
Trois lieux, une promesse : la liberté. Entre 1830 et 1930, des artistes de l’Europe entière se rendent aux confins de ce continent : sur l’île de Capri près de Naples, à Skagen à la pointe septentrionale du Danemark et au Monte Verità, au Tessin. Si l’exposition explore ce renouveau artistique,
elle montre également de façon saisissante les frottements entre utopie et réalité. L’exposition Voyage vers la liberté. Capri – Skagen –Monte
Verità présentée au Kunstmuseum Bern jusqu’au 31 janvier 2027, se penche sur leurs aspirations. Quelque soixante œuvres d’exception,
pour la plupart visibles de manière inédite en Suisse, témoignent de cette utopie idyllique, mais aussi de la réalité du quotidien.
Au 19e siècle, il n’y a encore guère de visiteurs à Capri, Skagen et au Monte Verità. Au-delà du champ de l’art, il est possible d’expérimenter des modes de vie alternatifs et des utopies sociales. Loin des villes industrialisées, ces artistes sont en quête d’une autre vie au plus près de la nature, soit plus proche de ce qu’ils tiennent pour « véritable ». Car les inventions techniques de la révolution industrielle engendrent de profondes mutations sociales en Europe : machine à vapeur, électrotechnique et chemin de fer entraînent une accélération universelle, le travail manufacturé est remplacé par celui dans les usines. La vie citadine s’oppose à celle à la campagne. Un groupe restreint de personnes, réunissant de nombreux·ses artistes et intellectuel·les, se sent étranger au sein d’un monde désenchanté et marqué par les contraintes bourgeoises. Ils se réfugient dans des anti-mondes où ils espèrent trouver des modes de vie plus simples et plus libres.
Capri, Skagen et le Monte Verità se caractérisent par une lumière particulière
et par leur proximité avec l’eau
L’exposition présente aussi de façon saisissante des représentations idylliques et idéalisées de paysage et d’individus côtoyant des scènes naturalistes illustrant la réalité quotidienne vécue par la population locale : la pauvreté, des pêcheurs risquant leur vie, de femmes, des enfants
et des vieillards qui travaillent dur… Des thèmes et des motifs que l’on retrouve dans chacun des trois lieux.

Photo : Museumsberg Flensburg

A Capri, baignée d’une lumière chaude et abritant des ruines de la Rome antique, les artistes d’Europe du Nord sont en quête de la légendaire Arcadie – lieu de l’ivresse et de la joie de vivre débridée. Il est possible d’y adopter un mode de vie banni ailleurs : des femmes peignent et voyagent de manière autonome, des hommes aiment d’autres hommes. Aux antipodes se trouvent les pêcheurs qui jettent leurs filets à la mer, le réparent avant de les y replonger. Le tourisme apporte de l’argent mais ne fait pas disparaître la pauvreté, la rendant seulement plus pittoresque.

Huile sur toile. Skagens Museum

Huile sur toile. Collection privée
Skagen, où se rencontrent la mer du Nord et la mer Baltique, n’est accessible qu’en bateau ou par un chemin à travers champs jusqu’en 1871,
avant qu’un petit train n’y conduise. La vie dans ce pauvre village de pêcheurs est marquée par le dur labeur, le danger en mer permanent et le vent qui siffle à travers le paysage. Dans cette nature indomptée éclairée d’une lumière spectaculaire, les artistes se sentent proches des éléments, aspirent à l’ « authenticité », à la vie sans filtre. Des portraits de pêcheurs ainsi que des scènes intimes du quotidien et familiales en témoignent
de manière saisissante.

Pêcheur de Capri, s. d.
Huile sur toile
Musée d’art et d’histoire, Neuchâtel

Photo : Børre Høstland
(Ci-Contre) Michael Ancher – Anna Ancher et Marie Krøyer à la Sønderstrand de Skagen, 1897 Skagens Museum

Monte Verità, la plus jeune des trois colonies, forme la passerelle entre les deux pôles Nord et Sud : c’est le théâtre de la Lebensreform. Vers 1900,
les fondateurs de Monte Verità aspirent à un renouveau radical de la relation entre l’homme et la nature, à la dissolution de l’individu dans
la communauté pour parvenir à une société libre, idéale et créatrice. Leurs œuvres sont d’une couleur intense, expressionnistes et, pour certaines, abstraites. Elles évoquent l’idée de renouveau et de rupture.

La grande lune, 1923
Tempera sur papier marouflé sur carton.
Museo Comunale d’Arte Moderna, Ascona, Fondazione Marianne Werefkin

Aquarelle sur papier. Kunstmuseum Bern,
legs de Susanne Schwob

Herbstlicht [Variation : lumière d’automne], 1919. Huile sur carton à texture de toile. Kunstmuseum Bern, donation de Livia Klee, Berne, 2000. Photo : Kunstmuseum Bern
Quelque soixante œuvres d’exception, pour la plupart visibles de manière inédite en Suisse, témoignent de cette utopie idyllique,
mais aussi de la réalité du quotidien. A voir jusqu’au 31 janvier 2027.
Kunstmuseum Bern Hodlerstrasse 8–12 3011 Berne
Horaires : Mardi 10:00–20:00 // Mercredi – dimanche 10:00–17:00 // Lundi fermé
Le jeudi 24 décembre 2026 et le vendredi 25 décembre 2026, le Kunstmuseum Bern sera fermé.
Le lundi 28 décembre 2026, le Kunstmuseum Bern sera ouvert de 10:00 à 17:00.
