité des toiles présentées dans l’exposition proviennent de la collection de renommée internationale de Xavier Petitcol, expert en étoffes anciennes. Elles ont été acquises par le Musée national suisse en 2016. L’exposition est placée sous le haut patronage de l’ambassade de France en Suisse. (Photo ci-dessous : Nicolas Lieber)

Musée national suisse – Château de Prangins / Av. Général Guiguer 3 / 1197 Prangins / Tél. + 41 (0) 22 994 88 90  www.chateaudeprangins.ch

Autour de l’exposition, quelques événements à venir :
Fleurs de feu : 50’000 bougies pour célébrer les 20 ans du musée Sa 29.09.2018, de 18 h à minuit.
A l’aide de 50’000 bougies, l’artiste plasticien Muma enchantera les parcs et jardins autour du château en dessinant dans la nuit des formes s’inspirant des enroulements de branches et de fleurs que l’on voit sur les indiennes. 500 volontaires participeront à cette performance lumineuse, mémorable tant par sa beauté que par l’expérience collective qu’elle représente.

10e Déjeuner sur l’herbe DI 30.09.2018, de 10 h à 18 h. et le défilé en indiennes, Di 30.09.2018 à 15:00.
Le traditionnel défilé du Déjeuner sur l’herbe bénéficiera d’une touche contemporaine grâce à un partenariat inédit avec la HEAD (Haute école d’art et de design) de Genève : en s’imprégnant de l’histoire des cotons imprimés et en laissant libre cours à leur imagination, une classe d’étudiants présentera une collection « indiennes » créée spécialement pour l’occasion.