Marseille Exposition André Maire Femmes à la toilette, 1955, Vietnam,Marseille Exposition André Maire Coucher de soleil à Angkor vat, 1978, Cambodge,

 

Marseille est une fantastique porte ouverte sur l’ailleurs, ayant accueilli au cours du siècle dernier tant de voyageurs en partance, les yeux brillants à l’heure de lever l’ancre et tant d’hommes de retour, y compris les artistes, chargés des impressions les plus exotiques. La station sanitaire qui accueille aujourd’hui le musée en est l’un des vestiges probants. Nombreux aussi sont ceux qui ont rêvé sur les quais, au pied des bateaux déchargeant les marchandises odorantes, à l’Orient lointain.

Jusqu’à décembre 2017, le Musée Regards de Provence, au pied de la cathédrale de la Major, face au port de la Joliette, présentait la rétrospective de Joseph Inguimberty, peintre originaire de Marseille (1896-1971), dont le parcours artistique est un regard croisé entre la Provence et l’Indochine. Cette superbe exposition réunissait près de 80 œuvres, regard croisé entre la Provence et l’Indochine, illustrant paysages, travailleurs dans les rizières, scènes de vie, intimités des femmes, et d’autres révélant l’activité portuaire de Marseille, des paysages des calanques, de l’arrière-pays provençal, de la Côte d’Azur jusqu’à la frontière italienne.

Le Musée Regards de Provence propose de découvrir – jusqu’au 27 mai 2018 – un autre artiste du XXème siècle, le peintre et dessinateur André Maire (1898-1984), insatiable voyageur dont l’œuvre prolifique rend compte de près d’un siècle de pérégrinations aux quatre coins du globe. Cet artiste  s’est élancé, bras ouverts, vers le vaste monde et ses peuples, tandis que les voyages étaient incertains et les explorations risquées. La plénitude qui se dégage de ses travaux, la profonde humanité de ses visions, témoignent de cet engagement, exempt d’appréhension. Découvrir l’ensemble de l’œuvre d’André Maire, ce n’est pas découvrir son monde, mais découvrir notre monde.

Marseille Exposition André Maire Marigot au Niger, Mali,Marseille Exposition André Maire Crémation à Bénarès

Doué d’une activité peu commune, André Maire est un authentique aventurier. C’est ainsi qu’il vit le voyage, courant le monde à la recherche de nouvelles sources d’inspirations, dans sa quête du beau et du grand, sa recherche incessante de l’autre homme, de l’autre nature, de l’autre civilisation, de l’autre religion ou de l’autre pensée. L’œil attentif de l’artiste observe et capte une atmosphère, une ambiance. Il appréhende lui-même les richesses des lieux, en réfléchissant, en assimilant et en recréant. Ne recherchant ni gloire ni honneur il vécut heureux, ayant eu la vie qu’il voulait vivre. Son œuvre est le reflet de cette philosophie humaniste respectant l’autre, admettant toutes les religions lorsqu’elles expriment la paix.

Musée Regards de Provence Marseille André Maire Les éléphants, 1947, Mali,

A l’aube des années 1920, André Maire aborde les rivages indochinois. Epris d’aventure, c’est un jeune-homme enthousiaste qui s’embarque pour les lointaines colonies, le temps de son service militaire, avide de nouveaux motifs à croquer et à peindre. Ce voyage est une révélation. André Maire ne cessera de parcourir le monde pour puiser dans les images de ses voyages les éléments constitutifs de son univers artistique. L’initiative de ce départ, un homme, qui suivait attentivement son parcours, ses progrès, la lui avait soufflée : son maître Emile Bernard, l’un des théoriciens de Pont-Aven, avant-gardiste repenti dont le credo tenait désormais tout entier en un strict retour à la tradition.

S’il hérite de la maîtrise de techniques patiemment enseignées telles l’art de la sépia, de la gouache, et d’une grande virtuosité dans les restitutions architecturales, le jeune-homme se singularise aussi rapidement, et notamment par la vivacité d’observation dont il fait preuve et dont témoignent les multiples planches qu’il rapporte de ses premiers voyages.

Angkor, l’une des cités les plus mystiquement exotiques de tous les temps, se prête particulièrement à cette exploration, à un certain défrichement. La civilisation engloutie sous les lianes, la nature qui a repris ses droits… ce foisonnement mêlé, dont on ne sait pas bien ce qui est de la main de l’homme, inspire André Maire d’une manière poétique et envoutante, dont il ne se départira jamais. Un simple crayon conté, quelques traits de sanguine lui suffisent à exprimer tout le mystère de cette jungle pieuse. Les œuvres d’André Maire contribueront à faire connaître le site, tandis qu’il est à peine redécouvert.

Musée Regards de Provence Marseille André Maire Luang Prabang, 1955, Laos, Ce n’est qu’en 1947 que l’artiste se rendra à nouveau en Indochine, en pleine guerre d’indépendance, qui a déjà fait fuir la plupart des civils français qui s’y étaient établis. Pourtant, André Maire n’hésite pas à saisir l’opportunité de venir y enseigner. Cette expérience durera dix années, au cours desquelles il ne rentrera que deux fois en France. Tantôt séjournant parmi les populations des Hauts-Plateaux, et notamment les Moïs qui, à la frontière de la Chine, vivent en communion avec la nature, tantôt observant les marchés animés des bords du Mékong et les longues porteuses en Ao dai colorés, dont une multitude de gouaches se font l’écho émouvant.

Venise, première destination symboliquement exotique, où l’artiste séjourne sept ans, après avoir épousé Irène, puis l’Espagne, où il se rend à la faveur d’une bourse de voyage. Tolède, Séville, Grenade… ouvrent autant de moucharabiehs sur les rives opposées de la Méditerranée qu’il abordera bientôt.

L’Egypte sera une autre révélation, aussi richement empreinte de spiritualité qu’Angkor, aussi différemment architecturée que possible de la cité cambodgienne. Pourtant, là encore, les temples s’élèvent et ont survécu aux hommes.

La fin des années 1930 surprend l’aventurier croquant les temples hindous et tandis que Ceylan l’aurait retenu, les drapeaux le rappellent à sa patrie pour faire une guerre qu’il est à mille lieues de concevoir, citoyen du monde avant l’heure. A Semur-en-Auxois, son port d’attache s’il en est un, où il finira sa vie ivre de tant de souvenirs de voyages, André Maire se plait à peindre cette architecture bourguignonne un peu rude, ce pays bourru où il se sent aussi chez lui. Aussitôt libéré de son engagement patriotique, il repart toutefois. L’Afrique, le long du fleuve Niger, se dévoile au rythme des villages vibrant sous  les pieds nus des enfants qui viennent à sa rencontre. La malaria se charge de lui rappeler qu’un tel choix de vie, pour un peintre occidental, même de robuste engeance, n’est pas exempt de risques. André Maire est contraint d’écourter ce voyage plein de promesses africaines.

A la fin des années 50, de retour d’Asie, il découvrira tout de même Madagascar, où il aimera particulièrement séjourner et dont il tirera de nombreuses compositions.

Voyages d’André Maire – Jusqu’au 27 mai 2018

Musée Regards de Provence : Allée Regards de Provence – Avenue Vaudoyer, 13002 Marseille

http://www.museeregardsdeprovence.com/exposition/voyages-dandre-maire

 Marseille le Port de la joliette Marseille la cathédrale de la MajorLégendes des reproductions d’œuvres (crédit : Aleksander Rabczuk) : Femmes à la toilette, 1955, Vietnam, gouache sur papier 50 x 65 cm, collection particulière / Coucher de soleil à Angkor vat, 1978, Cambodge, gouache sur papier 65 x 50 cm, collection particulière / Marigot au Niger, Mali, encre noire, gouache et aquarelle sur papier 58 x 74 cm, collection particulière / Crémation à Bénarès, aquarelle gouachée sur papier 60 x 76 cm, collection particulière / Les éléphants, 1947, Mali, huile sur toile 140 x 222,5 cm, collection particulière / Luang Prabang, 1955, Laos, fusain et sanguine sur papier 65 x 50 cm, collection Fondation Regards de Provence /Marigot au Niger, Mali, encre noire, gouache et aquarelle sur papier 58 x 74 cm, collection particulière / (Photos Marseille –  le port et la cathédrale : Françoyse Krier / Salle Regards de Provence oeuvres sur Marseille © La Collection md Copyright Jean Bernard)

Salle Regards de Provence oeuvres sur Marseille © Jean Bernard