Château de Gruyères 2018 Pères NoëlCette année, le Château de Gruyères lève le rideau sur un pan des origines du vieil homme à la barbe blanche et retrace à travers plus d’une centaine d’objets historiques les chemins qu’emprunte le vénérable saint Nicolas de Myre pour se transformer aux Etats-Unis en Santa Claus… A admirer jusqu’au 13 janvier 2019.

Les fêtes de fin d’année approchent, les rues s’illuminent, les vitrines se parent de mille décorations et le vieil homme à la barbe blanche, indissociable des fêtes de Noël, s’invite dans les grands magasins et fait rêver les petits… Mais qui est véritablement ce curieux personnage folklorique qu’on dit venir du Nord sur un traîneau volant la nuit du 24 au 25 décembre ?

Entre histoire et traditions
Ho Ho Ho !
lève le voile sur un pan de l’histoire du Père Noël et suit les métamorphoses de la figure de saint Nicolas de Myre en Europe et aux Etats-Unis et son parcours étonnant. L’exposition retrace l’évolution de ce personnage dans une suite d’échanges géographiques et culturels pour aboutir au Père Noël que nous imaginons avoir toujours existé.
Né en Lycie (Turquie) autour de 270, l’évêque Nicolas est célébré de son vivant pour sa charité et pour l’aide qu’il apporte aux plus démunis en distribuant l’héritage reçu de sa riche famille chrétienne. Décédé en 343 à Myre, son culte est attesté en Orient dès le VIsiècle puis il se développe en Europe occidentale à partir du XIsiècle, lorsque ses reliques arrivent à Bari (Italie).
Château de Gruyères 2018 saint NicolasLa légende raconte l’histoire du voisin ruiné qui ne pouvait marier ses trois filles, faute de dot. Celui-ci projette de les prostituer afin de récolter l’argent nécessaire à leur subsistance, mais Nicolas donne secrètement des bourses d’or aux jeunes femmes et les sauve ainsi de leur funeste sort. On rapporte également que le saint a ressuscité trois enfants découpés et mis au saloir par un horrible boucher. Saint patron de la Lorraine où il est fêté, les enfants chantent cette chanson populaire recueillie pour la première fois par Gérard de Nerval qui la rendra célèbre en la publiant dans la Sylphide, en 1842 : Il était trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs… 
Depuis le Moyen Age, il n’est pas rare de rencontrer dans les représentations peintes ou sculptées les trois trois bambins aux côtés du saint protecteur des enfants, des marins, des prêteurs sur gages, des célibataires et des prostituées. D’abord décrit comme un jeune homme imberbe, le saint prend, suite à la Contre-Réforme, les traits d’un vénérable vieil homme barbu, seyant mieux à la sagesse d’un évêque.

La Saint-Nicolas, fête populaire
La Saint-Nicolas célèbre le saint de Myre, pendant la nuit du 5 au 6 décembre, jour de sa dormition. A cette occasion, le saint est incarné par un vieil homme à la longue barbe en habit d’évêque : manteau rouge, coiffé d’une mitre, crosse à la main. Il offre alors aux enfants qui ont été sages toute l’année des friandises ou des cadeaux, parfois des oranges – anciennement appelées pommes d’or –, en souvenir des bourses distribuées aux trois jeunes filles.

A Fribourg, la fête de la Saint-Nicolas est célébrée chaque premier samedi de décembre. Dès la nuit tombée, petits et grands se pressent pour attraper un des nombreux biscômes que le saint, protecteur de la ville, lance sur la foule tout au long de son cortège. Saint Nicolas est traditionnellement interprété par un élève du Collège Saint-Michel dès le XVIsiècle déjà. Vêtu de la chape blanche, il quitte l’établissement scolaire sur son âne, escorté par les Pères Fouettards, et se dirige vers la cathédrale pour adresser aux fidèles un discours. Cette figure enracinée dans la tradition de l’Eglise et l’histoire locale est pourtant interdite à Fribourg à partir de 1764, les autorités la considérant vraisemblablement comme trop populaire et bruyante. En 1906, des élèves du collège remettent au goût du jour le fameux cortège de la Saint-Nicolas.

Château de Gruyères 2018 cartes de NoëlChâteau de Gruyères 2018 cartes de Noël merry ChristmasChâteau de Gruyères 2018 figurines père NoelLes cartes de la St-Nicolas
En 1916, l’illustrateur et professeur au Collège Saint-Michel Eugène Reichlen dessine et publie la première carte de la Saint-Nicolas vendue à l’occasion de la Foire au profit des soldats fribourgeois mobilisés durant la Première Guerre mondiale. Il fait perdurer cette tradition jusqu’à sa retraite en 1956, date à laquelle les élèves prendront le relais. Chaque année une carte de la Saint-Nicolas est choisie sur concours. L’actualité s’invite parfois dans les thématiques abordées sur chacune d’elles que le collectionneur Louis Dietrich a minutieusement rassemblées et commentées. (Carte de vœux, produite en Allemagne pour le marché américain. Début XXesiècle. @Spielzeug Welten Museum Basel)

La foire de 1917 est particulièrement austère. Les victuailles collectées dans le chapeau font allusion au rationnement des denrées alimentaires instauré pendant la guerre. Dans l’entre-deux-guerres, ce sont les progrès techniques et les travaux de restauration de la Cathédrale Saint-Nicolas  qui occupent les esprits. Le saint et le Père Fouettard s’inventent alors chefs de chantier. A partir de 1939, l’armée suisse est mobilisée mais la Saint-Nicolas est maintenue en ville de Fribourg. L’année suivante, la paix est revenue et la carte montre la joie sur les visages des protagonistes apercevant le retour de la colombe, un rameau d’olivier au bec. En 1951, Eugène Reichlen rend hommage au célèbre musicien, le Chanoine Joseph Bovet, décédé en février de cette même année. En 1959, la silhouette du pont suspendu du Gottéron fait son apparition sur les cartes de la Saint-Nicolas, l’ouvrage étant au centre d’une vive polémique et dont le sujet reviendra régulièrement (1961 et 1976). Alors qu’en 1963, le barrage de Schiffenen et le lac du même nom sont inaugurés, la carte de cette même année n’oublie pas fêter l’événement et de rappeler le rôle de saint Nicolas, patron des marins, moins souvent évoqué.

L’imprimerie américaine L. Prang & Company publie en 1873 les premières cartes de vœux de Noël destinées au marché anglais et, l’année suivante, les cartes de Nouvel An sont vendues aux Etats-Unis. Le développement de la lithographie au début du siècle et l’apparition des premiers timbres postes favorisent la production et le développement de cette nouvelle tradition. On décore les cartes de vœux avec des scènes d’intérieur, la figure du Père Noël ou les innovations qui apparaissent dans les foyers américains tels le téléphone ou la voiture. La majorité de ces cartes sont produites en Allemagne, mais sont destinées au marché américain comme en attestent les messages rédigés en anglais.

Château de Gruyères 2018 biscomesChâteau de Gruyères 2018 cartes de voeuxLe biscôme, ou pain d’épices, est une des plus anciennes pâtisseries connues dans les pays germaniques. En Suisse, sa première mention apparaît à Fribourg en 1541. Si aujourd’hui, la figure du Père Noël a volé la vedette du saint jusque sur les étiquettes qui ornent les pains d’épices, le biscôme reste indéniablement associé à la Saint-Nicolas. Considéré autrefois comme un présent de rigueur, il s’accompagne aujourd’hui de chocolats, de cacahouètes et de mandarines. Outre-Atlantique, il est de coutume depuis le XIXsiècle d’offrir aux enfants des bonbons et des chocolats, ingénieusement cachés dans des figurines. (Biscômes décorés -Saint Nicolas et Krampus, 2010, Suisse. Spielzeug Welten Museum Basel © Château de Gruyères)

Les compagnons de saint Nicolas
Au fil des siècles, le généreux saint est accompagné de comparses lesquels, sous différentes formes selon les pays, ont pour mission de punir les canailles. A commencer par le Père Fouettard (Schmutzli en Suisse alémanique), qui dispense aux vilains garnements des coups de martinet ; dans certaines régions françaises et belges, le châtiment est remplacé par une livraison de charbon ou de betterave à sucre. En Alsace, le père Fouettard appelé Hans Trappet, accompagne saint Nicolas le soir du 5 décembre, ainsi que le Christkindel qui distribue les présents.
En Autriche et dans les Alpes orientales, Kampus, une créature démoniaque anthropomorphe, n’est jamais loin de saint Nicolas. Pendant les deux premières semaines de décembre, les jeunes hommes endossent une peau de mouton et se coiffent de cornes. Le visage masqué et munis de cloches, ils effrayent les passants à la nuit tombée.
Dès le début du XIXesiècle, les Zwarte Pieten, décrits comme des esclaves affranchis ou des Maures, aident Sinterklaas à distribuer les cadeaux aux enfants néerlandais. Pour punir les moins sages, les fidèles compagnons en costume de page enlèveraient les garnements et les emporteraient jusqu’en Espagne.

Sinterklaas & Santa Claus, outre-Manche & outre-Altlantique
Aux Pays-Bas, saint Nicolas, dont le culte est rejeté dans l’Europe protestante, persiste sous le nom de Sinterklaas. Selon la légende, le saint arrive d’Espagne en bateau et, dès la mi-novembre, visite les foyers du pays chevauchant un grand cheval de toit en toit. Au XVIIsiècle, les colons néerlandais, en majorité des protestants, migrent outre-Atlantique et fondent la Nouvelle-Amsterdam (New York). Ils emportent avec eux les légendes des pays froids, peuplés de lutins et de rennes, mais aussi la fête de Sinterklaas au mois de décembre.
Château de Gruyères 2018 caricatures Père Noel Thomas Nast Harpers Weekly En 1821, un poème anonyme, Old Santeclaus, décrit pour la première fois un vieil homme sur un traîneau tiré par des rennes et chargé de cadeaux pour les enfants. Deux ans plus tard, le journal Sentinel, à New York, publie anonymement le poème A Visit from St. Nicholas. Le protecteur des enfants y est présenté comme un lutin sympathique, dodu et souriant, distribuant des cadeaux le soir du 24 décembre et se déplaçant sur un traîneau volant tiré par huit rennes ; pour la première fois, la figure de saint Nicolas est associée à la veille de Noël. Ce texte joue un rôle primordial dans l’élaboration du mythe de Santa Claus, reprenant les attributs de saint Nicolas (barbe blanche, vêtements rouges, hotte) mais troquant la mitre, la crosse et l’âne par un bonnet rouge, un sucre d’orge et des rennes. A partir de 1863, le célèbre illustrateur et caricaturiste du journal new-yorkais Harper’s Weekly, Thomas Nast, croque le vieil homme dans une centaine de dessins et fixe l’iconographie du Père Noël telle qu’elle est connue aujourd’hui. (Thomas Nast, « Caught ! », Harper’s Weekly, 24 décembre 1881, vol. XXV, n°1305 @ Château de Gruyeres-FDS)

Santa Claus, dont le nom dérive de Sinterklaas, se popularise aux Etats-Unis dans la seconde moitié du XIXsiècle. En Grande-Bretagne, le passage de saint Nicolas au Père Noël débute en 1850, suite à la publication des Livres de Noël de Charles Dickens, qui seront traduits dans plusieurs langues. En France, le premier emploi de la locution « Père Noël » apparaît en 1848 dans la Revue comique à l’usage des gens sérieux, puis en 1855 dans l’Histoire de ma vie écrite par George Sand.
Dès les années 1890, Santa Claus apparaît régulièrement sur les couvertures du mois de décembre du magazine satirique américain Puck. Avec l’essor des grands magasins et des premières vitrines animées à l’approche de Noël, le public découvre les nombreuses publicités arborant le portrait du joyeux vieillard pour vanter une foule de produits les plus divers. Santa Claus et sa hotte débordant de jouets contribuent ainsi, au tournant du siècle, au processus de marchandisation des fêtes de Noël. Ce n’est que dans les années 1930, que l’on voit la marque de soda Coca-Cola utiliser l’image de Santa Claus dans ses publicités.

A chacun son père Noël
Le Père Noël – Father Christmas en Grande-Bretagne, Santa Claus aux Etats-Unis, Weihnachtsmann en Allemagne – distribue des cadeaux aux enfants pendant la nuit du 24 au 25 décembre. Selon les régions, il entre par la cheminée et dépose les présents dans les chaussures disposées autour du sapin de Noël ou devant la cheminée (France), dans des chaussettes accrochées au foyer (Amérique du Nord et Royaume-Uni) ou simplement sous le sapin. En Islande, il dépose un petit cadeau dans une chaussure que les enfants alignent sur le bord de la fenêtre dès le début du mois de décembre. Les petits Québécois découvrent leurs cadeaux au pied du sapin, en plus des surprises cachées dans les « bas de Noël » sur la cheminée.

Château de Gruyères 2018 boites à gâteaux -bonbonsChâteau de Gruyères 2018 Ded Moroz

 

Les nombreuses figurines exposées au Château de Gruyères dissimulent quelques trésors. Bien plus que des objets de décoration, ils ont pour fonction de contenir des bonbons. Fabriqués en papier mâché au XIXsiècle par les familles de Sonneberg (Allemagne), une grande partie de ces candy containers sont produits et exportés pour le marché américain. Au tournant du siècle passé, les Pères Noël en papier gaufré étaient produits en Europe et exportés aux États-Unis pour orner les vitrines des grands magasins peu avant les fêtes de fin d’année. (Carte de vœux, produite en Allemagne pour le marché américain. Début XXe siècle. Spielzeug Welten Museum Basel © Château de Gruyères – 

Ded Moroz (Grand-père Gel), cousin russe du Père Noël, apporte les cadeaux le soir du Nouvel An et les dépose au pied de l’arbre de la nouvelle année avec sa fille Snegurochka (fée des neiges). Il porte un manteau bleu, blanc ou rouge sur lequel tombe une longue barbe. Sa grande canne magique l’aide à marcher lorsqu’il ne se déplace pas sur une troïka tirée par des chevaux. Personnage légendaire, cruel sorcier régnant sur le grand froid, il congèle les enfants et les emporte dans son grand sac. En guise de rançon, les parents lui apportent des cadeaux et retrouvent leur progéniture. Sous l’influence des traditions de l’Eglise orthodoxe, la représentation de Ded Moroz évolue et le grand-père s’approprie certaines caractéristiques du Sinterklaas néerlandais avant d’être laïcisé sous le régime communiste. Visuel : papier, ouate et tissu. Collection Beat Frey, Biberstein.

Belsnickel (ouPelzmärtel) réapparait chaque année à la Saint-Martin (Märtel) puis à la Saint-Nicolas (Nickel) dans le sud de l’Allemagne. Ce vieil homme qui se cache sous ce capuchon et cette longue barbe n’est pas le Père Noël. Il n’hésite pas à utiliser une branche pour effrayer les garnements et conserve dans son sac des noix et des fruits pour les enfants sages. Au début du XIXsiècle, de nombreux immigrés allemands s’installent en Pennsylvanie (USA) et dans l’Indiana (USA) et emportent avec eux ce curieux personnage.

Château de Gruyères 2018 Père Noël habit mauveChâteau de Gruyères 2018 Père Noël souriant avec âneChâteau de Gruyères 2018 Père Noël slave

Gros plan sur le Père Noël
La couleur de son habit : le Père Noël n’a pas toujours porté un habit rouge. Entre 1870 et 1890, l’imagerie européenne le présente en vieil homme au manteau vert, parfois bleu. Aux Etats-Unis, les illustrateurs lui font revêtir une veste rouge bordée de fourrure blanche. Dans la seconde moitié du XIXsiècle, Thomas Nast  lui attribue le rouge tout comme Frank A. Nankivell dans le magazine Puck à partir de 1900.  (Père Noël mauve, décoration de vitrine, vers 1900. Collection Beat Frey, Biberstein. © Château de Gruyères)

Ses déplacements : en Europe, le Père Noël se déplace généralement avec son fidèle compagnon, un âne chargé de jouets, alors qu’aux Etats-Unis, Santa Claus, ne voyage jamais sans son traîneau tiré par huit rennes (Tornade, Danseur, Furie, Fringant, Comète, Cupidon, Eclair, Tonnerre) prénommés ainsi par Clement Clarke Moore dans son poème A Visit from St. Nicholas. Le neuvième renne, Rodolphe, apparaît en 1939 dans un conte du poète Robert L. May. Dans ce récit, Santa Claus doit affronter des conditions météorologiques si mauvaises qu’il risque d’être en retard dans sa livraison. Par chance, Rodolphe, dont le nez s’illumine, l’oriente dans la tempête. (Père Noël en traîneau avec renne, fin XIXe– début XXesiècle Collection Beat Frey, Biberstein. © Château de Gruyères)

Château de Gruyères 2018 Père Noël avec renne

Château de Gruyères 2018 Affiche expositionSa résidence officielle : en 1885, Thomas Nast établit la demeure de Santa Claus au Pôle Nord. Repris en 1869 par George P. Webster dans un poème intitulé Santa Claus and his Works, ce lieu reste aujourd’hui encore controversé. En 1927, les Finlandais décrètent qu’au Pôle Nord, les rennes y manqueraient cruellement de nourriture, et localisent le Père Noël en Laponie, à Rovaniemi. En Norvège, on prétend que le Père Noël séjourne à une cinquantaine de kilomètres au sud d’Oslo, alors qu’en Suède, il se serait installé au nord-ouest de Stockholm. Pour les Danois, il est certain que Santa Claus se cache toute l’année au Groenland… (Affiche de l’exposition. Décor de biscôme Allemagne, vers 1920 @Spielzeug Welten Museum Basel)

Père Noël sévère, souriant, à dos d’âne, de cheval, tiré par des rennes, Saint Nicolas accompagné  du Père Fouettard…  L’exposition a bénéficié de l’aide précieuse du Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg, du Spielzeug Welten Museum Basel, de la collection Beat Frey et de la collection Dietrich.

Ho Ho Ho ! De saint Nicolas à Santa Claus ~ Rue du Château 8 ~ 1683 Gruyères
A admirer jusqu’au 13 janvier 2019

chateau-gruyeres.ch 

 

 

Château de Gruyères @ Y.EigenmannGruyères @ F. Krier(Photos sans mentions : Francoyse Krier)