L’exposition de l’été 2018 présentée à la  Fondation de l’Hermitage du 22 juin au 28 octobre s’avère haute en couleurs : consacrée à Henri Manguin (1874-1949) elle retrace les premières années du parcours artistique de cet amoureux de la couleur, surnommé par Apollinaire le « peintre voluptueux ». L’accent est mis sur la période fauve, durant laquelle Manguin accompagne et parfois même précède les audaces de ses amis peintres, en quête de nouveaux moyens expressifs par le biais de la couleur.

Le fauvisme débute historiquement à l’automne 1905, lors d’un salon qui créa un scandale, pour s’achever moins de dix ans plus tard, au début des années 1910. Le critique d’art Louis Vauxcelles nomma ” cage aux fauves ” la salle du Salon d’automne où exposaient les peintres qui seront dès lors appelés… les Fauves. Les artistes les plus remarqués sont réunis dans la salle VII de ce Salon d’Automne : Henri Matisse – chef de file du fauvisme -, Henri Manguin, André Derain, Maurice de Vlaminck, Charles Camoin et Albert Marquet. Dans d‘autres salles, Raoul Dufy, Othon Friesz, Jean Puy, Georges Rouault, Albert Marquet ou Kees van Dongen… (Visuel : La sieste ou Le rocking chair, Jeanne, 1905 -Hahnloser/Jaeggli Stiftung, Kunstmuseum Bern – photo Reto Pedrini, Zurich © 2018, ProLitteris, Zurich)

 

Les aloès à Cassis, 1913 – collection privée, Berne – photo Prolith AG © 2018, ProLitteris, Zurich // Jeanne à l’ombrelle, Cavalière, 1906 – Peter Findlay Gallery, New York- photo tous droits réservés © 2018, ProLitteris, Zurich // Saint-Tropez, le coucher de soleil, 1904 – collection privée – photo Fabrice Lepeltier © 2018, ProLitteris, Zurich

Flamboiement méditerranéen de la couleur
« Le fauvisme est venu du fait que nous nous placions tout à fait loin des couleurs d’imitation et qu’avec des couleurs pures nous obtenions des réactions plus fortes. »
« La couleur surtout et peut être plus encore que le dessin est une libération. » Henri Matisse, Écrits et propos sur l’Art

Le fauvisme est caractérisé par l’audace et la nouveauté de ses recherches chromatiques. Les peintres prônent un usage très  libre de la couleur. Les toiles d’Henri Manguin de cette époque témoignent d’un talent et d’une inventivité rares.

“Ce qui frappe dans cette exposition, ce sont les couleurs du sud et de la Méditerranée célébrées avec une maîtrise et une liberté rare”, commente Marina Peretti, directrice scientifique du musée des Impressionnismes Giverny.

 

 

Doué pour le bonheur, doté d’une sensibilité particulière aux promesses de la nature, Manguin est un fauve ardent. Son instinct le porte à privilégier d’éclatantes harmonies, sans mettre en péril la cohésion des formes.
Figures sur la plage –
Jeanne et Claude Manguin – 1902 – 
Collection privée
Marina Peretti, directrice scientifique du musée des Impressionnismes Giverny, devant le tableau La Petite Italienne – 1903 – Suisse, collection privée

 

 

L’exposition compte une centaine d’œuvres (peintures, aquarelles et dessins) et s’ouvre avec une section dédiée à la formation du peintre qui, très tôt, se distingue dans l’organisation colorée de ses compositions. La période fauve est ensuite à l’honneur avec des œuvres réalisées à Saint-Tropez, dont les couleurs intenses reflètent l’éblouissement méditerranéen.

Comme la plupart de ses amis fauves, Henri Manguin n’a jamais caché son admiration pour Paul Cézanne et Vincent van Gogh, lequel rêvait de créer une colonie d’artistes à Arles. Il n’a pas non plus renié sa sympathie pour Pierre Bonnard, pour les néo-impressionnistes Paul Signac et Henri-Edmond Cross qui comptèrent parmiles premiers « étrangers » installés durablement dans le Midi.

 

La Femme à la grappe, Villa Demière 1905 – Martigny, collection Fondation Pierre Gianadda // La Baigneuse, 1906 – Grenoble, musée de Grenoble, legs Agutte-Sembat, 1923 //Nature morte aux faisans bleus, 1909 – collection privée, Berne – photo Prolith AG © 2018, ProLitteris, Zurich

En 1892, Henri Manguin fait  la connaissance d’Albert Marquet et d’Henri Matisse à l’Ecole des arts décoratifs. Ils entrent à l’Ecole des beaux-arts en novembre 1894, dans l’atelier de Gustave Moreau, peintre sensible à la couleur. Avec André Derain et Maurice de Vlaminck, ils forment alors un groupe de jeunes peintres baptisés « fauves ». Manguin a pour sujets de prédilection les nus, les paysages méditerranéens, les scènes de la vie de famille et les natures mortes, qui sont autant d’hommages au bonheur de vivre.

Manguin s’installe rue Boursaul à Montmartre dans un atelier démontable qui permet de recevoir ses amis peintres qui partagent également les frais de modèle. Manguin  va collectionner tissus et paravents et donner à ses tableaux une opulence quasi orientale…

Manguin et la Suisse
Manguin découvrit la Suisse dès 1910. Pays qui d’emblée, réserva un accueil particulièrement enthousiaste à son art.
Réformé du service militaire, il put abriter sa famille à Lausanne au cours de la Première Guerre mondiale. Acceptant la proposition de Paul Vallotton, ils s’installent au 8 avenue de la Gare, à l’abri des conflits. Ces années de guerre sont également évoquées, montrant l’évolution de son art à l’abri des événements tragiques qui frappent l’Europe.

Manguin, „ Lausanne sous la neige“

 

 

 

Lausanne sous la neige, 1916 – collection privée – photo Joachim Marx © 2018, ProLitteris, Zurich //
Flora 1915 – Winterthour, Villa Flora

 

 

 

En novembre 1915, la famille Manguin déménage au 45 Avenue de Rumine à Lausanne. En été 1917, la famille séjourne à l’Hôtel Suisse à Colombier, au bord du lac de Neuchâtel. Fin octobre-début novembre, ils séjournent chez les Hahnloser à la villa Flora, à Winterthour.  Fin de l’année, il s’installent au 28, rue Marterey, à Lausanne. En automne 1918, la galerie Valloton à Lausanne consacre une exposition personnelle au peintre. En novembre, suite à l’armistice, la famille se rend une dernière fois chez les Hahnloser à Winterthour, avant de quitter la Suisse.

Manguin a eu pour premiers collectionneurs : Soutine, les Stein, les Hahnloser qui se sont intéressés très tôt à son oeuvre. Ce sont surtout les collectionneurs et leurs descendants qui ont gardé ses œuvres. C’est la Suisse qui a réservé le meilleur accueil à l’oeuvre de Manguin. Grands défenseurs de l’art français, Arthur et Hedy Hahnloser ont constitué une des collections les plus nombreuses des oeuvres de Manguin, qui fut aussi le portraitiste attitré et l’ami de la famille. Ainsi, la villa Flora à Winterthour fut longtemps une destination de choix pour mieux le connaître. L’exposition de la collection Hahnloser à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne en 2011 a certainement contribué à sa redécouverte.

« Manguin, la volupté de la couleur » du 22 juin au 28 octobre 2018

Fondation de l’Hermitage

Route du Signal 2 / Tél. +41 (0)21 320 50 01  / 1018 LAUSANNE

www.fondation-hermitage.ch

MANGUIN, Henri_Las estampas, 1905

 

Jeanne devant la nature morte, 1901 – Collection Arkas // Les gravures, 1905 – collection Carmen Thyssen-Bornemisza, dépôt au Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid – photo tous droits réservés © 2018, ProLitteris, Zurich