
Le Nébuleux, Paradisier multifil (Seleucidis melanoleuca), 1811, Aquarelle sur vélin, Muséum national d’histoire naturelle, Paris. Source gallica.bnf.fr – BnF

photo Pauline Guyon

Broche « Oiseau de paradis », Paris, 1942. Or jaune, or rose, platine, rubis, saphirs, diamants.
Collection Van Cleef & Arpels
Maître dans l’art de la parade, l’oiseau de paradis, par l’éclat de ses plumages et l’extraordinaire inventivité de ses chorégraphies, fascine depuis les premiers siècles de notre ère, bien au-delà des forêts de Nouvelle-Guinée, son principal territoire d’origine…
L’exposition Plumes du paradis. Voyages d’un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée– à admirer jusqu’au 8 novembre 2026 – retrace l’histoire des oiseaux de paradis, de leurs représentations dans les arts, de l’Océanie à l’Asie et à l’Occident. Réunissant près de 210 oeuvres – parures de plumes, peintures, spécimens naturalisés, pièces et accessoires de mode, objets d’art et ouvrages illustrés – le parcours croise les regards de l’histoire naturelle, de l’art, de la mode, de l’ethnologie et de l’écologie. Il met en lumière la manière dont ces oiseaux ont été admirés, étudiés au fil du temps. L’exposition présente également des créations contemporaines ancrées dans les savoirs et les réalités locaux.

© photo Dustin Chen
Principalement présents en Nouvelle-Guinée et sur certaines îles voisines, avec quelques espèces dans les Moluques et le nord-est de l’Australie, les paradisiers (Paradisaeidae) évoluent dans un vaste foyer de biodiversité, riche en ressources nourricières et préservé de grands prédateurs, à l’exception des humains. Au fil de milliers d’années, ils ont développé un art du vivant fondé sur la couleur, le mouvement et la métamorphose, qui les place au sommet de l’histoire évolutive des oiseaux.

© photo Dustin Chen

© photo Dustin Chen 2026

© photo Dustin Chen (né en 1971)
La première étape du parcours mène à la rencontre du paradisier, en Nouvelle-Guinée et la présentation de différentes parures, les liens tissés entre oiseaux, sociétés papoues et leurs territoires à travers les performances dansées et chantées, et les systèmes de valeurs associés aux plumes. Les récits locaux mettent en avant l’identité de l’oiseau de paradis, masculin et féminin à la fois, et son lien à d’autres espèces emblématiques comme le casoar.
Depuis plus de deux mille ans, les ressources naturelles de la Nouvelle-Guinée et des îles voisines suscitent l’intérêt de marchés lointains. Les premières routes commerciales, initiées dès le 5ème siècle, relient l’ouest de la Nouvelle-Guinée et l’archipel des Moluques (les « îles aux épices »),
à Java, Bali, la Malaisie, la Chine, puis à l’Inde, l’Asie occidentale et la Méditerranée. Au coeur de ces circulations figurent les oiseaux de paradis : peaux, plumes, récits et images qui se transforment et participent à des usages multiples : marchandises précieuses, présents diplomatiques, insignes de souveraineté, curiosités savantes.
Au début du 16ème siècle les premières peaux d’oiseaux de paradis parviennent en Europe et sont considérées comme des oeuvres de Dieu, ou comme des naturalia ou des exotica de cabinet de curiosités. Les grands peintres des 16ème et 17ème siècles, comme Brueghel l’Ancien, Rubens ou Rembrandt, s’emparent du motif dans des allégories où se lit progressivement un glissement de l’imaginaire au réel, du fantasme à la science.

Garçon au manteau et turban
(portrait du prince Rupert,
comte palatin), Vers 1630, Huile sur toile,
The Leiden Collection, New York, États-Unis

© Gaston Paris / Roger-Viollet

À la fin du 19ème siècle, l’activité de plumasserie devient une véritable industrie de la mode féminine. Le goût pour les plumes d’espèces exotiques se fait mode, à la fois irrésistible et insoutenable par son ampleur et ses extravagances. Le succès est immense et provoque la naissance, en Europe comme aux Etats-Unis, des premiers mouvements activistes, souvent féministes, de protection des espèces animales.
Dans les années 1920, les costumes de scène rehaussés de plumes spectaculaires participent à la diffusion d’un imaginaire où l’oiseau de paradis devient un motif scénique puissant, associé à la modernité, à la transgression et à l’éclat du divertissement parisien

De retour en Nouvelle-Guinée. Les 45 espèces que compte la famille des Paradisaeidae témoignent d’une remarquable diversité biologique et esthétique. L’exposition déploie la figure emblématique du paradisier à travers plusieurs oeuvres et voix papoues contemporaines. Un mouvement d’indépendance anime le Pacifique sud dans les années 1970. L’oiseau de paradis y est un emblème vivant : symbole national, il s’affiche sur le drapeau national du nouvel état de Papouasie-Nouvelle-Guinée créé en 1975, motif artistique, marqueur d’identité et sujet d’engagement. Œuvres contemporaines, objets du quotidien, archives visuelles et témoignages filmés donnent la parole aux artistes, chercheurs et communautés papoues.

Papouasie-Nouvelle-Guinée, Milieu du 20e siècle
© musée du quai Branly – Jacques Chirac,
photo Pauline Guyon
Suivre les traces de l’oiseau de paradis revient également à parcourir une cartographie mouvante où se mêlent routes marchandes, curiosités savantes, inspirations artistiques et aspirations politiques. Ses plumes circulent jusqu’aux centres urbains, intellectuels et commerciaux d’Asie, d’Europe et d’Amérique, dessinant dans leur sillage une géographie des contacts où les sociétés se croisent, échangent, s’influencent mutuellement. L’exposition raconte comment une espèce endémique s’est peu à peu muée en symbole global, au croisement des arts, des pratiques, du commerce et du militantisme.


Exposition Plumes du paradis. Voyages d’un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée
Du 12 mai au 8 novembre 2026 ~ Galerie Germain Viatte
musée du quai Branly – Jacques Chirac
37 quai Branly, 218 et 206 rue de l’Université 75007 Paris
Mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 10h30 à 19h. Nocturne le jeudi jusqu’à 22h. Fermeture hebdomadaire
Yamada Masami (né en 1938, Tokyo), Affiche publicitaire Air Niugini (compagnie aérienne créée en 1973) 1976, d’après une peinture originale nihonga. Collection particulière, Paris. © Air Niugini
